Quand les inséparables doivent chacun suivre leur chemin

Marie COLOT, Les oiseaux rares, Actes Sud jeunesse, 2025, 188 p., 14,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑33020–555‑3

colot les oiseaux raresVio­lette est une petite fille de 9 ans qui a pour seule amie sa tante Hort­ense, atteinte de tri­somie 21. Mal­gré les trois décen­nies qui les sépar­ent, ces deux-là sont insé­para­bles. Amoureuses de la nature, elles vivent la vie comme une aven­ture joyeuse, guidées par leur imag­i­na­tion débor­dante. Leur duo est mal­heureuse­ment mal­mené lorsque Hort­ense est envoyée dans l’institution des Qua­tre Vents car son père (qui est aus­si le papy de Vio­lette) est trop fatigué pour s’en occu­per tout seul. Vio­lette voit désor­mais moins sou­vent son ray­on de soleil, le temps se fait long, la vie est plus terne.

Elle se jette à mon cou, m’embrasse à m’écrabouiller. Enfin, elle sourit. Un sourire dont je me sou­viendrai dans cent cinquante ans. Un sourire qui trans­forme les alen­tours en pays mer­veilleux où tout va pour le mieux. Son vis­age entier se plisse de bon­heur. Et les nôtres l’imitent.

L’anniversaire de Hort­ense se pro­file à l’horizon et Vio­lette sait exacte­ment quel cadeau de rêve lui offrir : un oiseau exo­tique. La mère de Vio­lette et son papy s’y opposent forte­ment, mais c’est sans compter sur l’obstination astu­cieuse de notre jeune héroïne, qui arrive à con­va­in­cre Jean, l’éducateur de sa tante, de stim­uler l’autonomie de la rési­dente dont il est respon­s­able. Vio­lette choisit d’offrir à sa tan­tine un insé­para­ble seul et déprimé avec une voix érail­lée pour qui Hort­ense a un véri­ta­ble coup de cœur. Riki­ki (c’est son nom) devient le cen­tre du monde de Hort­ense, qui le chérit désor­mais avec mille atten­tions. Vio­lette est même un peu jalouse de toute la place qu’il prend et qui lui fait ombrage.

Le chemin vers l’autonomisation de Hort­ense se fait pro­gres­sive­ment et le jour où elle doit aller chercher seule Vio­lette à la sor­tie de l’école pour la pre­mière fois, elle dis­parait dans la nature, ce qui met toute la famille en émoi. S’est-elle per­due ? Lui est-il arrivé quelque chose ? Tout le monde se lance à sa recherche…

Le nou­v­el opus de Marie Colot nous fait décou­vrir une his­toire sen­si­ble sur la dif­férence et l’amour incon­di­tion­nel. Il alterne le point de vue de Vio­lette et Hort­ense, ce qui nous donne à lire leur façon d’habiter le monde avec leur regard can­dide et touchant, qui n’en est pas moins lucide pour autant (« Hort­ense s’en fiche un peu des ordres et des inter­dic­tions. Au fond d’elle, une petite voix lui souf­fle de faire ce qui lui plaît. Si c’est l’avantage de son chro­mo­some en plus, j’aimerais moi aus­si en avoir un en bonus. »).

Les oiseaux rares nous don­nent à lire les aven­tures d’un duo, puis d’un trio d’oiseaux rares qui vont cha­cun pren­dre le chemin de l’individuation à leur rythme en fonc­tion de leurs besoins. Les dif­fi­cultés vécues devi­en­nent des étapes ini­ti­a­tiques et les mènent là où chacun(e) a besoin d’aller, met­tant à l’épreuve leur lien, pour sor­tir différent(e) de l’épreuve, un peu plus fort(e) et grandi(e).

Je pour­su­is ma route sans m’écarter des chemins bal­isés. On dirait que cer­tains n’ont jamais été emprun­tés, envahis par les ronces et les fougères. Plus je m’y enfonce, plus l’obscurité s’épaissit. Plus mes doutes grossis­sent. Ma tan­tine et son insé­para­ble sont-ils vrai­ment ici ? Est-ce que je me suis trompée ? Ai-je eu tort de fil­er sans prévenir per­son­ne ? C’est sûr, ma mère et Papy seront fâchés. Je vais pass­er un sale quart d’heure et bien plus.

Un réc­it doux qui invite les lecteurs à par­tir de 8 ans (mais aus­si les moins jeunes) à pren­dre dans leurs bras leurs par­faites imper­fec­tions…

Séver­ine Radoux

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