Archives par étiquette : Actes Sud

Quand les inséparables doivent chacun suivre leur chemin

Marie COLOT, Les oiseaux rares, Actes Sud jeunesse, 2025, 188 p., 14,50 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 978–2‑33020–555‑3

colot les oiseaux raresVio­lette est une petite fille de 9 ans qui a pour seule amie sa tante Hort­ense, atteinte de tri­somie 21. Mal­gré les trois décen­nies qui les sépar­ent, ces deux-là sont insé­para­bles. Amoureuses de la nature, elles vivent la vie comme une aven­ture joyeuse, guidées par leur imag­i­na­tion débor­dante. Leur duo est mal­heureuse­ment mal­mené lorsque Hort­ense est envoyée dans l’institution des Qua­tre Vents car son père (qui est aus­si le papy de Vio­lette) est trop fatigué pour s’en occu­per tout seul. Vio­lette voit désor­mais moins sou­vent son ray­on de soleil, le temps se fait long, la vie est plus terne. Con­tin­uer la lec­ture

La littérature ou l’infini de la baleine blanche

Un coup de cœur du Car­net

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, Indemne. Où va Moby-Dick ?, Actes Sud, 2025, 320 p., 23,50 € / ePub : 17,09 €, ISBN : 9782330206802

watthee delmotte indemne ou va moby dickInven­ter l’odyssée du chef‑d’œuvre de Her­mann Melville, Moby Dick, en s’appuyant sur une éru­di­tion vire­voltante de vie, tel est le pari haute­ment gag­né sous l’horizon duquel Indemne se tient. Chercheuse de renom, spé­cial­isée dans les rap­ports entre la lit­téra­ture et les arts de la fin du 19ème siè­cle, essay­iste (Bauchau. Sous l’éclat de la sibylle ; Dépass­er la mort. L’agir de la lit­téra­ture…), Myr­i­am Watthee-Del­motte nous plonge dans les eaux d’un pre­mier roman éblouis­sant qui nous éclabousse par son intel­li­gence et sa pro­fondeur. Con­tin­uer la lec­ture

La Jeune Romancière fit entendre ce monde silencieux

Claire MATHOT, La sai­son du silence, Actes Sud, 2025, 170 p., 18 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782330201586

mathot la saison du silenceUn vil­lage isolé, un bourg minus­cule, frap­pé d’un hiv­er rigoureux qui le coupe de tout autre monde, dans une époque indéter­minée, un endroit énig­ma­tique où chaque habi­tant est entière­ment défi­ni par son méti­er – Serveuse, Crémière, Mousse, Boulangère, Fos­soyeur, Écrivain, Aven­turi­er – où toute iden­tité est réduite à sa fonc­tion. Un lieu où le « faire » a anéan­ti l’« être ». Dans cette microso­ciété, la survie est une lutte de chaque instant, dès qu’un indi­vidu n’est plus jugé « utile », son sort est scel­lé. Au cœur de cette ten­sion, l’on suit le des­tin de trois per­son­nages con­fron­tés à leurs peurs pro­fondes et à la vio­lence du monde régi par l’utilitarisme. L’arrivée d’un étranger qui pré­tend con­naitre le passé du vil­lage vient semer le trou­ble et fait vac­iller les frag­iles cer­ti­tudes. Con­tin­uer la lec­ture

Nourrir les chiens non par amour des chiens mais parce qu’ils errent la nuit seuls dans les squares

Bastien HAUSER, Une sin­gu­lar­ité, Actes Sud, 2024, 256 p., 22 € / ePub : 16,99 €, ISBN : 978–2‑330–18951‑8

hauser une singularitéQu’est-ce que le sens ? D’une vie ? D’un livre ? D’une fic­tion ? Décidé­ment, les mas­ters de créa­tion lit­téraire en écoles d’art se révè­lent de belles pépinières d’autrices et d’auteurs pub­liés. Celui de La Cam­bre, ini­tié par Gilles Col­lard, a servi de trem­plin ou de coup de pouce à Bastien Hauser, un Suisse, jeune, établi à Brux­elles. Une sin­gu­lar­ité, livre aux accents curieuse­ment lynchéens, est son pre­mier roman. De Brux­elles à Tuc­son, on y suit l’effondrement physique et men­tal d’Abel Fleck, un homme jeune, vic­time, à pas d’âge, d’un AVC, le jour même où est révélée la pre­mière pho­togra­phie jamais prise d’un trou noir, sin­gu­lar­ité cos­mique dont rien n’émane, ni lumière, ni matière, ni infor­ma­tion. De Brux­elles à Tuc­son, Hauser tire aus­si le por­trait d’une jeunesse arty et bran­chouille, adepte des teufs, de l’alcool, de la dope, des amours libres et des musiques élec­tro. Abel Fleck faisant d’abord comme si rien ne lui était arrivé. Comme s’il pou­vait encore jouir, comme avant, avec insou­ciance, du monde de la nuit. Abel Fleck, pour­tant, au point d’en per­dre la tête, ne pou­vant s’empêcher de créer du sens, de reli­er ses trous de mémoire, ses absences et son acuité audi­tive accrue, à la présence de M87*, un trou noir tapi au fin fond de l’espace. Abel Fleck étant per­suadé que sa tête, la sin­gu­lar­ité qui, main­tenant, habite sa tête, en capterait les fréquences radio. Con­tin­uer la lec­ture

Parcours d’artiste

Un coup de cœur du Car­net

Patrick CORILLON, Atlas du ten­dre, Actes Sud, 2024, 236 p., 19,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑330–18716‑3

corillon atlas du tendre« Mais de quoi vivent nos pen­sées ? ». Cette ques­tion lim­i­naire ani­me le pre­mier réc­it d’un ouvrage qui explore les méan­dres de la créa­tion artis­tique et qui donne le ton. Tout d’abord dans les sou­venirs d’enfance d’un jeune garçon, ceux des pre­mières images : couleurs, lumières, mou­ve­ments de pois­sons bondis­sant dans les bassins du zoo aban­don­né de Spa. Puis celles, au même endroit mais plus tard, des casques col­orés des jeunes qui utilisent le même espace pour faire du skate­board. Puis la décou­verte de Pél­léas et Mélisande dans un fes­ti­val de théâtre et, après le spec­ta­cle, celle du ver­so de la scène, des décors que l’on démonte et des croix blanch­es mar­quant les repères au sol pour les acteurs. Fas­ci­na­tion pour les rit­uels et les objets tan­dis que se des­sine une carte du monde où l’on pointe des noms de lieux aux con­so­nances exo­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Quand personne n’entend celui qui hurle sans bruit

Marie COLOT, Nos vio­lences, Actes Sud, 2023, 62 p., 11,50 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑330–17716‑4

colot nos violencesLe nou­veau roman de Marie Colot débute en pleine man­i­fes­ta­tion, à tra­vers le regard de Lou, une jeune fille con­ver­tie en casseuse. Lou détru­it les ban­ques, les multi­na­tionales et l’ordre établi en s’attaquant aux CRS depuis qu’elle a per­du ses illu­sions devant un événe­ment mal­heureux. Lorsqu’elle a en effet assisté impuis­sante au pas­sage à tabac d’un cou­ple de quin­quagé­naires inof­fen­sifs par des policiers, la peur de la jeune femme s’est trans­for­mée en rage, une rage telle­ment puis­sante qu’elle est dev­enue casseuse pour tenir tout court.

Lors de ses dif­férentes inter­ven­tions dans les man­i­fes­ta­tions, Lou s’est fait un allié, Yan­nis. Ils ne savent rien l’un de l’autre, si ce n’est qu’ils se sen­tent plus forts ensem­ble et qu’ils sont liés par leur déter­mi­na­tion et leur haine du sys­tème. Con­tin­uer la lec­ture

Enfant jetable

Un coup de cœur du Car­net

Marie COLOT, Eden fille de per­son­ne, Actes Sud junior, 2021, 244 p., 14,90 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782330153250

colot eden fille de personneDans cer­tains États améri­cains, des cou­ples peu­vent adopter des enfants et s’en sépar­er un peu plus tard. Ces derniers sont alors ven­dus à moin­dre prix à une autre famille et les asso­ci­a­tions qui se char­gent de la trans­ac­tion utilisent de véri­ta­bles méth­odes de mar­ket­ing (cat­a­logue, spots vidéo, défilés d’enfants, speed dat­ing…), qui engen­drent une com­péti­tion inévitable entre les can­di­dats à l’adoption. Marie Colot s’est inspirée d’un doc­u­men­taire sur ce phénomène appelé re-hom­ing pour planter le décor de son his­toire. Le ton est don­né. Un ton âcre et inter­pel­lant. Con­tin­uer la lec­ture

Cinq, quatre, trois… : la trilogie d’Anne-Cécile Vandalem

Anne-Cécile VANDALEM, King­dom précédé de Trist­esses et Arc­tique, Actes Sud papiers, 2021, 144 p., 18 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782330151768

vandalem kingdom precede de tristesses et arctique Juger un livre est une autre affaire que de juger un spec­ta­cle. Anne-Cécile Van­dalem fait paraître chez Actes Sud les trois pièces qu’elle rassem­ble comme une trilo­gie, une trilo­gie dénuée de titre (Le Sang des promess­es aurait pu être un bon titre mais il faut croire qu’il était déjà pris) ou plutôt com­posée de trois titres dis­tincts : Trist­esses, Arc­tique, King­dom. Trois titres qui désig­nent des lieux, réels ou imag­i­naires, tous isolés dans le Nord. Con­tin­uer la lec­ture

Jean d’Amérique : pulvériser par la lumière

Un coup de cœur du Car­net

Jean D’AMÉRIQUE, Soleil à coudre, Actes Sud, 2021, 134 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑330–14889‑8

jean d'amerique soleil a coudre« Des lueurs cor­ro­sives empris­on­nent les bor­ds de ma vie, me ron­gent jusque dans les pro­fondeurs. Peau livrée au chant des épines, je suis comme enfouie dans un immense labyrinthe et ne sais d’où vien­dra enfin une brèche pour m’esquisser un hori­zon. »

Motus et bouche cousue, Tête Fêlée est amoureuse de sa cama­rade de classe, Silence. Si pour Tête Fêlée et pour Silence cet amour est aus­si secret qu’évident, le monde autour l’est beau­coup moins – et c’est avec lui qu’il s’agit de ten­ter d’en découdre. Le monde autour est peu­plé de vio­lence – Beretta dégainés dès la nais­sance, litres de rhum ou de bières enfilés à la chaîne pour sup­port­er les coups du des­tin et les frappes de l’autre, liq­ui­da­tions per­ma­nentes des êtres et exploita­tion de la mis­ère de toutes les pos­si­bles manières –, vio­lence général­isée que fig­ure, dans Soleil à coudre, le lieu d’un bidonville haï­tien bap­tisé « Cité de Dieu ». Con­tin­uer la lec­ture

ATDK : des nuées, des nuées d’étourneaux…

Un coup de cœur du Car­net

Anne Tere­sa DE KEERSMAEKER, Incar­n­er une abstrac­tion, Actes Sud, coll. « Le souf­fle de l’esprit », 2020, 128 p., 11 €, ISBN : 978–2‑330–13726‑7

de keersmaeker incarner une abstractionQue reste-t-il, en effet, que nous reste-t-il, lorsque le nihilisme d’une époque se déchaîne ? Je m’interdis de dire qu’il ne reste rien. La choré­graphe que je suis se doit de répon­dre : il nous reste notre corps. Notre corps nu.

Mer­veille d’intelligence et de beauté, l’ouvrage Incar­n­er une abstrac­tion, qui a fait l’objet d’une con­férence pronon­cée par la choré­graphe belge Anne Tere­sa De Keers­maek­er au Col­lège de France le 10 avril 2019, donne à lire l’alliance extra­or­di­naire d’une pen­sée et de son expres­sion. Ce petit texte donne à entrevoir les soubasse­ments théoriques, esthé­tiques et sen­si­bles qui prési­dent au tra­vail choré­graphique d’Anne Tere­sa De Keers­maek­er au sein, notam­ment, des com­pag­nies Rosas et P.A.R.T.S., qu’elle a fondées respec­tive­ment en 1983 et en 1995. Con­tin­uer la lec­ture

Audiard-Simenon

Un coup de cœur du Car­net

Michel Audi­ard — Georges Simenon, Scé­nar­ios présen­tés et édités par Benoît Denis, Insti­tut Lumière et Actes Sud, 2020, 926 p., 35 €, ISBN : 9782330141035

michel audiard georges simenon scénariosLa paru­tion de Michel Audi­ard — Georges Simenon, des scé­nar­ios Le sang à la tête, Mai­gret tend un piège, Le prési­dent, sou­veraine­ment com­men­tés, intro­duits par Benoît Denis, signe un triple événe­ment, tout à la fois édi­to­r­i­al, intel­lectuel et simenon­ien-audi­ar­di­en. Pré­facé par Jacques Audi­ard, post­facé par Bertrand Tav­ernier  (qui dirige avec Thier­ry Fré­maux la col­lec­tion Insti­tut Lumière/Actes Sud), ce vol­ume mag­nifique­ment présen­té, illus­tré par une riche icono­gra­phie, nous con­vie à un voy­age jusqu’ici peu abor­dé par les chercheurs et la cri­tique : l’association Audi­ard-Simenon, la manière dont Audi­ard, fin con­nais­seur de l’œuvre de l’auteur de Mai­gret, s’est emparé de l’univers simenon­ien pour l’adapter, le scé­naris­er ou le dia­loguer. Directeur du Cen­tre d’études Georges Simenon de l’Université de Liège, pro­fesseur de lit­téra­ture, auteur d’essais mar­quants sur Sartre, la lit­téra­ture belge, ayant dirigé avec Danielle Bajomée le vol­ume Pierre Mertens. La lit­téra­ture mal­gré tout, Benoît Denis livre un tra­vail édi­to­r­i­al magis­tral, signe une intro­duc­tion, des com­men­taires qui, par leur puis­sance de feu, for­cent l’admiration. Con­tin­uer la lec­ture

Bousculades lettrées

Jacques PERRY-SALKOW et Lau­rence CASTELAIN, Ana­grammes dans le boudoir, illus­tra­tions Stéphane Trapi­er, Actes Sud, 2020, 15 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑330–14088‑5

perry-salkow castelain anagrammes dans le boudoirLe mot « ana­grammes » vient du grec ancien ana­gram­ma, « ren­verse­ment de let­tres ».
Les ana­grammes changent l’ordre des let­tres d’un ou de plusieurs mots pour en for­mer de nou­veaux. De cette pirou­ette jail­lit alors un sens caché, pour le plus grand plaisir des pêcheurs de per­les. Avoir le feu sacré pour l’anagramme, c’est la ren­dre farceuse, trou­ver du cœur dans la douceur, cueil­lir les ros­es de la vie sous les avers­es de soleil et voir par-delà les nuages noirs des anges nus, le soir.
 

Par ces quelques phras­es lim­i­naires, qui offrent déjà une mise en jambe (en grass­es), les auteurs posent l’ambition de l’exercice qu’ils décli­nent au fil des pages dans le champ lim­ité des rela­tions amoureuses. Con­tin­uer la lec­ture

Éloge de la fiction

Les mon­des pos­si­bles de Jérôme Fer­rari. Entre­tiens sur l’écriture avec Pas­ca­line David, Actes Sud et Diag­o­nale, 2020, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑330–12442‑7

En por­tant son choix sur Jérôme Fer­rari, Pas­ca­line David (co-fon­da­trice de la mai­son d’éditions namuroise Diag­o­nale asso­ciée à Actes-Sud pour cette pub­li­ca­tion) se mon­tre par­ti­c­ulière­ment avisée non seule­ment pour bra­quer les pro­jecteurs « en direct » sur un auteur majeur d’aujourd’hui, mais aus­si pour met­tre en lumière les enjeux de la fic­tion romanesque et sus­citer en tout cas la réflex­ion sur les con­di­tions de sa légitim­ité et sur son rôle spé­ci­fique. Durant plus d’une semaine passée en Corse ‑la terre natale de l’écrivain – Pas­ca­line David l’a con­fron­té à un ques­tion­naire ser­ré, méthodique et per­ti­nent pour activ­er une recherche nour­rie par une con­nais­sance appro­fondie de son œuvre. Il appa­raît au fil de la dialec­tique de l’écrivain et philosophe – à qui l’on doit notam­ment Le principe, Le ser­mon sur la chute de Rome (prix Goncourt 2012), Un dieu un ani­mal, ou plus récem­ment Á son image (Prix du jour­nal Le Monde et Prix Méditer­ranée) – que l’ouvrage con­stitue aus­si, en fil­igrane de pro­fes­sions de foi lit­téraires bien mar­quées et assumées, un out­il à met­tre utile­ment entre les mains de tout can­di­dat à l’écriture romanesque et à la fic­tion sig­nifi­ante. Bien enten­du, pour l’intéressé, il ne s’agit nulle­ment de dis­tribuer des recettes, mais surtout de faire enten­dre que l’écriture de ses romans est soumise à une dou­ble exi­gence. Elle pour­rait se définir en somme par deux maîtres-mots : intégrité de la démarche et cohérence interne. Bref, écrire vrai : Je ne peux pas écrire quelque chose en quoi, d’une cer­taine manière, je ne crois pas. Je sais bien que c’est de la fic­tion, mais en même temps, il faut que j’y croie. Il faut que j’y croie parce que sinon pourquoi irais-je l’écrire ? Con­tin­uer la lec­ture

Les mondes-oiseaux

Vin­ciane DESPRET, Habiter en oiseau, Post­faces de Stéphane Durand et de Bap­tiste Mori­zot, Actes Sud, coll. « Mon­des sauvages. Pour une nou­velle alliance », 2019, 224 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑330–12673‑5

Com­ment déter­ri­to­ri­alis­er les pra­tiques sci­en­tifiques, sor­tir de l’attention exclu­sive à l’universel pour s’ouvrir aux réc­its des indi­vid­u­al­ités ani­males ? Com­ment ten­ter de penser en oiseau et non sur eux ? Dans Habiter en oiseau, Vin­ciane Despret, auteur d’une œuvre déci­sive qui déclo­ture les savoirs et sec­oue leur anthro­pocen­trisme (Quand le loup habit­era avec l’agneau, Être bête, Penser comme un rat, Au bon­heur des morts….) nous livre un voy­age éthologique au pays des oiseaux. Au nom­bre des réquisits de sa démarche : une explo­ration de modes d’attention nég­ligés par les sci­en­tifiques, un éloge de la lenteur, du « ralen­tir », un déplace­ment des ques­tions que l’on pose aux ani­maux observés. Écouter les chants du mer­le, com­pren­dre les mon­des que les oiseaux con­stru­isent, leurs rap­ports au ter­ri­toire implique de s’attacher à des « his­toires de vie d’oiseaux indi­vidu­els ». Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience littéraire face à la mort

Myr­i­am WATTHEE-DELMOTTE, Dépass­er la mort. L’a­gir de la lit­téra­ture, Actes Sud, 2019, 272 p., 21 €, ISBN : 978–2‑330–11804‑4

« Je suis juste quelqu’un qui, comme nous tous, a vu s’effondrer la falaise juste à côté de soi, qui a trem­blé au bord du gouf­fre, et qui a échap­pé au ver­tige parce qu’un, puis deux, puis un grand nom­bre d’écrivains lui ont pris la main pour le tir­er en arrière. Venez, je vous précède et je les suis. »

En ouver­ture de son dernier livre, Myr­i­am Watthee-Del­motte nous fait la con­fi­dence du sui­cide d’un ami, André, dont la mort à quar­ante ans a provo­qué le séisme intime dans lequel nous plonge la dis­pari­tion des êtres chers. Ce boule­verse­ment laisse sans voix et sans mots ceux qui, au con­traire de Myr­i­am Watthee-Del­motte, n’ont pas exploré les voies de résilience que la lit­téra­ture nous ouvre et dont l’auteure de Dépass­er la mort nous pro­pose ici quelques titres choi­sis dans sa bib­lio­thèque. Celle qui a créé le Cen­tre de Recherche sur l’Imag­i­naire à l’Université catholique de Lou­vain a élar­gi le champ du lit­téraire à celui de la musique : son livre nous pro­pose un accom­pa­g­ne­ment musi­cal sélec­tion­né dans le cat­a­logue du label Cypres, et disponible en écoute libre sur le site de l’éditeur musi­cal.

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La vie, par belle ou par laide

Un coup de cœur du Carnet

In Koli Jean BOFANE, La Belle de Casa, Actes Sud, 2018, 208 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑330–10935‑6

In Koli Jean Bofane a fait une entrée remar­quée en lit­téra­ture. Auteur con­go­lais vivant en Bel­gique, il a été salué d’emblée pour la qual­ité et la richesse nar­ra­tive de ses textes, et son deux­ième ouvrage, Con­go Inc., le Tes­ta­ment de Bis­mar­ck (2014), a notam­ment reçu, par­mi d’autres dis­tinc­tions, le Prix des Cinq Con­ti­nents.

Avec La Belle de Casa, son nou­veau roman, il quitte les fron­tières du Con­go à la suite de Sésé, un jeune en quête d’avenir qui a suc­com­bé au bon­i­ment d’un passeur lui promet­tant une place dans les cales d’un bateau et une arrivée en France, à Deauville ! Sauf que le pas­sager clan­des­tin est débar­qué à Casablan­ca, loin des siens, avec tou­jours le même rêve. Nous le retrou­vons alors que la police vient d’être aver­tie de la décou­verte du corps sans vie d’Ichrak, une belle jeune femme con­nue de tous et que les soupçons se tour­nent pré­cisé­ment vers Sésé, venu prévenir la police. La nar­ra­tion démarre sous la forme d’une enquête mais elle prend rapi­de­ment des allures de fresque mul­ti­col­ore alig­nant les per­son­nages qui grav­i­taient autour de la belle. Sésé, nom­mé ain­si en hom­mage au défunt Mobu­tu, est à la pointe des com­bines qui per­me­t­tent de har­pon­ner des Européennes oisives qui cherchent l’aventure exo­tique der­rière leur écran. Il suf­fit de leur susurrer les mots atten­dus en y met­tant un zeste de poésie et de mys­tère. Puis de leur par­ler le moment venu pour déli­er leur bourse et recevoir des « West­ern Union » qui per­me­t­tent de voir la vie autrement. Avec son tal­ent d’embobineur, Sésé a con­va­in­cu Ichrak, autre ama­trice de mots qui récite des poèmes, de se prêter au jeu pour diver­si­fi­er la clien­tèle. De quoi per­me­t­tre à la belle d’avoir les moyens de pay­er les médica­ments de sa mère que tenaille la folie. Et voici que cette col­lab­o­ra­tion promet­teuse est déjà com­pro­mise. Con­tin­uer la lec­ture