La nuit de la Saint-Jean

Claude DONNAY, La dame de la combe, M.E.O., 2025, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN: 978–2‑8070–0519‑8

donnay la dame de la combeL’approche de la mort est sou­vent l’occasion de retrou­vailles. Ce roman, qui s’apparente à un con­te, ne fait pas défaut à cette règle usuelle. Trou­ver les mots justes et la force de les dire, tel est l’enjeu de ces moments où sonne le glas.

Insti­tutrice de for­ma­tion, Aurore con­nait les mots et leurs usages. Mais un événe­ment red­outable la con­traint au silence et à l’isolement. Une mise à l’écart du monde comme une mar­que d’infâmie suprême. D’institutrice à exclue ou paria, il n’y a que quelques pas. La jeune femme en fait l’expérience mal­gré elle.

Dans nos con­trées, la nuit de la Saint-Jean, qui mar­que le sol­stice d’été, donne lieu à des réjouis­sances pop­u­laires. Le petit vil­lage – non nom­mé – où vit Aurore ne fait pas excep­tion à la tra­di­tion qui réu­nit les habi­tants. Pour la jeune femme, il signe néan­moins le moment cru­cial d’un bas­cule­ment humain et social.

Une maternité non accomplie

Mère par la force des événe­ments, Aurore n’est pas pour autant mater­nelle avec son fils, appelé Tom comme le chien d’une ferme avoisi­nante. À cet enfant, elle assure les besoins min­i­maux ; mais se refuse à toute ten­dresse. 

« La cabane en rondins est un sanc­tu­aire où brûle un cœur en cen­dres. » C’est là que La dame de la combe de Claude Don­nay va trou­ver refuge. Petrus le géant, un homme aux fron­tières des savoirs, sourci­er et guéris­seur natur­opathe, l’y recueille « sous les érables et les pins » avec son fils.
Entre le géant et l’enfant délais­sé se tisse une com­plic­ité ras­sur­ante, si elle n’était aus­si brève. La mort de Petrus annonce l’éloignement de Tom, qui se réfugie loin du val­lon.
Comme son pro­tecteur, la Mère a appris le lan­gage des plantes et soigne « tous ceux qui se présen­tent » à la cabane, surtout des femmes. Celles-ci pren­nent l’habitude de cul­tiv­er la terre auprès d’elle et d’y faire pouss­er des légumes. Mais « les guéris­seurs meurent d’épuisement. Leur corps n’en peut plus de retenir les blessures ».

Un livre sur le pardon

« Si on enterre le mal­heur avec le par­don, il pousse au print­emps un arbuste aux racines bleues, aux fleurs ten­dres comme des bouch­es. » Et pour­tant, Tom, le Fils, ne cesse de mesur­er com­bi­en le silence a broyé leurs vies. « Quand l’amour est enter­ré trop pro­fond, il ne trou­ve plus le chemin de la lumière. » Il reste alors à trou­ver le chemin de la source, celui qui libère les émo­tions et rend le ciel plus léger. Et à enten­dre le par­don qui est don­né…

L’illustration de la cou­ver­ture laisse penser à un roman de la veine « feel good ». À côté d’une tonal­ité con­tem­po­raine résol­u­ment fémin­iste, l’écriture de Claude Don­nay n’en a pas moins la douceur des regrets. Elle racon­te le déroule­ment des saisons et la nature en émoi. Les champignons y côtoient les plantes à petites fleurs comme les épi­lobes ou les fétuques. Et c’est tout un her­bier qui s’y trou­ve décliné. Mais, pour que l’intrigue soit aboutie, un fils doit-il néces­saire­ment accom­plir l’acte man­qué de sa mère ?

Angélique Tasi­aux

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