Archives par étiquette : transmission

Le désir de vivre, le courage de survivre – écrire

Un coup de cœur du Car­net

Mousset-Vos Ravie  au monde

Ravie au monde, Journal (1943–1945)

Autri­ces : Nel­ly Mous­set-Vos et Sylvie Bianchi-Vos

Mai­son d’édition : Les Léonides

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 224

Prix : 22,90 €

Livre numérique : 14,99 €

EAN : 9782488335409

Il y a eu les livres de celles et ceux qui ont vécu l’expérience de la dépor­ta­tion, des camps – entre autres, ceux de Robert Antelme, Edith Bruck, Char­lotte Del­bo, Pri­mo Levi – avec leur écri­t­ure façon­née, mod­elée, sou­vent au cordeau, pour approcher (témoign­er), au plus près, l’organisation implaca­ble des camps, l’extrême dégra­da­tion vécue. Puis il y a eu, il y a encore, les livres de leurs enfants, cher­chant « à rompre l’absolu d’un silence » (Lydia Flem) dans lequel se sont emmurés de nom­breux par­ents revenus des camps de la mort, devenant les otages de leur secret, à leur corps et esprit défen­dant. Citons, par­mi les autri­ces belges, Lydia Flem, Chan­tal Aker­man (pour cer­tains de ses films aus­si), et plus récem­ment Myr­i­am Spi­ra et Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, qui ont écrit pour « se délester du fardeau trau­ma­tique de [leurs] par­ents » (Myr­i­am Spi­ra), pour devenir les héri­tières actives de leur fil­i­a­tion (Lydia Flem). Pour trans­met­tre égale­ment : « Aujourd’hui il ne reste plus que quelques déportées. La généra­tion suiv­ante, la mienne, va bien­tôt dis­paraître. Qu’allons-nous laiss­er à nos enfants, nos petits-enfants, les généra­tions futures ? » (Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet). À cette ques­tion, on peut répon­dre que la trans­mis­sion va con­tin­uer – et con­tin­ue déjà – avec la troisième généra­tion, elle aus­si mar­quée. Con­tin­uer la lec­ture

La nuit de la Saint-Jean

Claude DONNAY, La dame de la combe, M.E.O., 2025, 132 p., 16 € / ePub : 9,49 €, ISBN: 978–2‑8070–0519‑8

donnay la dame de la combeL’approche de la mort est sou­vent l’occasion de retrou­vailles. Ce roman, qui s’apparente à un con­te, ne fait pas défaut à cette règle usuelle. Trou­ver les mots justes et la force de les dire, tel est l’enjeu de ces moments où sonne le glas.

Insti­tutrice de for­ma­tion, Aurore con­nait les mots et leurs usages. Mais un événe­ment red­outable la con­traint au silence et à l’isolement. Une mise à l’écart du monde comme une mar­que d’infâmie suprême. D’institutrice à exclue ou paria, il n’y a que quelques pas. La jeune femme en fait l’expérience mal­gré elle. Con­tin­uer la lec­ture

La présence qui soigne

Alia CARDYN, Le monde que l’on porte, Robert Laf­font, 2023, 251 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782221262832

cardyn le monde que l'on porteLe nou­veau roman d’Alia Car­dyn nous fait décou­vrir le des­tin de deux héroïnes issues d’une lignée de sages-femmes. Dans cette famille, toutes les filles por­tent le même prénom, Rosa, et se voient attribuer la même mis­sion dès leur nais­sance. Ce réseau de femmes fortes forme un tout indis­so­cia­ble où un peu de cha­cune se retrou­ve dans les autres, une tribu qui devient presque un être vivant à part entière.

Parce que j’ai dix-huit ans, je pré­side notre tablée fémi­nine, com­posée de la famille élargie. Ma mère, mes cousines, ma sœur, mes tantes, ma grand-mère, mes grands-tantes. Chaque étape de la vie nous réu­nit. Les anniver­saires, les mariages comme les divorces, les nais­sances aus­si. Nous les célébrons avec les hommes, puis, pour une rai­son obscure, nous renou­velons la fête entre nous. Loin d’eux, l’atmosphère est dif­férente. Les femmes fran­chissent le seuil, dotées d’une lib­erté nou­velle. Elles se déten­dent, révè­lent des traits de per­son­nal­ité qu’elles dis­simu­lent en la présence de leurs com­pagnons. Ça par­le plus fort, ça rit, ça pleure par­fois. Con­tin­uer la lec­ture

Femmes kintsugi

Leïla ZERHOUNI, Femmes empêchées, M.E.O., 2021, 122 p., 15 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 9782807003170

zerhouni femmes empecheesLe pre­mier roman de Leïla Zer­houni nous donne à lire les frag­ments de vie de plusieurs per­son­nages qui tran­si­tent dans un lieu clé : une petite librairie tenue par une pas­sion­née de livres, Madame Kéra, dans un vil­lage pais­i­ble de Wal­lonie.

Par­cou­ru de nom­breux flash-backs, le réc­it débute sur le décès de Madame Kéra et revient en arrière pour nous dévoil­er peu à peu les his­toires tis­sées au fil du temps autour de cette boulim­ique de lec­ture. On décou­vre alors Ania, la fille adop­tive de la boulangère, qui, mal­gré une mère aimante, cherche à combler le gouf­fre de ses orig­ines et de ses ques­tions sans réponse à tra­vers le refuge thérapeu­tique de la lec­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Le festin de Dominique

Un coup de cœur du Car­net

Dominique COSTERMANS, Les petits plats dans les grands, post­face de Sarah Béarelle, Weyrich, 2021, 136 p., 14 €, ISBN : 9782874896132

costermans les petits plats dans les grandsDominique Coster­mans nous invite à une vraie fête des sens tout en entrou­vrant une fenêtre sur son intim­ité famil­iale dans ce livre atyp­ique, Les petits plats dans les grands. Il renoue avec un genre que pra­ti­quaient nos grands-mères et arrière-grands-mères. Allè­gre­ment, on l’espère pour elles, comme c’est le cas ici.

Ce recueil, le sep­tième de textes courts ou de nou­velles dont Dominique Coster­mans est dev­enue cou­tu­mière, se situe à l’intersection de deux familles, celle d’où vient l’auteure et celle qu’elle a ensuite for­mée. Rai­son pour laque­lle elle utilise par moments le tutoiement der­rière lequel nous devi­nons qu’elle s’adresse à l’une de ses filles aux­quelles le livre est dédi­cacé. Con­tin­uer la lec­ture

Une vie de prof, côté coeur

Alain DANTINNE, 68, rue des écoles, Acad­e­mia, 2019, 192 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8061–0479‑3

« Plongez dans le par­cours d’un enseignant libre et rétif à toute dis­ci­pline imposée, imag­i­natif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voy­age et aime partager ses décou­vertes, n’hési­tant pas à trans­former sa classe en ago­ra et à pouss­er chaque élève au bout de lui-même. »

Alain Dan­tinne est poète, romanci­er et cri­tique. Il vient de pub­li­er un tout récent 68 rue des Écoles qui est véri­ta­ble­ment rob­o­ratif.

Les qua­trièmes de cou­ver­ture d’éditeurs se lais­sent écrire et l’auteur sou­vent écrase en le minéral­isant, son texte dans ces quelques lignes de pro­mo-vente… Heureuse­ment, ces phras­es de « com » sont sou­vent con­testées par l‘œuvre elle-même. En l’occurrence, Alain Dan­tinne, dans 68, rue des écoles ne livre pas un texte aus­si érup­tif que celui annon­cé, au con­traire, nous décou­vrons un réc­it amoureux sub­til et engagé, une tra­ver­sée d’une époque, celle de l’École qui vécut sans cesse les con­di­tions du raidisse­ment après les fauss­es lib­ertés du tout venant péd­a­gogique… C’est un livre de con­fes­sions, de joies partagées, de mag­nifiques batailles pour l’intelligence et la poésie de cha­cune et cha­cun, d’illuminations et de rébel­lion… que nous pro­pose l’éditeur. Com­ment faire de cette École un lieu de joie et de partage, c’est ce que nous racon­te Alain Dan­tinne  avec verve. Con­tin­uer la lec­ture

Cinquante-deux lettres de toutes formes

Luc TEMPLIER, L’Art de vivre, 52 let­tres à une jeune artiste,  Dervy,  144 p., 14,50 €   ISBN : 979–10-242‑0183‑2

templierLa cal­ligra­phie est aus­si anci­enne que la main qui saisit un calame, un roseau, une plume pour trac­er ces formes qui ont pris le nom de let­tres, d’idéogrammes, de signes…Ce sont des gestes de volup­té, des jouis­sances qui précè­dent l’écrit et qui l’accompagnent dans la marge du sens ou de ce que nous appelons triv­iale­ment la com­mu­ni­ca­tion.

L’écriture de Luc Tem­pli­er accorde les exi­gences et les jouis­sances du cal­ligraphe dans la créa­tion de la let­tre dess­inée, de l’enfance dans ses pre­miers liés et déliés de l’abécédaire. Con­tin­uer la lec­ture