Dominique VAN COTTHEM, Retour à la vie risquée, Genèse, 2025, 224 p., 22 €, ISBN : 9782382010464
En quelques années à peine, Dominique Van Cotthem s’est fait une place dans le monde littéraire. Si ses livres ont su gagner un lectorat et des prix littéraires, c’est sans nul doute grâce à la grande finesse avec laquelle elle donne vie à ses personnages, nous dévoilant toute la complexité de leur psychologie et surtout la façon dont ils abordent les épreuves de la vie. Avec Retour à la vie risquée, son cinquième roman, elle met en point de mire un homme et une femme que le destin n’a pas épargnés et dont la rencontre va bousculer le parcours.
Théo Bargny vient de sortir de prison. Il a été condamné pour le meurtre de son épouse enceinte et il n’a eu de cesse, au cours des quatorze années qu’il a passées en prison, de clamer l’innocence que les jurés de la cour d’assises n’ont pas voulu lui reconnaitre. Son incarcération laisse en lui des blessures à vif : la promiscuité des cellules, le manque d’air et de vie privée, le quotidien régi par les caïds, la coupure totale avec le monde extérieur, à l’exception de sa mère qui lui est restée fidèle, tout cela hante ses jours et ses nuits. Lui reviennent sans relâche les débats de son procès, la hargne des réquisitoires, la faiblesse de son propre avocat. Au sortir de prison, il n’a qu’une idée : se venger de l’injustice subie. C’est pour cela qu’il prend le train pour Aurillac, pour mettre à exécution le plan qu’il a eu tout le loisir d’imaginer.
Elle, c’est Giselle Delourne, elle est dans le même train. Elle se rend à Aurillac suite au décès de son mari Paul et de sa sœur Clara dans l’incendie de sa propre maison, elle est convoquée chez un notaire pour la lecture du testament par lequel elle va devenir propriétaire d’une part de la maison de vacances de la famille de son mari décédé. Elle aussi ressasse la tournure des faits et ne parvient pas à se libérer du trouble qui la poursuit.
C’est à la faveur du voyage que Théo et Giselle sont mis face à face et ils se rapprochent à l’occasion d’un incident survenu à bord. Entre eux nait une passion qui leur permet de renouer avec l’appétit de vivre. Mais ils se gardent de livrer les clés de leurs passés, gagnés qu’ils sont tous les deux par la volonté de reprendre leur existence à zéro. Le lecteur est lui informé des épreuves endurées et de leurs réminiscences et interférences avec le présent. Vont-ils surmonter leurs peurs, se réconcilier avec eux-mêmes pour s’autoriser la transparence et conserver la magie de leur relation ?
Dominique Van Cotthem a construit un roman sur la tension des non-dits tout en soulignant le rôle que ceux-ci peuvent jouer dans la reconstruction d’une personne. Le lecteur est pris à témoin des tourments et surtout du désir de vengeance ou de la culpabilité qui rongent les esprits qu’ils nouent. Elle souligne aussi le rôle déclencheur que peut jouer le sentiment amoureux et la progression qu’il permet vers une forme de sérénité. Pour dire tout cela, il faut maitriser l’art délicat de la dentelle relationnelle et des mécanismes d’horloge qui orientent les destins humains, ce que l’autrice fait avec un talent certain et une fois encore confirmé.
Thierry Detienne