Archives par étiquette : prison

L’Autre est-il un autre ?

Giuseppe SANTOLIQUIDO, Let­tres à l’Autre, Ker, 2026, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–532‑8

santoliquido lettres a l'autreLet­tres à l’Autre, de Giuseppe San­toliq­ui­do est con­sti­tué de deux réc­its qui alter­nent rigoureuse­ment. D’une part, celui d’un homme en prison qui écrit à quelqu’un, dans une nar­ra­tion en « je ». Et d’autre part, la descrip­tion en « il » de la vie de Pierre Augi­er ; il vit avec sa femme Mireille et ses deux enfants dans le domaine agri­cole de ses beaux-par­ents. Il est infir­mi­er à l’hôpital et essaye d’aider à la ferme le reste du temps. Lui aus­si écrit, des let­tres à « l’Autre », autant à l’hôpital qu’à la ferme, en se cachant. Ce n’est que pro­gres­sive­ment et par petits indices (par exem­ple, un pronom per­son­nel inat­ten­du) que l’on devine l’identité de la per­son­ne à laque­lle ces let­tres, de cha­cun des réc­its, sont des­tinées. Et la révéla­tion de cette iden­tité crée une sur­prise à la fin du roman. Le titre Let­tres à l’Autre indique autant le nom­bre élevé de let­tres que la dou­ble orig­ine de celles-ci, la prison et le domaine. Con­tin­uer la lec­ture

Amour passage

Dominique VAN COTTHEM, Retour à la vie risquée, Genèse, 2025, 224 p., 22 €, ISBN : 9782382010464

van cotthem retour à la vie risquéeEn quelques années à peine, Dominique Van Cot­them s’est fait une place dans le monde lit­téraire. Si ses livres ont su gag­n­er un lec­torat et des prix lit­téraires, c’est sans nul doute grâce à la grande finesse avec laque­lle elle donne vie à ses per­son­nages, nous dévoilant toute la com­plex­ité de leur psy­cholo­gie et surtout la façon dont ils abor­dent les épreuves de la vie. Avec Retour à la vie risquée, son cinquième roman, elle met en point de mire un homme et une femme que le des­tin n’a pas épargnés et dont la ren­con­tre va bous­culer le par­cours. Con­tin­uer la lec­ture

L’univers carcéral en Nouvelle-Calédonie

Chan­tal DELTENRE, Camp Est. Jour­nal d’une eth­no­logue dans une prison de Kanaky Nou­velle-Calé­donie, Post­face de Marie Salaün, Anar­char­sis, coll. « Les ethno­graphiques », 228 p., 16 €, ISBN : 9791027904440

deltenre camp estEth­no­logue, écrivaine, autrice de La mai­son de l’âme (Edi­tions Mael­ström, 2010), Chan­tal Del­tenre livre dans Camp Est un jour­nal de ter­rain qui évoque la mis­sion d’observation ethno­grahique en milieu car­céral dont elle a été chargée. Étrangère à la cul­ture kanak, au monde calé­donien et extérieure à l’institution péni­ten­ti­aire, elle côtoie durant un mois le « Camp Est » situé sur l’île de Nou, une prison de Nouméa dont elle décrit et analyse le fonc­tion­nement, les cer­cles de vio­lence physique, struc­turelle, sociale, sym­bol­ique, mais aus­si les enjeux et l’impensé. Le réc­it est avant tout celui d’un dépayse­ment, d’un saut dans un monde dou­ble­ment incon­nu (cul­ture kanak, monde mélanésien et espace car­céral), d’une atten­tion à la dimen­sion colo­niale de l’institution péni­ten­ti­aire. Tou­jours placée sous la sou­veraineté de la République française, la Nou­velle-Calé­donie a très tôt été conçue par la France colo­niale comme une terre de bagnes sur laque­lle expédi­er les détenus de droit com­mun ou poli­tiques (qua­tre mille Com­mu­nards, dont Louise Michel, furent trans­férés dans des péni­tenciers calé­doniens). Ce qui frappe Chan­tal Del­tenre, ce sont les sui­cides des jeunes détenus, la com­po­si­tion de la pop­u­la­tion, à majorité kanak (90% de détenus kanak, presque tou­jours issus de quartiers défa­vorisés, de squats), la minorité de pris­on­niers cal­doches, d’origine européenne, la crise iden­ti­taire, psy­chique que l’enfermement induit. Con­tin­uer la lec­ture

Qui croire encore ?

Thier­ry JANSSEN, Rumeur, Lans­man, 2020, 60 p., 11 €, ISBN : 978–2‑8071–0303‑0

janssen rumeurLisa Morin, jour­nal­iste vedette de l’émission « 24h/1 vérité », se rend en prison pour inter­view­er Mar­cus Zinger­man, un puis­sant homme d’affaires qui a dévelop­pé une alter­na­tive au pét­role : le SYNIO. Ce bio­car­bu­rant est pro­duit à base de bac­téries géné­tique­ment mod­i­fiées qui auraient déclenché une épidémie dans la région du Sichuan, en Chine. Jugé coupable par la Cour Pénale Inter­na­tionale pour géno­cide écologique, Mar­cus Zinger­man a été con­damné à per­pé­tu­ité. Lisa Morin cherche la vérité car de nou­velles rumeurs ont fait leur appari­tion. A‑t-il des choses à révéler ? Est-il coupable ou est-il une vic­time des puis­sances pétrolières, son SYNIO leur faisant bien trop d’ombre ? Con­tin­uer la lec­ture

Déjouer la prison

COMPAGNIE BUISSONNIÈRE, Brèche(s), Ceris­er, 2020, 80 p., 11 €, ISBN : 9782872672257

« On peut faire du théâtre partout, même au théâtre. »
Augus­to Boal

Louis, au pub­lic  Je m’appelle Louis. Je viens d’une bonne famille, j’ai fait des études, j’ai des amis, des pro­jets, une copine, j’ai de la chance surtout. De bonnes cartes en main. Aujourd’hui, je vais en prison pour la pre­mière fois de ma vie. Je suis comé­di­en-ani­ma­teur et je vais faire du théâtre en milieu car­céral. J’y ai pen­sé toute la journée. On me l’a pro­posé et sans y réfléchir plus que ça, j’ai dit oui. Et là, sur le park­ing de la prison, dans ma voiture, j’ai peur. En fait, je suis partagé entre l’excitation et la peur de l’inconnu. Il y a des mecs vio­lents là-dedans… J’y vais ou je n’y vais pas ?

Louis, le pro­tag­o­niste vis­i­teur-ani­ma­teur nous par­le et racon­te, sous la forme d’un théâtre épique, cette vie dedans-dehors la prison. Il fait entr­er dans son réc­it des détenus, des agents, des gar­di­ens, bref la pop­u­la­tion car­cérale. Con­tin­uer la lec­ture

Ceux qui boivent le soleil

Luc BABA, Nous serons heureux, Weyrich, coll. “La Tra­ver­sée”, 2020, 84 p., 7.90 €, ISBN : ISBN : 978–2‑87489–585‑2

De Luc Baba, nous con­nais­sons bien des facettes : le poète, le romanci­er, l’auteur jeunesse, le pas­sion­né de musique… L’humoriste est moins con­nu. Pour­tant, il ne manque pas de tal­ent : pour s’en con­va­in­cre, il suf­fit de regarder ses « Con­ver­sa­tions avec Ludo », postées durant le con­fine­ment, ou se plonger dans Nous serons heureux, savoureux roman paru chez Weyrich. Con­tin­uer la lec­ture

Keelbeek libre. Contre la prison de Haren

Ni prison, ni béton. Con­tre la maxi-prison de Brux­elles et son monde, Col­lec­tif Vri­je Keel­beek Libre et Maesltröm, 2019, 321 p., 20 €

Il est au pou­voir de cer­tains livres de faire souf­fler un vent de lib­erté tant sur la société que sur la bib­lio­thèque du monde. Livre-action, livre zadiste, Ni prison, ni béton décoche une salve de résis­tance qui, espérons-le, met­tra le feu à tout ce qui nous entrave. Dis­posi­tif de textes, d’archives, de plans, cet ouvrage retrace les étapes d’une lutte tou­jours en cours con­tre le pro­jet de méga-prison à Haren. Le sous-titre indique la teneur de l’enjeu : en s’opposant à ce pro­jet, la mobil­i­sa­tion du col­lec­tif Vri­je Keel­beek Libre entend récuser le monde qu’il incar­ne. Au-delà du com­bat con­tre l’implantation d’un gigan­tesque ensem­ble péni­ten­ti­aire sur un ter­rain en friche de 18 hectares à Haren, Ni prison, ni béton est sol­idaire de toutes les ini­tia­tives citoyennes qui refusent la béton­i­sa­tion des forêts, des corps et des con­sciences. Qui bitume la nature, les champs, les bois tra­vaille à goudron­ner les esprits. Con­tin­uer la lec­ture

Plein de rêves

Éric LAMMERS, Une âme plus si noire. Let­tres de prison, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, 2016, 252 p., 17 €/ePub : 9.99 €

LettresCOUVUNEsiteAprès un recueil de nou­velles Une vie de… paru en 2015 (édi­tions Weyrich), nous retrou­vons Éric Lam­mers, fig­ure emblé­ma­tique du grand ban­ditisme belge, dans un mon­tage de let­tres envoyées depuis les pris­ons d’Andenne et de Verviers à l’écrivaine Car­o­line Lamarche de jan­vi­er 2001 à décem­bre 2002. Mon­tage com­posé par cette dernière, les let­tres choisies témoignent du pou­voir de l’écriture qui a trans­for­mé la vie de ce pris­on­nier con­damné à la per­pé­tu­ité. Elles révè­lent ses doutes et ses peurs d’écrire des bêtis­es dans son pro­jet ambitieux de devenir un véri­ta­ble écrivain. Elles dis­ent aus­si les con­di­tions de déten­tion, la vie avec les autres détenus, les règles par­ti­c­ulières qui régis­sent ce monde par­al­lèle au nôtre. Con­tin­uer la lec­ture

Des hommes et des canaris

Michel TORREKENS

lammersOn s’évade par la lec­ture. Peut-on s’évader par l’écriture ? C’est la ques­tion que l’on aurait envie de pos­er à l’auteur de ce recueil de cinq nou­velles. Il y relate, même si ce n’est pas auto­bi­ographique, des événe­ments de l’univers car­céral où il a passé plusieurs années après une con­damna­tion à per­pé­tu­ité. Con­tin­uer la lec­ture