Les douze philanthropes

COLLECTIF, Les bonnes résvolu­tions, Ker, 2025, 170 p., 12 € / ePub : 5,99 €, ISBN : 978–2‑87586–510‑6

collectif les bonnes révolutionsDouze auteurs rassem­blent divers­es expéri­ences de résis­tance à l’ambiance délétère du Monde est du moment. Sur la cou­ver­ture, la liste des écrivains fait fig­ure de générique final pour un nou­veau com­mence­ment, fig­u­rant de dos, une petite fille entre bombe (de pein­ture) et pinceaux (de couleur).

Omar Radi : Rêver d’un monde plus juste est sou­vent vu comme irréal­iste. Le seul rêve « autorisé », c’est de créer sa start-up et de vouloir faire par­tie des plus rich­es.

Soyons donc plus rich­es de con­nais­sances.

Frank Andri­at : Ce soir-là, je me suis mis à douter. Ce vieux penseur avait ouvert une brèche dans ma tête : avais-je rai­son de laiss­er dépen­dre mon bon­heur de l’opinion des autres ?

Or les autres, c’est quoi finale­ment ?

Fabi­enne Blanchut : Aujourd’hui, Milan et sa maman, après deux mois dans la rue, béné­fi­cient, à la suite d’une chaîne de sol­i­dar­ité lancée par Vic­tor, d’un loge­ment social. La maman de Milan, qui a cumulé divorce, perte d’emploi et mal­adie se remet douce­ment (…).

Mais lorsque le présent est con­va­les­cent, com­ment bâtir l’avenir ?

Patrick Delper­dan­ge : Peut-être qu’on ferait mieux de s’occuper de ce qui nous regarde et de pren­dre la vie du bon côté. Et se foutre du reste. (…) Ça vous a fait bien rigol­er que je plante des arbres que je ne ver­rai jamais grandir.

Rira bien qui rira le dernier : le relais est assuré.

Flo­rence Aubry : Et nichés paresseuse­ment au cœur de cette vie silen­cieuse, des dizaines d’oiseaux. De cha­cun de ces arbres, l’homme brun peut dire l’âge, sans hésiter.

Effec­tive­ment, sans hésiter, ren­dre le présent au futur : ren­dre pos­si­ble.

Ingrid Thobois : Comme si le mal-être n’avait pas déjà gag­né la majorité des ado­les­cents, comme s’il n’était pas en germe chez tous les autres, gan­grenant cha­cune de ces per­son­nes qui auraient eu l’âge des plus belles idées, des plus mag­nifiques folies, des plus grandes aven­tures, des plus puis­santes amours (…).

Car le mal-être n’est pas inéluctable : et si, sim­ple­ment, s’offrir une heure, une heure seule­ment ? Sans rien, pour rien, le vide.

Jean-Christophe Tix­i­er : Il s’agit d’une petite heure quo­ti­di­enne… pour sim­ple­ment être humain. Son père la fixe un instant sans com­pren­dre, finit par lâch­er un sourire un peu for­cé.

Se forcer un peu à ralen­tir, réfléchir, faire tri et silence.

Nico­las Ancion : Et c’est ain­si qu’Helmut en est venu à se dire qu’il valait mieux ne pas trop com­mu­ni­quer. Penser ne sert pas à grand-chose. Par­ler non plus. C’est agir qui compte.

Agir ? Ne pas agir ? Telle est la pres­sion.

Geneviève Damas : Dans les mois qui avaient suivi, elle avait ten­té divers­es activ­ités – yoga, pleine con­science, restau­ra­tion de tableau… – qui lui avaient sem­blé un plaquage sur du vide. Jusqu’à ce qu’elle tombe sur Fight for Ecol­o­gy.

Du vide, alors pass­er au plein de dig­nité.

Armel Job : C’est ain­si qu’en une heure, Adolphe redevint une per­son­ne, certes à toute extrémité, mais digne, dans un lit pro­pre, au milieu d’une cham­bre décente.

Décence du silence – l’être –, autant que de la parole – l’existence –.

Vin­cent Engel : Et alors ? Les mots, les phras­es sont essen­tiels, Josef ! Nous avons besoin de tal­ents tels que le vôtre pour con­va­in­cre et pour dur­er ! Pour ren­forcer les effets de notre com­bat !

À lire Les bonnes résvolu­tions, on a envie de pari­er sur l’acte citoyen indi­vidu­el pour « rêvo­lu­tion­ner » une planète résol­u­ment anthro­po-scénique, quoique de moins en moins surlim­i­nale grâce aux arts et aux sci­ences ; deux sœurs d’âmes civiles, sus­cep­ti­bles de dés­in­téresse­ment à l’argent, la gloire, le pou­voir au prof­it du glob­al et de tous ; à com­mencer par soi.

Gré­goire Polet : Je ne pré­tends pas qu’un autre sys­tème soit pos­si­ble, mais je le mets en pra­tique tout seul, sans deman­der aux autres d’y adhér­er. J’aime. Et je suis fort. J’existe, je résiste. (…) Nul ne fait davan­tage la paix que la per­son­ne pais­i­ble. Rien ne fait davan­tage pour le respect que celui qui ne juge ni ne con­damne.

En cinq siè­cles de coloni­sa­tions et dix généra­tions d’industrialisations, l’individualisme a vain­cu les sol­i­dar­ités grâce à l’assujettissement aux machines. Cepen­dant et pour­tant, n’est-ce pas chaque indi­vidu qui sauvera le Monde ?

Tito Dupret