Suivre sa quête

Brigitte GUILBAU, Papy en cav­ale, Lilys, 2025, 154 p., 22,5 €, ISBN : 9782390561187

guilbau papy en cavaleGeorges Meurseau coule des jours pais­i­bles dans une mai­son de retraite… Pais­i­bles ? Hor­ri­ble­ment bar­bants plutôt ! Il s’ennuie pro­fondé­ment en atten­dant l’inexorable fin et cul­tive cette morosité du vieil­lard qui reproche sa décrépi­tude à la terre entière. Alors après avoir été poussé par l’une de ses voisines de cham­bre à faire quelque chose « avant que les bas de [s]on cerveau ne tombent sur les genoux de [s]a mémoire », il prend son balu­chon et s’évade, tel un crim­inel, sans deman­der son reste. Fier de sa révolte, il passe une pre­mière nuit, plutôt fraiche, dans la forêt. Au petit matin, il ren­con­tre qua­tre jeunes qui l’embarquent dans une folle aven­ture de braquage. Mais l’affaire tourne au vinai­gre. De par­faits bras cassés ! Georges sym­pa­thise avec deux com­plices du casse, lais­sés sur le car­reau tout comme lui et tout aus­si paumés : Ambre, une jeune femme enceinte et sans domi­cile, et Har­ry, un homme qui souf­fre de neu­rofi­bro­matose et vit seul dans une grande mai­son. Peu à peu, ces êtres cabossés se lient d’amitié. « For­mer une famille, ne serait-ce pas d’abord ten­ter de se con­naître pour savoir ce qu’on peut lui apporter ? »

Georges est un vieux bougon qui réflé­chit beau­coup et part con­stam­ment dans ses rêver­ies et sou­venirs. On apprend qu’il a été aban­don­né tant par son père que par sa mère, et éduqué par ses grands-par­ents. Le désamour sem­ble être « ancré géné­tique­ment en lui ». Il n’a jamais voulu s’engager, mais a con­nu de nom­breuses femmes – « forni­quer » étant ample­ment suff­isant selon lui ; le corps oui, mais pas le cœur. Que recherche-t-il dans sa fuite ? Se racheter une con­science ? Retrou­ver sa lib­erté ou se retrou­ver lui-même ? Trou­ver l’amour qui lui a tou­jours man­qué ? Peut-être Georges parvien­dra-t-il à créer cette famille, totale­ment improb­a­ble, dont il a tant man­qué.

Ce texte loufoque nous entraine dans une sorte de road book qui inter­roge la notion de lib­erté. À quel moment sommes-nous réelle­ment libres de nos actes ? Ne sommes-nous pas tous « enfer­més dans les images que nous voulons don­ner de nous ? ». Dif­férentes con­ver­sa­tions, en apparence anodines, nous entrainent dans des dis­cus­sions philosophiques qui ques­tion­nent la notion de lib­erté, mais aus­si la vieil­lesse, le désir, la mort, le passé, l’abandon…

L’amusement de Brigitte Guil­bau est per­cep­ti­ble. Elle joue avec les mots, notam­ment à tra­vers des allitéra­tions, et truffe Papy en cav­ale de références ciné­matographiques et musi­cales, notam­ment La quête de Jacques Brel qui revient tel un leit­mo­tiv. Alors, comme l’autrice, reprenons ces mots de 1968 qui réson­nent tou­jours avec force aujourd’hui :

Telle est ma quête
Suiv­re l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma dés­espérance
Et puis, lut­ter tou­jours
Sans ques­tions ni repos
Se damn­er
Pour l’or d’un mot d’amour…
… Aimer, même trop, même mal
Ten­ter, sans force et sans armure
D’atteindre l’inaccessible étoile

Émi­lie Gäbele