Brigitte GUILBAU, Papy en cavale, Lilys, 2025, 154 p., 22,5 €, ISBN : 9782390561187
Georges Meurseau coule des jours paisibles dans une maison de retraite… Paisibles ? Horriblement barbants plutôt ! Il s’ennuie profondément en attendant l’inexorable fin et cultive cette morosité du vieillard qui reproche sa décrépitude à la terre entière. Alors après avoir été poussé par l’une de ses voisines de chambre à faire quelque chose « avant que les bas de [s]on cerveau ne tombent sur les genoux de [s]a mémoire », il prend son baluchon et s’évade, tel un criminel, sans demander son reste. Fier de sa révolte, il passe une première nuit, plutôt fraiche, dans la forêt. Au petit matin, il rencontre quatre jeunes qui l’embarquent dans une folle aventure de braquage. Mais l’affaire tourne au vinaigre. De parfaits bras cassés ! Georges sympathise avec deux complices du casse, laissés sur le carreau tout comme lui et tout aussi paumés : Ambre, une jeune femme enceinte et sans domicile, et Harry, un homme qui souffre de neurofibromatose et vit seul dans une grande maison. Peu à peu, ces êtres cabossés se lient d’amitié. « Former une famille, ne serait-ce pas d’abord tenter de se connaître pour savoir ce qu’on peut lui apporter ? » Continuer la lecture

Le vers de Hölderlin, « pourquoi des poètes en temps de détresse ? », ne cesse de sauter de siècle en siècle, de convoquer les poètes à y répondre, à tout le moins à s’y affronter. Figurant dans le poème élégiaque « Pain et vin », ce « Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? » se décline sous la plume de Timotéo Sergoï. Que peut la poésie face au covid-19, quelles ressources individuelles et collectives nous propose-t-elle lors des confinements ? Comment une poésie hors quarantaine peut-elle déconfiner les corps et désincarcérer les esprits ? Durant les cinquante jours de confinement s’étalant du 20 mars au 8 mai 2020, le poète, comédien, artiste, voyageur Timotéo Sergoï a lancé à près de deux cents personnes un poème-gravure quotidien, un objet poétique, une bouteille ivre de mots, ciselée dans un esprit de résistance et de solidarité. Il faut que tu me comptes parmi nous nous délivre des créations qui s’élèvent comme autant de contre-feux à un quotidien plombé à l’intérieur duquel elles dessinent une brèche. Il s’agit moins d’un manuel de survie en milieu hostile qu’une volte-face rompant avec la résignation et le nihilisme, qu’un témoignage d’une vie enfermée, cadenassée dans un état d’exception qui tend dangereusement à s’inscrire dans le régime sociétal, à devenir la règle.