Archives par étiquette : liberté

Suivre sa quête

Brigitte GUILBAU, Papy en cav­ale, Lilys, 2025, 154 p., 22,5 €, ISBN : 9782390561187

guilbau papy en cavaleGeorges Meurseau coule des jours pais­i­bles dans une mai­son de retraite… Pais­i­bles ? Hor­ri­ble­ment bar­bants plutôt ! Il s’ennuie pro­fondé­ment en atten­dant l’inexorable fin et cul­tive cette morosité du vieil­lard qui reproche sa décrépi­tude à la terre entière. Alors après avoir été poussé par l’une de ses voisines de cham­bre à faire quelque chose « avant que les bas de [s]on cerveau ne tombent sur les genoux de [s]a mémoire », il prend son balu­chon et s’évade, tel un crim­inel, sans deman­der son reste. Fier de sa révolte, il passe une pre­mière nuit, plutôt fraiche, dans la forêt. Au petit matin, il ren­con­tre qua­tre jeunes qui l’embarquent dans une folle aven­ture de braquage. Mais l’affaire tourne au vinai­gre. De par­faits bras cassés ! Georges sym­pa­thise avec deux com­plices du casse, lais­sés sur le car­reau tout comme lui et tout aus­si paumés : Ambre, une jeune femme enceinte et sans domi­cile, et Har­ry, un homme qui souf­fre de neu­rofi­bro­matose et vit seul dans une grande mai­son. Peu à peu, ces êtres cabossés se lient d’amitié. « For­mer une famille, ne serait-ce pas d’abord ten­ter de se con­naître pour savoir ce qu’on peut lui apporter ? » Con­tin­uer la lec­ture

« Le courage d’écouter l’oiseau »

Un coup de cœur du Car­net

Chris­t­ian MERVEILLE (auteur) et Vale­ria DOCAMPO (illus­tra­trice), L’homme qui écoutait chanter l’oiseau, Alice Jeunesse, 2024, 40 p., 16 €, ISBN : 9782874265747

merveille docampo l'homme qui écoutait chanter l'oiseauSelon leur espèce, les oiseaux représen­tent une var­iété de sym­bol­es : la paix et la colombe, la force et l’aigle, la sagesse et le hibou, le deuil et le cor­beau, la fidél­ité et le cygne, la résilience et le col­ib­ri… Mais tous, du plus hum­ble passereau au majestueux alba­tros, incar­nent avant tout la lib­erté. Faisant fi de la pesan­teur ter­restre et se jouant des airs, ils pla­nent, vire­voltent, s’en vont à tire d’ailes vers des hori­zons qu’eux seuls con­nais­sent, que nous seuls imag­i­nons. Ces êtres de plumes et de vents, en plus de chanter, par­lent aus­si, un lan­gage par­ti­c­uli­er, invis­i­ble et audi­ble aux âmes récep­tives. Tel cet homme, debout, la tenue sim­ple et l’air absorbé, les yeux fer­més, nez ten­du vers la mélodie d’un rouge-gorge, comme si en plus de l’entendre il la res­pi­rait. Il demeure d’ailleurs étrange­ment indif­férent à l’agitation autour de lui, ne trem­ble pas aux cris d’un garde lui inti­mant de se prostern­er devant le Roi qui va arriv­er en ville : « Arrêtez-moi si vous voulez, moi, je veux écouter l’oiseau… ». Con­tin­uer la lec­ture

Poésie en temps de confinement

Tim­o­téo SERGOÏ, Il faut que tu me comptes par­mi nous, Ter­ri­toires de la mémoire, 2022, 120 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930408–49‑1

sergoi il faut que tu me comptes parmi nousLe vers de Hölder­lin, « pourquoi des poètes en temps de détresse ? », ne cesse de sauter de siè­cle en siè­cle, de con­vo­quer les poètes à y répon­dre, à tout le moins à s’y affron­ter. Fig­u­rant dans le poème élé­giaque « Pain et vin », ce « Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? » se décline sous la plume de Tim­o­téo Ser­goï. Que peut la poésie face au covid-19, quelles ressources indi­vidu­elles et col­lec­tives nous pro­pose-t-elle lors des con­fine­ments ? Com­ment une poésie hors quar­an­taine peut-elle décon­fin­er les corps et dés­in­car­cér­er les esprits ? Durant les cinquante jours de con­fine­ment s’étalant du 20 mars au 8 mai 2020, le poète, comé­di­en, artiste, voyageur Tim­o­téo Ser­goï a lancé à près de deux cents per­son­nes un poème-gravure quo­ti­di­en, un objet poé­tique, une bouteille ivre de mots, ciselée dans un esprit de résis­tance et de sol­i­dar­ité. Il faut que tu me comptes par­mi nous nous délivre des créa­tions qui s’élèvent comme autant de con­tre-feux à un quo­ti­di­en plom­bé à l’intérieur duquel elles dessi­nent une brèche. Il s’agit moins d’un manuel de survie en milieu hos­tile qu’une volte-face rompant avec la résig­na­tion et le nihilisme, qu’un témoignage d’une vie enfer­mée, cade­nassée dans un état d’exception qui tend dan­gereuse­ment à s’inscrire dans le régime socié­tal, à devenir la règle. Con­tin­uer la lec­ture