« La musique classique ne sert à rien »

Solot Le temps de Nina

Le temps de Nina

Auteur : Pierre Solot

Mai­son d’édi­tion : Kennes

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 400

Prix : 21,90 €

Livre numérique : 16,99 €

EAN : 9782931300725

« C’est de la mau­vaise musique puisque c’est de la musique clas­sique ».
« La musique clas­sique est une musique de zom­bie ».

Voilà l’avis bien tranché de Nina, 14 ans et toutes ses dents. Son papa s’appelle Louis et est un pianiste très célèbre, tou­jours par­ti partout jouer cette musique pous­siéreuse. Et elle compte bien prou­ver à son père qu’il perd son temps et ne sert à rien. Il y a aus­si Tante Plume, la sœur de Louis, musi­co­logue de renom – et alcoo­logue paten­tée – qui va jouer les médi­atri­ces entre le père et la fille. Tante Plume habite à Paris et les tra­jets en train effec­tués par Nina lui ser­vent de sas de réflex­ion et de décom­pres­sion, autre mode de médi­a­tion qu’elle aille chez Tante Plume ou qu’elle revi­enne à Brux­elles… où son père n’est générale­ment pas.  Quant à sa mère, Nina ne l’a pour ain­si dire pas con­nue puisqu’elle est morte peu après sa nais­sance.

En fait, Nina en veut surtout à la musique de la priv­er de la présence de son père, même si elle se sou­vient des instants lumineux – bon­heur et prox­im­ité partagés – autour de pièces à qua­tre mains qu’elle jouait avec lui.

Au fil des chapitres, nous enten­drons les dis­cus­sions, les réflex­ions, les réc­its et les argu­ments de ces trois per­son­nages.

Il est beau­coup ques­tion de musique clas­sique dans Le temps de Nina, on peut même soupçon­ner que la forme romanesque est un pré­texte pour par­ler de musique… il y a de ça, incon­testable­ment, mais pas que, quand même. Ain­si, dif­férentes scènes du réc­it sont un pré­texte pour abor­der la ques­tion de la musique de fond, d’ambiance ou d’ascenseur, ou encore la musique en dic­tature, la musique et la poli­tique…  Les pro­tag­o­nistes y font assaut de bons mots et de pirou­ettes à fleuret moucheté, ce qui a un côté jubi­la­toire, mais par­fois aus­si fas­ti­dieux. Tout comme le ton didac­tique exp­ri­mant les pen­sées et les opin­ions des uns et des autres.

Par con­tre, pour le meilleur résumé du film Bar­ry Lyn­don, mer­ci Pierre Solot.
Pour le meilleur décryptage de la musique de Chostakovitch : mer­ci encore.
Pour le meilleur décodage de La Valse de Mau­rice Rav­el, mer­ci, mer­ci !

On con­nait la pas­sion de Pierre Solot pour le dépous­siérage et la trans­mis­sion de l’amour de la musique.  Ce serait donc une très bonne chose que ce livre trou­ve son pub­lic. Mais c’est pré­cisé­ment la dif­fi­culté de plaider en faveur de tout ce qui est en perte de vitesse : les ama­teurs con­va­in­cus auront du mal à accepter de se faire bru­tale­ment remon­ter les bretelles par une gamine de 14 ans – même si elle en a 15 à la fin du livre – qui les traite de vieux débris. Et ceux qui sont con­va­in­cus de l’inanité d’une musique vieille écoutée bête­ment par des vieux, vont-ils entr­er dans ce livre ?

Le temps de Nina pose aus­si, out­re la ques­tion de la trans­mis­sion aux jeunes généra­tions, un sujet fon­da­men­tal : qui ou que vient-on écouter en allant au con­cert ? un com­pos­i­teur ? une œuvre ? une œuvre déjà con­nue pour le plaisir ras­sur­ant du récon­fort ? une œuvre incon­nue pour le plaisir et l’aventure de la décou­verte ? un orchestre pres­tigieux ? une soliste con­fir­mée ? Tante Plume explique une ten­dance actuelle : « [le con­cer­to] est sou­vent le moment le plus spec­tac­u­laire, le plus héroïque. Le pub­lic aime les cabri­oles ; il vient pour le sport autant que pour la musique ». Et quand le pub­lic se lève et hurle en cou­vrant les dernières notes de ses cris, est-ce que ce n’est pas la musique qui a per­du ?

Et à la fin, la musique va-t-elle réc­on­cili­er la fille à son père, ou pas ?

Mar­guerite Roman

P.S. : ne pas oubli­er d’écouter Didon et Enée de Pur­cell.
Ou bien de la musique de Charles Ives.
Ou alors, L’île des morts de Rach­mani­nov (cette hor­reur, dix­it Nina).
Ou encore tant d’autres belles choses que le tal­ent de con­teur de Pierre Solot nous aura don­né envie de décou­vrir…

Plus d’information