Vers un soleil levant

Lussan Bernie Leibovitz

Bernie Leibovitz

Auteur : Sam­my Lus­san

Mai­son d’édi­tion : Les Belles Let­tres

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 162

Prix : 23 €

Livre numérique : 17,99 €

EAN : 9782251459776

Quand j’étais enfant, que ma vie était made in Japan, les Français ont inven­té l’expression « japoni­ais­erie ». Trente ans plus tard, main­tenant que la vie parisi­enne sem­ble déréglée, un autre bruit cir­cule, l’idée que les Japon­ais ont com­pris quelque chose à côté de quoi on est passés. C’est peut-être faux, c’est peut-être un stéréo­type, c’est peut-être même une idée de droite. Mais quand on est en plein melt­down dans un métro blo­qué à Bar­bès, c’est une pen­sée-refuge. Alors on est prêt à pren­dre un vol de qua­torze heures pour véri­fi­er.

Bernie Lei­bovitz, trente-trois ans, est las de sa vie parisi­enne cadencée par les impérat­ifs d’une boîte de comm’, épuisé d’une exis­tence dans laque­lle il peine à trou­ver un sens, il quitte tout pour Tokyo, le « seul endroit où la vie […] sem­blait encore atti­rante ». Sans plan, sans cer­ti­tude, sans but, il largue les amar­res pour ce lieu « où la vie d’adulte parait exci­tante à nou­veau ». Son seul via­tique est un appareil pho­to qu’il dégaine chaque fois que le monde lui échappe.

Le trente­naire, mod­élisé depuis des années aux normes épurées du com­bo Uniq­lo-Carhatt-Muji, arpen­tera le « place to be » Shi­mak­i­taza­wa, en quête d’un T‑shirt sou­venir entre les fripes et les cof­fee-shops branchés, baign­era sous les torii du sanc­tu­aire Fushi­mi Inari, « les por­tails orange que l’on voit partout sur Tin­der », som­br­era dans le Shinkansen pour une sieste d’où émerg­era, brumeux, le Mont Fuji, en instan­ta­né, passera la nuit dans cette salle de con­cert, ce sous-sol, ce club réputé, ici et là. Des péré­gri­na­tions où les évo­ca­tions des représen­ta­tions men­tales, les sou­venirs, les dialec­tiques Paris-Tokyo, NYC, Tel Aviv, Téhéran, Brux­elles, avivent le style doc­u­men­taire, l’écriture dis­tan­ciée. Loin du lyrisme des réc­its d’exploration, Bernie observe, dans une soli­tude fascinée par la quié­tude d’un vivre-ensem­ble, il relate, analyse et ne peut ressen­tir sans médi­a­tion – son appareil pho­to l’atteste –, ses références cul­turelles (qui béné­fi­cient d’un lex­ique en fin d’ouvrage) ajoutent à sa per­cep­tion de nou­velles lec­tures d’images.

Bernie revêt les atours nar­rat­ifs d’un écrivain-voyageur qui ramène physique­ment – par la pho­togra­phie – et métaphorique­ment – par l’écriture – des images de son voy­age. Le dis­posi­tif médi­al des réc­its con­fronte les visions, décen­tre les regards, renou­velle les pris­es de vue habituelles, remod­èle les formes de dis­cours pré­fab­riqués pour les lieux touris­tiques, les « déjà vécu » dans cette série améri­caine, ce film d’animation, ce son du groupe sud-coréen pop acidulé, ces pages de Gary, il resitue la parole pour réalis­er une entre­prise de con­ser­va­tion. Écrire pour ne pas que ce périple dis­paraisse, pour ne pas le per­dre et ne pas se per­dre. Un roman spécu­laire qui fait trace de l’errance et qui aurait peut-être gag­né en éten­due par un geste plus aven­tureux.

Avec Bernie Lei­bovitz, pub­lié par Les Belles Let­tres, Sam­my Lus­san signe son pre­mier roman, un objet hybride. Une odyssée à tra­vers un cer­tain désar­roi généra­tionnel, des lignes de fuite dif­frac­tées et un hori­zon d’attente recon­sid­éré.

Sarah Bearelle

Un extrait sonore de Bernie Leibovitz

Un extrait de Bernie Leibovitz

Extraits pro­posés par les édi­tions Les Belles Let­tres