Pierre YERLES, Pavane pour une samourai défunte, Bleu d’encre, 2025, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–81‑9
C’est un art si subtil / que celui de l’oubli / lorsqu’on le veut heureux. Par ces premiers vers, Pierre Yerlès confie le propos de ce recueil posant le délicat problème de l’euthanasie. On lira avec profit ce livre en parallèle avec la belle œuvre d’Almodovar, La chambre d’à côté, où le cinéaste espagnol réalise son premier film en anglais, inspiré du livre Quel est donc ton tourment ? de l’écrivaine américaine Sigrid Nunez. Si Almodovar se demande comment accompagner quelqu’un dans la mort, en un travail de réflexion où les aspects psycho-affectifs voisinent avec ceux d’une réflexion socio-politique, Pierre Yerlès, faisant référence à deux cultures qu’il maitrise bien, aborde le problème de manière plus artistique et spirituelle. Continuer la lecture


Dans ce roman, Le chant du chardonneret, Carine Mestdag nous offre une émouvante et grave pérégrination dans l’espace de la mélancolie d’un écrivain japonais Sakutaro, amoureux de la littérature et de la poésie françaises mais qui, un jour, décide de quitter sa vie parisienne, de faire table rase de la plupart des objets qui l’ont accompagné, de brûler ses vaisseaux et de partir s’installer dans le sud-ouest de la France afin de disparaître du monde. Là, il va se remettre à écrire et à se livrer à la vertigineuse revisitation du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie commune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les circonstances de sa mort…
Après l’ouvrage À la proue (avec Pierre Mertens, paru chez CFC Éditions), où elle évoque son métier de libraire, Muriel Claude nous livre un premier recueil poétique, Arrangement floral. L’ikebana compose à la fois la toile de fond d’un recueil qui en épouse l’esthétique (le jeu entre le vide et le plein, la concision de la forme) et un motif poétique qui autorise l’exhumation de sensations, d’événements de l’enfance. L’art floral japonais n’agit pas comme un filtre qui délivrerait une valeur métaphorique mais s’élève au rang d’un analogon d’une démarche de l’esprit, au rang d’une codification végétale afin d’explorer les traces de l’intime.
Grosses pattes, longues griffes, pelage brun. Sans conteste, Kintsugi est un bel ours, grand et fort. Un brin aventureux aussi, et peut-être trop orgueilleux. Un jour, parce qu’il aime être admiré dans son audace et qu’il se délecte des chatouilles du vent entre ses orteils, il s’approche tout au bord d’une haute montagne. Mais Éole, d’humeur chagrine, souffle si fort sur son dos qu’il est précipité dans une chute qui « dure tellement longtemps qu’il a le temps de penser à mille choses. Il se dit qu’il a les poils décoiffés. Il se dit qu’il a un peu froid. Il se dit qu’il l’a un peu cherché. Il se dit qu’il recommencera. Il se dit que peut-être en bas, pour l’accueillir, il y aura des bras ».
En lisant le roman Le ballet des retardataires (Tokyo, tambours et tremblements), nous marchons avec Maïa Aboueleze en plein cœur de Tokyo où l’autrice s’est immergée durant plusieurs mois pour perfectionner sa connaissance du taïko, une discipline qui la passionne et qui englobe à la fois la pratique du tambour, de la danse, des arts martiaux et de la méditation.
Sous-titré “roman”, La clé USB commence curieusement par une vingtaine de pages à caractère encyclopédique, d’ailleurs rigoureusement documentées, autour de la futurologie contemporaine : prospective stratégique, méthode Delphi, films de science-fiction, cybersécurité et ordinateur quantique, système informatique blockchain, monnaie électronique bitcoin. Ce procédé n’est pas sans rappeler le prologue érudit de Moby Dick, où la baleine fait l’objet de multiples citations savantes ou anecdotiques, mais ici le champ d’étude est étroitement lié au motif du cryptage, c’est-à-dire à la dialectique savoir-secret. La narration proprement dite commence à la page 26 : un expert à la Commission européenne présente devant le Parlement son rapport sur les atouts de la technologie blockchain, à la suite de quoi il est abordé par deux lobbyistes. Ainsi débute une investigation totalement individuelle et officieuse, avec halte secrète en Chine dans le style palpitant d’un roman d’espionnage, violences physiques en moins. Le but ultime du héros n’est pas précisé – peut-être quelque rapport ultérieur et confidentiel à la Commission sur une tentative d’escroquerie sophistiquée, avec à la clé quelque gratification pour cet exploit méritoire quoique indiscipliné…
Rassemblés en un volume, deux romans posthumes du cinéaste, écrivain, compositeur-interprète Christian Coppin (1949–2017) paraissent aux Éditions Marque belge. Chants épiques traversés par l’ombre de la mort, Le sel des larmes et Katame fude délivrent des récits initiatiques qui auscultent des événements-clés contemporains sous le prisme des mythologies du monde.
Rétine, premier roman de Théo Casciani paru aux éditions P.O.L., séduira ceux et celles qui aiment sortir des sentiers battus. Ce roman est d’abord un concept : rendre compte d’un univers essentiellement artistique à travers le seul prisme du regard.
Après un premier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remarqué par le prix des Amis des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles, plusieurs recueils de poésie ainsi que des pièces de théâtre et des nouvelles, Isabelle Bielecki propose un deuxième roman, Les tulipes du Japon, aux éditions M.E.O. Le roman d’une femme au parcours étonnant à travers lequel le lecteur est en droit de lire des accents autobiographiques, à partir des éléments que lui fournit la quatrième de couverture. 
Jacques, jeune chercheur en climatologie bruxellois, débarque à Tokyo, une ville qui lui évoque « une cité obscure de Schuiten et Peeters qui engloutit ceux qui osent s’y aventurer ». Ses seuls repères sont les convinis, petites échoppes de quartier où il se sustente en bière et repas bon marché. Déboussolé par les conventions sociales – ses collègues japonais semblent tous régis par une hiérarchie immuable – et confronté aux subtilités d’une langue qu’il ne maîtrise que partiellement, il est tenu par le professeur Nishimura de trouver rapidement un sujet de thèse.
En cette rentrée littéraire automnale où les publications affluent, le livre de Jean-Marc Ceci tombe comme une double surprise. Surprise inhérente à tout premier roman : personne (à part peut-être ses proches) n’attend l’auteur d’une première œuvre. Mais surprise, surtout, de découvrir ce Monsieur Origami par lequel Ceci entre en littérature – et à l’enseigne des éditions Gallimard, qui plus est.