Archives par étiquette : Japon

Du poème comme éloge et exorcisme

Pierre YERLES, Pavane pour une samourai défunte, Bleu d’encre, 2025, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–81‑9

yerlès pavane pour une samourai defuneC’est un art si sub­til / que celui de l’oubli / lorsqu’on le veut heureux. Par ces pre­miers vers, Pierre Yer­lès con­fie le pro­pos de ce recueil posant le déli­cat prob­lème de l’euthanasie. On lira avec prof­it ce livre en par­al­lèle avec la belle œuvre d’Almodovar, La cham­bre d’à côté, où le cinéaste espag­nol réalise son pre­mier film en anglais, inspiré du livre Quel est donc ton tour­ment ? de l’écrivaine améri­caine Sigrid Nunez. Si Almod­ovar se demande com­ment accom­pa­g­n­er quelqu’un dans la mort, en un tra­vail de réflex­ion où les aspects psy­cho-affec­tifs voisi­nent avec ceux d’une réflex­ion socio-poli­tique, Pierre Yer­lès, faisant référence à deux cul­tures qu’il maitrise bien, abor­de le prob­lème de manière plus artis­tique et spir­ituelle. Con­tin­uer la lec­ture

Amélie Nothomb, aller et rebours

Amélie NOTHOMB, L’impossible retour, Albin Michel, 2024, 162 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782226495945

nothomb l'impossible retourDans l’abondante bib­li­ogra­phie d’Amélie Nothomb, l’autobiographie japon­aise con­stitue qua­si­ment un genre en soi, illus­tré déjà par Stu­peur et trem­ble­ments (1999), Méta­physique des tubes (2000), Ni d’Ève ni d’Adam (2007) et La nos­tal­gie heureuse (2013). L’impossible retour, le livre qu’elle dévoile en ouver­ture de la ren­trée lit­téraire 2024, vient s’inscrire dans cette série. Con­tin­uer la lec­ture

Dessine-moi une forêt

Un coup de cœur du Car­net

Marie COLOT et Noémie MARSILY, Mori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawa­ki, Cot­Cot­Cot, coll. « Les ran­don­nées graphiques », 2024, 204 p., 24 €, ISBN : 9782930941639

colot marsily moriMori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawa­ki est à la fois une fic­tion doc­u­men­taire et un roman d’apprentissage. Le réc­it débute quand Mikiko est âgée de 4 ans et se pour­suit jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. On y suit d’abord la ren­con­tre entre l’héroïne et son voisin Aki­ra, un vieux mon­sieur pas­sion­né par les plantes. Un peu plus tard dans le réc­it appa­rait un troisième per­son­nage, Kaku­zo, qui est le neveu d’Akira. Les trois pro­tag­o­nistes se ren­con­trent et se rassem­blent autour d’une micro-forêt qu’Akira a plan­tée en plein cœur de Tokyo, en bas de l’immeuble où vit Mikiko. Con­tin­uer la lec­ture

Dans le retrait des chants

Un coup de cœur du Car­net

Carine MESTDAG, Le chant du chardon­neret, Mur­mure des soirs, 2024, 163 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑931235–14‑0

mestdag le chant du chardonneretDans ce roman, Le chant du chardon­neret, Carine Mestdag nous offre une émou­vante et grave péré­gri­na­tion dans l’e­space de la mélan­col­ie d’un écrivain japon­ais Saku­taro, amoureux de la lit­téra­ture et de la poésie français­es mais qui, un jour, décide de quit­ter sa vie parisi­enne, de faire table rase de la plu­part des objets qui l’ont accom­pa­g­né, de brûler ses vais­seaux et de par­tir s’in­staller dans le sud-ouest de la France afin de dis­paraître du monde. Là, il va se remet­tre à écrire et à se livr­er à la ver­tig­ineuse revis­i­ta­tion du passé, de son amour pour Hatoko, leur vie com­mune, les moments partagés avec leurs familles au Japon, les cir­con­stances de sa mort… Con­tin­uer la lec­ture

Muriel Claude : tailler la langue dans l’oblique

Muriel CLAUDE, Arrange­ment flo­ral, Flam­mar­i­on, 2022, 110 p., 17 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 9–782080-273192

claude arrangement floralAprès l’ouvrage À la proue (avec Pierre Mertens, paru chez CFC Édi­tions), où elle évoque son méti­er de libraire, Muriel Claude nous livre un pre­mier recueil poé­tique, Arrange­ment flo­ral. L’ikebana com­pose à la fois la toile de fond d’un recueil qui en épouse l’esthétique (le jeu entre le vide et le plein, la con­ci­sion de la forme) et un motif poé­tique qui autorise l’exhumation de sen­sa­tions, d’événements de l’enfance. L’art flo­ral japon­ais n’agit pas comme un fil­tre qui délivr­erait une valeur métaphorique mais s’élève au rang d’un anal­o­gon d’une démarche de l’esprit, au rang d’une cod­i­fi­ca­tion végé­tale afin d’explorer les traces de l’intime. Con­tin­uer la lec­ture

Faire peau mieux que neuve

Un coup de cœur du Car­net

Vic­toire de CHANGY et Marine SCHNEIDER, L’Ours Kintsu­gi, Cam­bourakis, 2019, 32 p., 16 €, ISBN : 9782366244311

Gross­es pattes, longues griffes, pelage brun. Sans con­teste, Kintsu­gi est un bel ours, grand et fort. Un brin aven­tureux aus­si, et peut-être trop orgueilleux. Un jour, parce qu’il aime être admiré dans son audace et qu’il se délecte des cha­touilles du vent entre ses orteils, il s’approche tout au bord d’une haute mon­tagne. Mais Éole, d’humeur cha­grine, souf­fle si fort sur son dos qu’il est pré­cip­ité dans une chute qui « dure telle­ment longtemps qu’il a le temps de penser à mille choses. Il se dit qu’il a les poils décoif­fés. Il se dit qu’il a un peu froid. Il se dit qu’il l’a un peu cher­ché. Il se dit qu’il recom­mencera. Il se dit que peut-être en bas, pour l’accueillir, il y aura des bras ». Con­tin­uer la lec­ture

Le ballet des retardataires : Lost in translation

Un coup de cœur du Car­net

Maïa ABOUELEZE, Le bal­let des retar­dataires : Tokyo, tam­bours et trem­ble­ments, Inter­valles, 2019, 152 p., 16 €, ISBN : 978–2‑36956–082

En lisant le roman Le bal­let des retar­dataires (Tokyo, tam­bours et trem­ble­ments), nous mar­chons avec Maïa Aboueleze en plein cœur de Tokyo où l’autrice s’est immergée durant plusieurs mois pour per­fec­tion­ner sa con­nais­sance du taïko, une dis­ci­pline qui la pas­sionne et qui englobe à la fois la pra­tique du tam­bour, de la danse, des arts mar­ti­aux et de la médi­ta­tion.

Bien sûr, l’exil n’est pas tou­jours chose facile pour la pro­tag­o­niste qui ne par­le pas japon­ais et dont la maîtrise de l’anglais est super­flue sur l’île.  Elle ne pos­sède pas non plus les codes de la société dans laque­lle elle évolue, même si elle sait que la dig­nité et la dis­ci­pline y sont des valeurs impor­tantes. Con­tin­uer la lec­ture

Hantise de la dépossession

Jean-Philippe TOUSSAINT, La clé USB. Roman, Minu­it, 2019, 191 p., 17 € / ePub : 11.99 €, ISBN 978–2‑7073–4559‑2

Sous-titré “roman”, La clé USB com­mence curieuse­ment par une ving­taine de pages à car­ac­tère ency­clopédique, d’ailleurs rigoureuse­ment doc­u­men­tées, autour de la futur­olo­gie con­tem­po­raine : prospec­tive stratégique, méth­ode Del­phi, films de sci­ence-fic­tion, cyber­sécu­rité et ordi­na­teur quan­tique, sys­tème infor­ma­tique blockchain, mon­naie élec­tron­ique bit­coin. Ce procédé n’est pas sans rap­pel­er le pro­logue éru­dit de Moby Dick, où la baleine fait l’ob­jet de mul­ti­ples cita­tions savantes ou anec­do­tiques, mais ici le champ d’é­tude est étroite­ment lié au motif du cryptage, c’est-à-dire à la dialec­tique savoir-secret. La nar­ra­tion pro­pre­ment dite com­mence à la page 26 : un expert à la Com­mis­sion européenne présente devant le Par­lement son rap­port sur les atouts de la tech­nolo­gie blockchain, à la suite de quoi il est abor­dé par deux lob­by­istes. Ain­si débute une inves­ti­ga­tion totale­ment indi­vidu­elle et offi­cieuse, avec halte secrète en Chine dans le style pal­pi­tant d’un roman d’es­pi­onnage, vio­lences physiques en moins. Le but ultime du héros n’est pas pré­cisé – peut-être quelque rap­port ultérieur et con­fi­den­tiel à la Com­mis­sion sur une ten­ta­tive d’e­scro­querie sophis­tiquée, avec à la clé quelque grat­i­fi­ca­tion pour cet exploit méri­toire quoique indis­ci­pliné… Con­tin­uer la lec­ture

Christian Coppin. Du Mahabharata à la bombe atomique

Chris­t­ian COPPIN, Le sel des larmes suivi de Katame fude, Mar­que belge, 2019, 576 p., 25 €, ISBN : 978–2‑39015–032‑9

Rassem­blés en un vol­ume, deux romans posthumes du cinéaste, écrivain, com­pos­i­teur-inter­prète Chris­t­ian Cop­pin (1949–2017) parais­sent aux Édi­tions Mar­que belge. Chants épiques tra­ver­sés par l’ombre de la mort, Le sel des larmes et Katame fude délivrent des réc­its ini­ti­a­tiques qui aus­cul­tent des événe­ments-clés con­tem­po­rains sous le prisme des mytholo­gies du monde. Con­tin­uer la lec­ture

Ekphrasis

Théo CASCIANI, Rétine, P.O.L., 2019, 284 p., 19,90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑8180–4743‑9

Rétine, pre­mier roman de Théo Cas­ciani paru aux édi­tions P.O.L., séduira ceux et celles qui aiment sor­tir des sen­tiers bat­tus. Ce roman est d’abord un con­cept : ren­dre compte d’un univers essen­tielle­ment artis­tique à tra­vers le seul prisme du regard.

Les titres des dif­férents chapitres, comme celui du livre, en dis­ent long dans leur brièveté : Expo­si­tion / Images / Regard / Optogramme. Tout com­mence au Japon, au print­emps bien sûr, que l’auteur con­naît man­i­feste­ment bien. Le nar­ra­teur débar­que au Musée pré­fec­toral de Hyō­go à Kyoto pour par­ticiper au cat­a­logue et à la mise en place d’une expo­si­tion de l’artiste DGF (com­prenez : Dominique Gon­za­lez-Foer­ster, jamais citée comme telle dans le roman. Artiste et réal­isatrice française, née en 1965, DGF, qui réside à Paris et Rio de Janeiro, a une œuvre d’envergure inter­na­tionale). Expo­si­tion inti­t­ulée… Rétine. Par­al­lèle­ment à ce tra­vail, le nar­ra­teur com­mu­nique par écran inter­posé avec son amie Hit­o­mi, instal­lée à Berlin pour un cours… d’histoire de l’art. Tout se tient. Quand le lecteur la décou­vre, elle est nue. Muette. Théo Cas­ciani la décrit comme il le ferait d’une sculp­ture. Il a tro­qué le pinceau pour le clavier, mais il se lance dans un exer­ci­ce de style pré­cis, con­cis, détail­lé où la descrip­tion prime. Une per­for­mance sur une autre per­for­mance, mise en scène par Hit­o­mi avec l’apparition d’un chat qu’elle a teint en rouge. « Hit­o­mi n’était plus qu’une image ». Con­tin­uer la lec­ture

Se battre, toujours se battre

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 238 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0143‑5

bielecki les tulipes du japon.jpgAprès un pre­mier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remar­qué par le prix des Amis des Bib­lio­thèques de la Ville de Brux­elles, plusieurs recueils de poésie ain­si que des pièces de théâtre et des nou­velles, Isabelle Bielec­ki pro­pose un deux­ième roman, Les tulipes du Japon, aux édi­tions M.E.O. Le roman d’une femme au par­cours éton­nant à tra­vers lequel le lecteur est en droit de lire des accents auto­bi­ographiques, à par­tir des élé­ments que lui four­nit la qua­trième de cou­ver­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’on regarde quelques images du monde flottant d’aujourd’hui

Régis DEFURNAUX, Maiko no hikari, Le bec en l’air, 2016, 35 €   ISBN : 978–2367440996

defurnaux

Ukiyo‑e, ce mot vous dit-il encore quelque chose ? Ou bien est-il déjà tombé dans l’ou­bli, bal­ayé par – au choix – la nou­velle vague, nou­velle sen­sa­tion, nou­velle expo « à voir absol­u­ment », qui occupe large­ment le champ de bataille médi­a­tique ? Mais oui ! C’est bien cela : Ukiyo‑e, out­re les images du « monde flot­tant » dans lequel nous vivons, est le nom d’une splen­dide expo­si­tion d’e­stam­pes japon­ais­es vis­i­ble jusqu’en mars aux Musées du Cinquan­te­naire, à Brux­elles.

Le livre de pho­togra­phies et les textes de Régis Defur­naux offre une mag­nifique occa­sion, à tous ceux, toutes celles, enchan­tés par le charme col­oré de ces « images du monde flot­tant » de se rep­longer, encore un peu, dans l’u­nivers des maisons de thé, des geishas et de leurs appren­ties. His­toire de pro­longer un peu notre rêver­ie, notre nos­tal­gie, un peu suran­née, pour ces femmes en « car­ton-pâte » ? His­toire de nous évad­er un peu de notre quo­ti­di­en et de notre époque moros­es ? Con­tin­uer la lec­ture

Jacques-san au pays des légers changements

Manuel CAPOUET, Le mod­èle, Diag­o­nale, 2016, 250 p., 17.50€/ePub : 9.99 €   ISBN : 978–2‑960132–16‑8

capouetJacques, jeune chercheur en cli­ma­tolo­gie brux­el­lois, débar­que à Tokyo, une ville qui lui évoque « une cité obscure de Schuiten et Peeters qui engloutit ceux qui osent s’y aven­tur­er ». Ses seuls repères sont les con­vi­nis, petites échoppes de quarti­er où il se sus­tente en bière et repas bon marché. Débous­solé par les con­ven­tions sociales – ses col­lègues japon­ais sem­blent tous régis par une hiérar­chie immuable – et con­fron­té aux sub­til­ités d’une langue qu’il ne maîtrise que par­tielle­ment, il est tenu par le pro­fesseur Nishimu­ra de trou­ver rapi­de­ment un sujet de thèse. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les replis du papier

Jean-Marc CECI, Mon­sieur Origa­mi, Gal­li­mard, 2016, 157 p., 15 €/ ePub : 10.99 €  ISBN : 978–2‑07–019772‑9

ceciEn cette ren­trée lit­téraire autom­nale où les pub­li­ca­tions afflu­ent, le livre de Jean-Marc Ceci tombe comme une dou­ble sur­prise. Sur­prise inhérente à tout pre­mier roman : per­son­ne (à part peut-être ses proches) n’attend l’auteur d’une pre­mière œuvre. Mais sur­prise, surtout, de décou­vrir ce Mon­sieur Origa­mi par lequel Ceci entre en lit­téra­ture – et à l’enseigne des édi­tions Gal­li­mard, qui plus est. Con­tin­uer la lec­ture