Un coup de cœur du Carnet

Belgiques
Autrice : Daphné Tamage
Maison d’édition : Ker
Collection : Belgiques
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 110
Prix : 12 €
Livre numérique : /
EAN : 9782875865236
Daphné Tamage intègre la collection « Belgiques » avec un titre éponyme (comme tous ceux de la collection, confiés chaque fois à un écrivain belge différent). Notez le « S » du titre et de la collection. Il explique mieux qu’un long discours la ligne éditoriale : donner à plusieurs personnes l’occasion d’écrire leurs visions de notre pays : historique, onirique, géographique, poétique, intime, etc. Et ce ne sont pas moins de vingt-deux nouvelles qu’offre ici l’autrice, ainsi qu’une introduction et un épilogue.
Diplômée en réalisation cinéma à l’Institut des Arts de Diffusion (IAD) et en écriture contemporaine à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, l’autrice de 34 ans a déjà publié trois romans : À la recherche d’Alfred Hayes (2022, éd. Maurice Nadeau), Le retour de Saturne (2024, Stock), puis Bruxelles (2025, éd. L’arbre qui marche), une sorte de guide touristique fictionnel. Cette année, elle reprend le personnage de ses deux premiers romans, Apolline, dans Le chant des contraires (Stock). Toujours cette année, elle explore le domaine de la nouvelle dans un recueil intitulé Belgiques chez Ker éditions. Sorti en octobre avec trois autres titres, cette collection compte à ce jour 36 titres, 36 regards d’auteurs et d’autrices belges sur leur pays. Ce qui nous donne une bibliothèque pour aller à la découverte de la littérature belge contemporaine, mais aussi un sacré corpus pour tenter de cerner ce pays étrange qui est le nôtre.
Malgré la difficulté de la tâche, Daphné Tamage saisit l’opportunité de cette commande de l’éditeur et du directeur de collection pour évoquer sa « Belgique de l’enfance, celle qu’on ne choisit pas » et « saisir les jalons » de cette existence menée jusqu’à aujourd’hui et « d’en consigner les premières aspérités ». On salue au passage l’honnêteté du propos, sans faux-semblants, par celle qui a attendu « hélas ! », précise-t-elle, « d’être adulte pour pouvoir raconter ses rêves d’enfance ». Ceux-ci la ramènent chez Mamydouce à Ittre, voisine de la prison où est incarcéré le « monstre national », dans la maison de Statte, vers les tombes exhumées autour de la maison du grand-père à Vaucelles, au Zoute et ses vestiges d’enfance saccagés par les agents immobiliers, au château de Hoyoux et une première expérience sexuelle, à Dourbes, Centre physique du Globe le long du Viroin, à la piscine du Blocry dans la ville-monstre de Louvain-la-Neuve, et bien d’autres lieux tant la jeune femme a déjà bourlingué au plat pays et ailleurs. Elle y rend également hommage à quelques compatriotes, des proches parfois, comme Julos Beaucarne et surtout Marc Danval déjà évoqué comme mentor dans son Bruxelles, le maitre-maitre Robert Goffin, Jacques Brel à plusieurs reprises et… Yoko Tsuno !
Ces textes somme toute assez brefs, de 2 à 4 pages, mais incisifs et souvent profonds, à l’écriture ciselée et bigrement efficace, partent du particulier pour le dépasser et permettre à chaque lectrice, chaque lecteur, de s’y retrouver peu ou prou. À cet égard, nous sommes tentés de penser qu’il s’agit peut-être du Belgiques le plus réussi et le plus intense de la collection par sa dimension – n’ayons pas peur des mots – quasi existentielle tout en restant très concret, à travers une perception aiguë de certaines réalités de la vie tant quotidienne que contemporaine. Il est aussi le reflet de « cet étrange gène du ‘complexe belge’ », dont nous sommes tous et toutes plus ou moins porteuses et porteurs.
Michel Torrekens