
obliques
Autrice : Victoire de Changy
Maison d’édition : L’arbre de Diane
Collection : Les deux soeurs
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 85
Prix : 15 €
Livre numérique : /
EAN : 9782930822440
J’écris en je pour m’extirper, justement, du je.
Pour devenir, au plus près exprimable, une chose, une femme, une mère, et plusieurs.
Avec obliques, Victoire de Changy poursuit son œuvre poétique dans un recueil qui fait de l’écart un singulier être au monde. Publié par L’arbre de Diane, dans la collection « Les deux sœurs », l’ouvrage prolonge la poétique de La paume plus grande que toi, mais en déplace le centre de gravité. Si la maternité demeure présente – à travers l’avènement des enfants, l’évènement dans le nouveau rapport à l’écrit, la concession à l’oubli –, elle ne constitue plus l’horizon du texte, elle se fait angle de vue, s’agrège, en tant qu’objet, à une poésie de l’attention, de la vigilance accrue, du rapport au temps, de la tristesse tue, du corps, de la création. « D’ailleurs, je pense mes poèmes comme des objets », scande, au présent, la poétesse.
Oui, il faudrait toujours regarder les objets de face, comme des vérités inéluctables. Comme des présences, vivantes, à ne craindre ni mépriser dont faire respectueusement usage.
Savoir d’où ils proviennent. Comme ils sont arrivés.
La poésie de Victoire De Changy se tient légèrement de biais, suffisamment près pour sentir, suffisamment loin pour penser. À cet égard, le titre annonce le trait esthétique : être oblique, c’est refuser la ligne droite, se méfier des évidences, prendre des détours, du « rectiligne mais ascendant », une façon d’écrire pour voir.
J’écris les choses parce qu’il me semble que, sans dénomination exacte, elles se fondent dans une matière indistincte, confuse, que rien n’éclaire à mes yeux, sinon les noms pour les dire.
J’écris pour voir
Regarder, « en-corps », prêter attention, nommer ce qui tremble, accepter la tristesse sans lui abandonner tout le territoire, continuer à chercher les mots, les phrases, les placer, les déplacer, selon leurs formes, textures, lignes, depuis cet endroit légèrement décalé où le monde apparait autrement, poser l’écriture en train de se faire. La poétesse compose les éléments-évènements, lesquels ricochent, sans tergiversation, d’une traite. Elle pose une sorte de « là voir » sur la vie, ses composantes, et interroge ce qui pousse à la mettre en mots. Le livre est traversé d’une dimension métapoétique, une réflexivité qui laisse la poésie se regarder poindre et dont la lecture est moins un élan qui emporte qu’une invite à observer dans une attention soutenue.
Victoire De Changy, en obliques, offre un déplacement de regard qui ne cherche pas l’effet mais le saisissement du demeurant, juste un instant.
Sarah Bearelle