Être né(e) quelque part

Un coup de cœur du Car­net

Pirard Les fils de l'harmattan

Les fils de l’harmattan

Auteur : Pierre Pirard

Mai­son d’édi­tion : 180°

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 400

Prix : 23 €

Livre numérique : 12,99 €

EAN : 9782940868063

Aout 2025 : une embar­ca­tion de for­tune à la dérive affronte la mer avec des migrants à son bord. Privés d’eau, les derniers sur­vivants de cet esquif à la dérive sont à bout de forces. L’un d’entre eux filme la scène. Aout 1978 : Marthe apprend le décès bru­tal de ses par­ents lors d’un acci­dent de mont­golfière en Egypte. La voici seule dans leur ferme auvergnate, effon­drée, mais elle décide de repren­dre leur éle­vage de poulets et de le dévelop­per en fil­ière bio. Deux ans plus tard, alors qu’elle présente son exploita­tion lors d’une fête agri­cole, son regard croise celui de Dje­na, un Séné­galais venu y présen­ter les arachides de son pays. Entre eux, le coup de foudre est immé­di­at et Dje­na s’installe à la ferme. Il décou­vre le ter­roir français et se forme à la fab­ri­ca­tion du nougat à base d’amandes. Entre­pre­neur dans le sang, il décide de con­cevoir une vari­ante à base de cac­ahuètes en prove­nance de son pays d’origine. En rup­ture avec la cul­ture locale, elles ont l’avantage d’être moins chères et donc de per­me­t­tre de fab­ri­quer un pro­duit meilleur marché qui a tôt fait de trou­ver son pub­lic. Le suc­cès est au ren­dez-vous, l’affaire croît, le pro­duit s’exporte, de nou­velles instal­la­tions sont con­stru­ites, Dje­na est désor­mais une fig­ure de l’entrepreneuriat local. Lui qui a con­nu la mis­ère prend une belle revanche sur la vie. Mais les enfants que Marthe et lui souhait­ent avoir tar­dent à venir. Et c’est pour Dje­na un coup dur du des­tin car il se doit d’avoir une descen­dance pour exis­ter aux yeux de sa pro­pre famille. Après plusieurs années d’attente et de ren­dez-vous médi­caux infructueux, ils déci­dent de faire les démarch­es en vue d’une adop­tion. Alors que celles-ci sem­blent aboutir, Marthe se retrou­ve enceinte et elle insiste pour ne pas renon­cer à l’adoption que lui voudrait annuler. Les voici avec deux fils, l’un blanc, Apol­li­naire, l’autre de couleur, Orig­inel, des jumeaux qui gran­dis­sent ensem­ble, unis par des liens très forts. Jusqu’au jour où la vérité sur les trafics divers aux­quels se livre Dje­na éclate aux yeux de tous, nous réser­vant de belle sur­pris­es …

Pro­fondé­ment nour­ri des men­tal­ités rurales tant français­es que séné­galais­es, Les fils de l’harmattan croise allè­gre­ment les cul­tures pour for­mer une fable inter­cul­turelle orig­i­nale qui fait mouche et qui tient tout au long le lecteur en haleine. Ce faisant, c’est aus­si tout l’art de Pierre Pirard de retourn­er la chaus­sette des préjugés et des stéréo­types : il nous dit la méfi­ance raciste des cam­pagnes français­es en même temps que la fas­ci­na­tion pour l’entrepreneur africain qui réus­sit, l’obscurantisme des marabouts qui spécu­lent sur l’ignorance, l’enfermement des hommes et des femmes dans leurs rôles tra­di­tion­nels, ici et là-bas. Et surtout il dénonce l’injustice sous toutes ses formes et val­orise les rela­tions sol­idaires et sincères sans suc­comber aux sché­mas sim­plistes. On soulign­era enfin l’élégance de l’écriture qui porte de bout en bout cette saga famil­iale, la force et la créa­tiv­ité des expres­sions nova­tri­ces qui témoignent du tra­vail de plume qui a accom­pa­g­né la genèse de ce pre­mier roman somme toute de fière allure et auquel on souhaite de fendre allè­gre­ment les flots.

Thier­ry Deti­enne