Des secrets entrevus

Dellisse L'eden à l'envers

L’Éden à l’envers

Auteur : Luc Del­lisse

Mai­son d’édi­tion : Lamiroy

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 201

Prix : 20 €

Livre numérique : /

EAN : 9782390810735

Rien n’ar­rache un enfant à sa peur. Il se per­suade qu’il est mal tombé, que la cigogne visait trop à gauche, toutes les preuves d’amour de ses par­ents ne parvien­dront pas à le ras­sur­er. Ni la trans­parence du ciel. Ni la chaleur du poêle. Il regarde autour de lui avec méfi­ance : est-ce ici qu’il va devoir vivre tou­jours ? 

Qui aurait lu, il y a vingt ans, La fuite de l’É­den, n’a pas à crain­dre de se rep­longer dans L’Éden à l’envers, cette ver­sion aigu­isée au cœur des méan­dres de la vie de Luc Del­lisse. Le temps a passé et ces pages ont encore plus à révéler, comme des saltos arrière dans une vie qui était cade­nassée dans une langue, une famille, une reli­gion et des désirs féro­ces. La jeunesse de l’au­teur a dévelop­pé, tout au long d’une course folle, dirait-on, une fuite de ces temps d’en­fance et d’ado­les­cence apparus sou­vent comme des empris­on­nements délétères.

Dans ce monde éloigné, il écrit à pro­pos du mal­heur ou des mal­heurs qui peu­vent ponctuer une vie comme on par­le d’un bon­heur à dis­tance. La puis­sance de l’écri­t­ure de l’auteur est for­ti­fiée par une appar­ente dés­in­vol­ture. Il est là, ici, parce qu’il le veut bien et ses livres ponctuent, d’an­née en année, cette forme d’au­to­bi­ogra­phie imag­i­naire qu’il mène dans des reg­istres nom­breux : nou­velles, romans, poèmes.

La légèreté appar­ente du traite­ment ne masque pas les drames mais les tient à dis­tance grâce à l’écriture menée de jour et de nuit. Des thé­ma­tiques, un vocab­u­laire récur­rents tis­sent son œuvre où le feu, le fer, la joie, la lumière, l’amour sont régulière­ment con­vo­qués. Il reprend ain­si la matière que furent l’en­fance et les pièges de cet « âge de fer ». De nom­breuses lec­tri­ces et lecteurs retrou­veront une part de ce temps qui fut « ce temps d’a­vant » empier­ré sous la coupe de toutes les chapes famil­iales, religieuses et morales. L’auteur déci­da donc d’écrire pour en sor­tir, pour créer une ver­sion res­pirable de ce sen­ti­ment d’engloutissement et retrou­ver enfin l’air de la lib­erté.

Dans ce monde per­du, dans cette Flan­dre inouïe qui n’avait peur que de Dieu et de la langue française, la journée com­mence dès l’aube par les jérémi­ades de mon père. Il avait ruminé toute la nuit un affreux sen­ti­ment d’échec il avait eu le temps de se met­tre en colère il ouvrait à la volée la porte de ma cham­bre. Il cri­ait : « Qu’est-ce que j’ai fait au  bon Dieu pour mérit­er une vie pareille ? 

C’est dans une Flan­dre médié­vale et goth­ique où il vit dans les con­traintes de l’enfance qu’il tente d’échapper à tous les chas­seurs naturels de la vie. Il décide alors, à la sor­tie de cet âge emmuré de lire, beau­coup, et d’écrire, des notes des poèmes. Il devient dès lors le chas­seur des signes d’une vie qu’il veut plus lumineuse. C’est ain­si qu’on peut nom­mer chez lui une sorte de fureur de l’en­t­hou­si­asme et de la joie.

Le style cul­tive l’ironie et l’hu­mour et le réc­it nous con­vie aux voy­ages, aux amours, aux col­lo­ques qui vont tra­vers­er la vie de l’au­teur. Comme il le rap­pelle à nou­veau dans cette ver­sion, le plus noir n’a pas encore été écrit… Nous pou­vons faire con­fi­ance à Luc Del­lisse pour nous en livr­er quelques échos dans ses prochains livres.

Vif, rob­o­ratif, généreux, voici un belle (re)découverte !

Daniel Simon