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« Voir l’insecte au visage »

Mau­rice MAETERLINCK, La vie des four­mis / La vie des ter­mites, Post­face de Mathilde Régent, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 390 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–566‑7

maeterlinck la vie des termites la vie des fourmisDans la vaste pro­duc­tion de Mau­rice Maeter­linck, les essais con­sacrés aux insectes soci­aux occu­pent une place à part. Cette trilo­gie se trou­ve dis­ten­due, par sa chronolo­gie d’abord, mais aus­si par sa tonal­ité. Elle s’ouvre en 1901 avec La vie des abeilles, qui jouira d’un immense suc­cès. Paul Gor­ceix jugeait que cet ouvrage pose « le prob­lème de la Weltan­schau­ung de Maeter­linck et, au-delà, celui de sa per­son­nal­ité ». Que révèle en effet cette atten­tion par­ti­c­ulière à des col­lec­tiv­ités invis­i­bles, vivant en sys­tème clos dans le com­plexe réseau alvéo­laire ou souter­rain qu’elles ont dess­iné, se repro­duisant et s’organisant selon des mod­èles immuables depuis des mil­lé­naires sans doute, mais qui échap­pent encore par­tielle­ment à notre com­préhen­sion ? Cet intérêt crois­sant pour les ruch­es, les ter­mi­tières et les four­mil­ières serait-il l’indice d’une fas­ci­na­tion mal­saine envers les régimes autori­taires ? Car si l’on trans­pose leur fonc­tion­nement aux col­lec­tiv­ités humaines, le pire régime des castes appa­raît d’une bien­veil­lance extrême… Con­tin­uer la lec­ture

Maeterlinck : des abeilles et des fleurs

Mau­rice MAETERLINCK, La vie des abeilles, suivi de L’intelligence des fleurs, Post­faces de Lau­rence Boudart, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2020, 460 p., 9,50 €, ISBN : 978–2875684813

Dépas­sant les cli­vages entre sci­en­tifiques et poètes, précurseur d’une pen­sée d’une intel­li­gence ani­male et végé­tale à une époque où pré­vaut la dis­jonc­tion entre l’humain, seul doté d’âme, de sen­si­bil­ité, et le reste du vivant privé d’aptitudes cog­ni­tives, Mau­rice Maeter­linck développe des essais nova­teurs qui con­tes­tent la pri­mauté que l’humain s’octroie dans la chaîne des êtres. En 1901, dix ans avant la con­sécra­tion du prix Nobel, paraît La vie des abeilles qui, rompant avec les théories de Pavlov, con­tes­tant l’animal-machine de Descartes et l’anthropomorphisme de Buf­fon, avance une thèse rad­i­cale­ment inédite que les sci­en­tifiques con­firmeront des années plus tard : non seule­ment les insectes, les mam­mifères mais aus­si les plantes sont dotés, non d’un seul instinct, mais d’une intel­li­gence spon­tanée élaborée. Con­tin­uer la lec­ture