L’arbre devant soi

Géral­dine JAMART, Soif de vie, Brux­elles, Tra­verse, coll. « Caram­bole », 2014, 72 p., 10 €

jamartSoif de vie est un recueil com­posé de cinq par­ties, cha­cune intro­duite par une cita­tion, comme épinglée pour révéler la démarche poé­tique de sa jeune auteure pub­liée pour la pre­mière fois. Une pre­mière fois, c’est quelque chose. Cela se racon­te.

Après une ren­con­tre avec l’écrivain et édi­teur Daniel Simon lors d’un ate­lier d’écriture, Géral­dine Jamart, philosophe de for­ma­tion, a pris con­fi­ance en elle pour opér­er un tri par­mi de nom­breux poèmes com­posés durant une dizaine d’années. Ces textes ont été rassem­blés et réor­gan­isés par thème, avec entre autres : la ques­tion du deuil, de l’enfance, la nature et l’intention poé­tique dans l’écriture. Comme bon nom­bre de poètes, la marche fait par­tie inté­grante de son proces­sus de créa­tion. L’un ne va pas sans l’autre. La présence de mots tels que « ran­don­nées », « chemin », « marche », « tra­jet » ren­force l’idée de mou­ve­ment.

L’expérience de la marche con­duit vers l’écriture et le tra­vail sur la langue. Depuis qu’elle a sauté le pas, l’auteure écrit de plus en plus. Sou­vent, lors d’un déplace­ment, à pied, mais aus­si par­fois en train, une phrase résonne. Le début du poème sur­git. Elle n’écrit que de la poésie. C’est là où elle se sent la plus authen­tique. Où elle touche à la sim­plic­ité recher­chée, à une cer­taine lim­pid­ité. Un lieu d’inspiration domine, celui de la mer et ses plages d’Ostende. Un point com­mun à partager avec d’autres auteurs belges. La pho­to de cou­ver­ture représente un homme couché sur le sable plan­tant un arbre devant la mer, de manière un peu étrange, voire sur­réal­iste. Celle-ci traduit bien sa « soif de vie » :

Il a plan­té son arbre,
dans le sable humide.

Les cerfs-volants se sont couchés,
les amoureux de pas­sage,
emportés par les vents.

Devant la mer,
l’arbre et l’homme sont entrelacés.

Pour Géral­dine Jamart, écrire un poème, c’est « don­ner une valeur à ce qui est vécu ». L’écriture, comme un autre lieu pour vivre autrement chaque instant. À l’instar d’un William Cliff (égale­ment grand poète de la marche) qui pense que ce qu’il est en train de vivre vaut au moins un poème, elle scrute les brèch­es de « nos vies pas­sagères » pour « retenir l’instant » en l’écrivant.

Mélanie Godin

Écoutez Géral­dine Jamart au micro d’Ed­mond Mor­rel sur espace-livres.be :