Secrets de soupente

Patrick DELPERDANGE, Le cli­quetis, Genèse Édi­tions, 2016, 194p., 20.5 €/ePub : 14.99 €

delperdangeImag­inez une demeure de plus d’un siè­cle, un peu décrépie, mais au pouls vail­lant. Prête à vous con­fi­er les mys­tères qui l’ont tra­ver­sée au fil des ans ou à vous révéler les petits secrets de cha­cun de ses occu­pants actuels. Cette mai­son, c’est elle qui endosse le réc­it, nous présen­tant Maïa, la concierge grecque tou­jours fidèle au poste et Mon­sieur Gode­froid, le chercheur acar­iâtre qui s’escrime sur ses vieux livres depuis au moins 20 ans. Charles et Marthe Lau­rent, un cou­ple âgé, dis­cret, et tou­jours amoureux qui rêve de retourn­er aux Con­t­a­mines, où leur his­toire s’est scel­lée. Les Messier qui ont du mal à se par­ler car mon­sieur est tou­jours le nez plongé dans ses recherch­es chim­iques. Leurs deux enfants, Clara, qui adore dessin­er, et Jonathan qui pense que sa sœur est un peu folle. Madame de Pasquale en désha­bil­lé de soie et crinière blonde, et son major­dome qui veille au grain. Tous sont habités par des secrets, des regrets qui finiront par exsud­er à la suite d’un inci­dent anodin : un cli­quetis per­ma­nent, agaçant et inex­plic­a­ble venant de la soupente dis­simulée du qua­trième étage, que des ouvri­ers vien­dront met­tre au jour. De quelle exis­tence trag­ique cette petite pièce fut-elle le témoin ? Quand on fis­sure son mur, ne frac­ture-t-on pas aus­si la moelle épinière d’une mai­son ?
De Patrick Delper­dan­ge, on con­nais­sait surtout jusque là le goût pour les mau­vais gen­res – de Seuls les ruis­seaux boueux coulent dans l’ob­scu­rité, nou­velle dans le récent recueil Brux­elles Noir (Asphalte édi­tions) à Si tous les dieux nous aban­don­nent (Gal­li­mard), autant d’humeurs noires – et les atmo­sphères âpres – Chants des gorges (Prix Rossel 2005, rééd. « Espace Nord ») restant un des romans les plus vis­cérale­ment hal­lu­cinés qu’il nous ait été don­nés de lire. Celui qui très sou­vent a con­sacré sa plume à la lit­téra­ture jeunesse avait là aus­si plutôt emmené les têtes blondes en ter­res de roman polici­er (Le chien qui danse, La Beauté Louise ou Comme une bombe) ou d’aventures fan­tas­tiques (L’œil du milieu ou Ishango, deux trilo­gies chez Nathan).
C’est dire si avec Le cli­quetis, roman d’existences dis­parates qui se croisent, de voisins qui se col­li­sion­nent et finis­sent par trou­ver leur har­monie – on pense par­fois à Ensem­ble c’est tout (Anna Gaval­da) ou Le héris­son (Muriel Bar­bery) –  il avait de quoi nous sur­pren­dre. Mais qui a dit qu’un par­ti­san du polar ne pou­vait pas de temps à autre s’attendrir? Qui a dit qu’il ne pou­vait pas faire d’un peu de légèreté son ciment cette fois-ci ?

Anne-Lise REMACLE