Dommage collatéral

Ziska LAROUGE, Les chais­es musi­cales, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2018, 192 p., 14 €, ISBN : 9782874894725

larouge les chaises musicales.pngLe deux­ième roman de la Brux­el­loise Ziska Larouge, nou­vel­liste surtout et auteure déjà d’un pre­mier roman en 2015, se présente comme un thriller. Sous ses airs de ne pas y touch­er et ses cli­mats de cama­raderie entre quadras sur le retour oscil­lant entre amour et par­fois détes­ta­tion, se cache en réal­ité une mécanique machi­avélique dont les enjeux ne se dévoilent naturelle­ment qu’en bout de course. Pas de longues descrip­tions ni d’appesantissements sur les états d’âme, mais une his­toire qui se déroule par dia­logues, voire ellipses, partagés entre le point de vue des six pro­tag­o­nistes.

C’est l’histoire du pro­jet de retour sur scène d’un groupe rock belge, Les Chais­es musi­cales, qui, vingt ans plus tôt, fai­sait un tabac inter­na­tion­al, con­nais­sant gloire et suc­cès. Jusqu’au drame. Une jeune fan amoureuse du gui­tariste irré­sistible l’accuse de viol puis trou­ve la mort vio­lem­ment. La presse a fait scan­dale, le groupe doit se dis­soudre. Il ne remon­tera plus sur scène, han­té par ce passé qu’il a décidé d’occulter. Or, voici que débar­que de nulle part une jeune attachée de presse, peut-être un peu trop jolie, qui pro­pose aux qua­tre musi­ciens (trois hommes et une femme) de retrou­ver le show­biz et les pail­lettes, de remon­ter sur scène en tête d’affiche d’un fes­ti­val rock au Japon. Propo­si­tion à laque­lle tous ne croient pas, peut-être aus­si à cause du car­ac­tère énig­ma­tique, voire glaçant, de la jeune Amélie. Tout sem­ble bien sérieux cepen­dant et les hommes se lais­sent finale­ment ten­ter par le pro­jet. Mais Aglaé hésite, ne le sent pas. Intu­ition fémi­nine de flair­er un can­u­lar, une arnaque? Ou jalousie ? Ou ce passé non résolu et ces his­toires d’amour entre les mem­bres du groupe qui la reti­en­nent? Tou­jours est-il qu’à défaut de semer la zizanie, la jeune Amélie, par ailleurs fan du groupe, ravive les vieux démons. Comme ces après con­certs trans­for­més en coucheries avec les groupies, ou Aglaé couchant avec les com­pars­es l’un après l’autre, ne par­venant pas à choisir – le jeu des chais­es musi­cales ou de « tour­nante » au sens dépravé du terme don­nant au titre un sens plus obscur. Qui est amoureux de qui dans l’histoire ? Quels comptes restent à régler ? Et la fac­ture du passé ? Les ten­sions restent pal­pa­bles et l’arrivée de la jeune Amélie a la ver­tu de remet­tre les comp­teurs à zéro, faisant explos­er les non-dits, faisant sor­tir la tête du sable. Certes “l’amitié, ça fait faire de ces choses…”, dira Hip­poly­te le beau gui­tariste à l’âme som­bre.

Un thriller plaisant quoique par­fois dilué dans des scènes atténu­ant le sus­pense (telle une sor­tie en kayak), ou man­quant de dis­pos­er ici ou là des indices plus nets, voire de pro­pos­er quelques développe­ments don­nant davan­tage de pro­fondeur de champ. Le lecteur aurait donc aimé jouer davan­tage que de se voir révélés en fin de roman les enjeux de l’affaire.

Éric Bruch­er