Nathalie SKOWRONEK et Aurélie WILMET, Chienne de guerre, CotCotCot, 2024, 83 p., 13,50 €, ISBN : 978–2‑930941–59‑2
Photographe naturaliste ukrainien, Maksim a changé de sujet de travail quand la guerre s’est invitée dans son pays. Les champs de bataille, les zones sinistrées, les gens qui prennent la route en laissant leur maison derrière eux ont remplacé les paysages, les arbres et les animaux devant son objectif. Les animaux sauvages en tout cas. Car les animaux de compagnie, eux, suivent leurs maîtres dans l’exil, subissent à leurs côtés les horreurs du conflit, victimes eux aussi de la folie des Hommes.
Alors qu’il veut rendre compte de la situation à l’est du pays, Maksim découvre Yuka, une chienne qui veille le corps sans vie de sa maîtresse, Maria, bibliothécaire. Leurs noms, leurs histoires, il en prend connaissance dans un carnet retrouvé au même endroit, dans lequel Maria raconte la guerre : celle qui fait rage actuellement, comme celle contre les Allemands, qu’elle a vécue enfant. En même temps qu’il emporte ce témoignage, Maksim adopte Yuka. Désormais, chien et photographe ne se lâcheront plus d’une semelle, affrontant côte à côte les dangers pour témoigner, comme la bibliothécaire mais en images.
Des images, Aurélie Wilmet en a dessiné pour illustrer le court roman de Nathalie Skowronek. En bleu et jaune, couleurs du drapeau ukrainien. Pas de rouge sang, pas d’herbe verte, des camaïeux teintés de poésie qui, plus que la guerre elle-même, évoquent le travail du photographe et la relation avec sa chienne, ces deux mêmes prismes qu’emprunte le texte. En abordant le conflit armé à travers l’objectif d’un photoreporter, l’autrice prend le parti d’un récit pudique, sans sensationnalisme. Cet angle lui permet d’établir des parallèles avec les photographes de guerre célèbres, qui ont donné à voir la deuxième guerre mondiale : Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Ainsi, l’Histoire contemporaine résonne avec celle du 20e siècle et la narration s’assortit d’une réflexion sur la nécessité et la façon adéquate de montrer la guerre. Quant à Yuka, elle met en lumière le besoin de conserver du lien dans une société où les repères ont éclaté. Elle catalyse qualités et valeurs qu’il est indispensable de préserver : affection, amitié, loyauté, soutien, esprit d’équipe et résilience.
Chienne de guerre est un roman jeunesse, plutôt destiné à des adolescents, qui plaira également à un public adulte. La postface et les notes de bas de page indiquent l’attention accordée à une possible utilisation pédagogique du livre, dans l’enseignement secondaire probablement. Ne transigeant ni sur son style littéraire travaillé, ni sur la précision du vocabulaire, Nathalie Skowronek a vraisemblablement pris le parti de faire confiance au jeune lectorat, qui appréciera cet éclairage original et tamisé sur l’actualité.
Estelle Piraux
Plus d’information
- Nathalie Skowronek : une identité à travers les conflits (Le Carnet et les Instants n°199, 2018)
- La fiche de Nathalie Skowronek
- La fiche d’Aurélie Wilmet

Nathalie Skowronek et Aurélie Wilmet présenteront Chienne de guerre à la Foire du livre.
- Jeudi 04 avril à midi — Scène Kiosque : “Chienne de guerre, le photojournalisme à Kiev”, rencontre avec Nathalie Skowronek, Wilson Falche et Aurélie Wilmet animée par Nicolas Baudouin
- Jeudi 04 avril de 13h à 14h — Stand 216 : dédicaces