Pascale TOUSSAINT, Rions, il pleut. Lisons le belge, Samsa, 2024, 202 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87593–555‑7
Rions, il pleut, constitue la deuxième anthologie composée par l’autrice Pascale Toussaint après celle qu’elle publiait en 2015 chez le même éditeur (C’est trop beau ! trop !), déjà vouée à la littérature belge. Cette fois, c’est un florilège de cinquante-deux auteurs et autrices de notre Belgique francophone qu’elle nous offre en n’ayant pas oublié d’y associer quelques écrivains de Flandres (Arno, Jan Baetens, Hugo Claus, Tom Lanoye…).
L’ouvrage est précédé d’une préface éclairante d’Ariane Le Fort qui saisit l’occasion de nous rappeler que cette anthologie arrive à point nommé dans un temps incertain pour les éditeurs et écrivain belges qui s’interrogent sur leur avenir et celui de l’édition en particulier.
Faire anthologie c’est cueillir et Pascale Toussaint nous offre ici un bouquet de piquantes, drolatiques, tragiques, burlesques, émouvantes et cruelles façons de décliner le miracle littérature chez des écrivaines et des écrivains belges disparus ou contemporains. Les choix de l’autrice nous font retrouver ou découvrir des
écrivains tous marqués d’une singulière façon de regarder ce monde, d’y prendre place et de le raconter à travers des formes narratives et poétiques qui sont autant de pièces d’un portrait de cette étrange littérature de cet inénarrable pays Belgique.
Faire anthologie, c’est aussi marquer un territoire de reconnaissance, citer les membres d’une tribu littéraire d’élection mais il s’agit aussi, plus profondément, de faire résonner une part de soi à travers les autres ou, autrement dit, de reconnaître dans cette diffraction, le réseau intime qui construit en profondeur un écrivain.
Pascale Toussaint nomme les chapitres de son livre de termes qui renvoient au biais, à la rosserie : cocasseries, caricatures, dérapages, détournements, babeluttes. Ce panorama personnel signe chez l’autrice un goût pour la jubilation sous différents modes : l’excès burlesque, l’absurde quotidien, le dérisoire tragique,…
Même si une littérature du « feel good », de la romance et autres déclinaisons, progresse dans le monde de l’édition, la littérature belge n’a jamais été une littérature de tout repos. C’est une littérature tout terrain bien sûr mais aussi et surtout une littérature du dérèglement, du contre-point, de l’inouï. Jean-Pierre Verheggen nous avait avertis quand il parlait de “l’insonscient”…
Ces cinquante-deux écrivaines et écrivains ne font pas, bien sûr, un portrait qui se voudrait objectif de notre littérature, pari impossible, mais les liaisons que Pascale Toussaint a su coudre de chapitre en chapitre font, par ailleurs, entendre de façon singulièrement présente et proche cette manière souvent percutante d’ouvrir le ventre d’un monde de plus en plus opaque par sa volonté hystérique de clamer la transparence.
La littérature belge va souvent le ventre creux mais garde un appétit vorace, elle sait que la manducation du grotesque ou de la cruauté construit une formidable anamorphose de ce que l’on veut bien encore appeler le réel et qui, souvent, échappe au bon entendement.
Rions, il pleut est, au bout du compte, une superbe machine à broyer la bêtise et à se rire des faux-semblants !
Daniel Simon