Un coup de cœur du Carnet

Ouvrir et lire Contrer le rire fasciste, c’est ouvrir et lire un livre salutaire. Ancré dans notre époque. C’est réfléchir à cet outil fabuleux qu’est le rire potache, l’humour à deux balles, l’humour “bête et méchant”, qui nous aiderait à surmonter nos états de sidération et d’hébétement qui nous traversent à chaque fois, que, par exemple, une figure d’autorité, un petit leader, par exemple un Trump, se prend pour Dieu le Père, énonce énormité sur énormité, injure sur injure, moquerie glaçante sur moquerie glaçante. Trump et ses complices fachos, comparses fachos, ayant compris, depuis belle lurette, tout l’intérêt qu’il y a à railler sans arrêt, “bêtement et méchamment”, comme raillait, “bêtement et méchamment”, le Charlie Hebdo de la grande époque. Continuer la lecture



Un roman qui paraît dans une collection de romans noirs, qui plus est intitulée « Cosy crime » est déjà une manière de se singulariser. De plus, l’éditeur et/ou l’auteur agrémente la couverture de deux phrases qui mettent l’ouvrage sous le parrainage d’Arsène Lupin « De dignes héritiers » et de Vidocq « La meilleure des brigades ». Avec en illustration un cochon grassouillet sous un képi de police. Il ne nous reste plus qu’à aller voir ce qu’il y a sous le capot (ou la couenne) de ce premier roman d’un policier né à Liège, ce qui ne manque pas d’évoquer une autre référence. 



Parmi les derniers-nés de la collection iF, quelle bonne surprise que de découvrir, aux côtés des deux incontournables de la littérature belge que sont désormais
Yves Tenret, dans son dernier livre, nous ouvre son journal de presqu’outre-tombe. Il a été victime d’un AVC, il s’en est tiré, mais il a senti que la faucheuse n’était pas passée loin. Alors, encore scandalisé par la trouille, il crache. Les crachats de Tenret maculent sa chambre, et dessinent un dialogue envoûtant entre les bribes de diagnostics et les ricanements, les morceaux de bravoure technico-médicaux et les pièces de verve inquiète : un livre comme un bras d’honneur aux asticots.
Il y a vingt ans déjà, Michel Goldblat avait publié chez Plon D’amour et d’ordure que l’on avait pu qualifier d’ « ébouriffant ». Il revient avec Ce qui manque à Amédée, un roman à l’humour drolatique sous forme de parcours initiatique découpé en courtes séquences chronologiques progressant de la naissance à l’âge adulte dudit Amédée.
Si sa langue bien pendue oscillait entre deux pays – le nôtre et celui de nos comparses d’outre-Quiévrain – pour son premier recueil (Chroniques en Thalys) Alex Vizorek s’est cette fois bel et bien installé en France et notamment à Inter. Ce deuxième volume reprend donc la quintessence de trois années de chroniques radio féroces et facétieuses élaborées pour le 7/9 des studios rouges, et des brèves ou détournements d’extraits de presse insolites. Les Belges ne sont pour autant pas oubliés : ce sont Kroll et Vadot qui ponctuent les pages de leurs crobars et l’humoriste a réservé une trentaine de pages supplémentaires à sa mère patrie, incluant neuf capsules de Café Serré à l’ensemble. On y croisera notamment Laurette Onkelinx, Georges Dallemagne ou Paul Magnette.
Depuis la disparition de la forêt de Brocéliande, Merlin l’Enchanteur s’est réfugié dans la station de métro du même nom à Paris (nous sommes au XXIe siècle). Déchu suite à la furie de sa dernière maîtresse, il passe ses journées sur un banc à péter, picoler et cuver. Mais il n’est pas tout seul, ses 3 fidèles fées ont aménagé leur demeure dans les poubelles toutes proches. Celles-ci sont toutefois quelque peu différentes des fées que nous connaissons. Nous découvrons ainsi une Vivi lascive qui fait des jeux de mots foireux, une Moorgën fasciste et une Clochette pédophile qui a « le feu au cul ». Chacune d’elle ayant une langue bien pendue, cela crée parfois des étincelles : « -L’aurait pas pu crever, cette pute ? grommela-t-elle. Morgane était bien de son avis. Des garces pareilles, moins on en côtoie, mieux on se porte. Et, accessoirement, plus on se tape de mecs. » Pas de magie, malheureusement, elles sont ménopausées, en d’autres termes, elles ont épuisé leur stock de pouvoirs magiques. À cette compagnie, vous ajoutez Excalibur, un chien qui a la trique presque toute la journée. Le décor est planté.
«Je m’appelle Hubert. On m’a déjà dit que c’était un drôle de prénom, mais personnellement, je ne trouve pas. Pour moi, Jean-Jacques ou Thierry, ça, ce sont de drôles de prénoms. Fabienne aussi. Mais Hubert, non, je trouve que c’est un prénom comme la plupart des autres prénoms sauf ceux que je trouve drôles. Enfin, de toute façon, ce livre n’est pas consacré aux prénoms et à leur taux de drôlerie. On ne va donc pas en parler pendant plusieurs lignes.»