Dominique WATRIN, La vie louche de ma voisine Fernande, Lamiroy, 2024, 180 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–937‑9
Dominique Watrin est un auteur fantasque qui pourrait largement incarner l’un de ses propres personnages. Sa bibliographie présente un panel de héros pittoresques varié. Avec une dizaine d’œuvres satiriques à son actif, il a créé sa place dans l’univers de l’humour belge en se signalant par un style bien personnel. Un bon loustic ! En tant que lecteur, l’on gambade de fantaisies en railleries et l’on sautille de malices en facéties. Lire Watrin, c’est atterrir au cœur de notre Wallonie et côtoyer des personnages dans le genre « hurluberlus » qui, en fin de compte, pourraient être nos voisins à nous aussi. C’est à partir de cette recette que Dominique Watrin publie le troisième tome des aventures de sa voisine, La vie louche de ma voisine Fernande, aux éditions Lamiroy.
Après avoir partagé avec nous différents ouvrages taquins et déjà certains dessous du quotidien de sa voisine Fernande, Dominique Watrin revient avec un nouveau florilège d’anecdotes toutes plus étonnantes les unes que les autres. Une chose est sûre : avec une voisine comme elle, on ne s’ennuie pas (pour notre plus grand bonheur – ou malheur, à nous de choisir). Même quand une scène nous semble impossible, Fernande nous montre que tout – je dis bien « tout » – est possible. Notre petite dame a toujours l’art d’entrainer Dominique dans les situations les plus improbables qui soient. Quand il n’est pas caché dans une poubelle de rue renversée, avec des trous percés à hauteur d’yeux, pour dissuader tous les chiens du quartier de venir s’y soulager, il se retrouve à tenter de récupérer une couronne de fleurs en plein enterrement :
Plaqué au sol comme un magnet sur une porte de frigo, je me suis alors mis à progresser vers le cercueil avec l’aisance d’un phoque glissant sur une patinoire de Noël. Le nombril frigorifié par le contact avec le carrelage, le regard au niveau des chaussures des gens, j’ai atteint souplement Roger. Hélas ! Il n’y a rien qui ressemble plus à un montage de fleurs qu’un autre montage de fleurs. Après un coup d’œil rapide sur l’assortiment, je me suis dit : « Je vais happer le plus proche, le glisser dans mon imper et reprendre mon raid en sens inverse sur la banquise à nombril.
Cette scène a besoin d’un contexte… Tout comme les autres scènes de ce livre finalement. Il faut savoir que Fernande aime particulièrement se rendre aux funérailles. Comme d’habitude, Dominique s’est fait embrigader et accompagne sa voisine. Sauf que cette dernière s’est rendu compte qu’ils s’étaient trompés de funérailles. Ils étaient là pour Marcel, mais là, c’était Roger. Pour revenir aux frasques de Fernande et son comparse, il est même arrivé à Dominique de devoir soustraire sa voisine du trou d’un chantier :
(…) Ce n’était pas mon jour de chance. Quand je suis arrivé devant le chantier, il y avait trois ouvriers de la ville agglutinés autour et, ça m’a immédiatement semblé louche, ils travaillaient tous les trois. Je n’ai pas eu le temps de réagir que j’ai entendu une voix connue sortir du trou : c’était Fernande ! Elle m’a dit : « Tu ne veux pas aller me chercher mon peignoir chez moi, Dominique ? J’ai un peu froid, j’ai dû perdre des vêtements. » J’ai aussitôt hurlé aux ouvriers : « Arrêtez, il y a ma vieille voisine dans ce trou et elle est nue. » Et l’ouvrier, qui avait l’air d’être le chef parce que c’est celui qui avait commencé à distribuer les cannettes de bière aux autres, m’a répondu : « On sait. C’est pour ça qu’on rebouche le trou en urgence. »
L’on s’imagine facilement attablé avec l’auteur devant un bon verre (toujours avec modération, évidemment). L’écriture de ce livre est très imagée, ce qui fonctionne particulièrement bien avec l’histoire. Elle renforce le style comique et l’immersion. Il est aisé d’imaginer les différentes scènes, même les plus cocasses. Par ailleurs les jeux de mots parsèment le récit de Dominique Watrin et ajoutent une touche de fantaisie. Le cocktail entre la langue et le contenu original est une réussite.
Finalement, même si elle en fait voir de toutes les couleurs à son voisin et que ce dernier préfèrerait parfois être retraité de ses services, Fernande est attachante. Pour sûr, certaines personnes, comme Fernande, marquent les esprits.
Pauline Roy
Plus d’information
À la Foire du livre
- Dominique Watrin sera en dédicace à la Foire du livre le samedi 15 mars de 14h à 16h sur le stand 333 et de16h à 17h sur le stand 331, et le dimanche 16 mars de 14h à 16h sur le stand 333 et de 16h à 17 sur le stand 337.
