Jan BAETENS, Hiver à Rome, Tétras Lyre, 2025, 62 p., 16 €, ISBN : 9782930685731
Dans son dernier recueil, Hiver à Rome, publié aux éditions Tétras Lyre, Jan Baetens propose au lecteur une quarantaine de textes courts (dix lignes, jamais une de plus, jamais une de moins) et poétiques écrits – comme l’indiquent la quatrième de couverture et le préambule – devant des photographies archéologiques issues de l’Academia belgica à Rome. Les clichés se découvrent avec plaisir à la fin de l’ouvrage.
Il n’est pas question, ici, d’une visite guidée de la ville lors de la saison froide, ni de tomber dans la description ou l’interprétation hasardeuse des photos proposées. Pas question, non plus, de faire parler les images en leur arrachant leur histoire, mais plutôt de se laisser aller à écrire avec elles, à composer avec ce qu’elles font naitre, les réflexions et pensées qu’elles ont éveillées chez l’auteur au moment T de l’écriture.
« Mobile/murmures »
Une voix qui cesse de pleurer,
la radio pour faire entendre les pigeons,
le bruit de l’avion caché parmi les arbres,
l’ô de surprise en bec d’oiseau,
la femme qui demande qu’on achète du pain,
le mot d’amour qu’il plaît à dire,
celui valant mille images,
tout cela en même temps,
non ligne après ligne,
la photographie le montre.
Au fil des pages – au-delà de fragments de pensées qui semblent parfois attrapées au vol – Jan Baetens aborde différents thèmes tels que le rapport au temps, à l’instantanéité, au souvenir, à l’image évidemment mais aussi à l’écriture. De plus, on retrouve en filigrane l’idée des liens qui peuvent se tisser entre les images et les mots, ce qu’elles pourraient dire, ce qu’ils pourraient donner à voir.
Les métaphores qu’élabore Jan Baetens sont savoureuses et confirment l’intelligence de son imagination, ainsi que la finesse de son esprit et de sa poésie.
« Modèle/jouets »
Quand son nom est paysage, qui signifie
l’interdiction de prendre la pose
et de bouder, que faire devant
le photographe si ce n’est attendre
que passe l’attraction
uniformément accélérée.
Peut-on lui demander de rester
en place ? Est-ce méprise
de penser que le paysage
n’est plus un enfant ?
Hiver à Rome de Jan Baetens est une expérience de lecture prégnante. C’est un recueil rempli de surprises, dans lequel on se replonge sans hésiter, pour le plaisir ou le défi, poussé par le besoin de comprendre mieux, plus profondément les mots et les références qui nous sont donnés à lire et qui, parfois, peuvent faire naitre le doute sur l’interprétation qu’on en fait.
Certains textes, ainsi que le lien avec leur titre, peuvent en effet sembler obscurs, voire hermétiques lors de la première lecture, mais le format très court du dizain invite à y revenir, à creuser, à tenter de comprendre ou simplement à se laisser emporter, bercé par cette sensation de douce incompréhension. N’est-ce pas là un trait propre à la poésie, après tout ?
Un livre à mettre entre toutes les mains, sous tous les yeux des amoureux d’images et de mots.
Sandra Defoy
Plus d’information
- Parcours translingues : Jan Baetens (entretien, 26/01/2025)
- La fiche de Jan Baetens