Archives par étiquette : Rome

Des mots derrière la pellicule

Jan BAETENS, Hiv­er à Rome, Tétras Lyre, 2025, 62 p., 16 €, ISBN : 9782930685731

Dans son dernier recueil, Hiv­er à Rome, pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre, Jan Baetens pro­pose au lecteur une quar­an­taine de textes courts (dix lignes, jamais une de plus, jamais une de moins) et poé­tiques écrits – comme l’indiquent la qua­trième de cou­ver­ture et le préam­bule – devant des pho­togra­phies archéologiques issues de l’Academia bel­gi­ca à Rome. Les clichés se décou­vrent avec plaisir à la fin de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

Les petits cailloux du conte…

Philippe LEUCKX, Le traceur d’aube, aquarelles Car­o­line François-Rubi­no, Al Man­ar, coll. « Poésie », 2023, 102 p., 20 €, ISBN : 9782364263864

leuckx le traceur d'aubeLes édi­tions Al Man­ar, sous la direc­tion d’Alain Gorius, pub­lient non seule­ment des livres de très belle fac­ture, mais ils sont aus­si con­sacrés à l’espace méditer­ranéen : auteurs et autri­ces du Maghreb ou du Machrek et livres d’auteurs d’ailleurs ayant pour thé­ma­tique ou évo­quant des lieux de la Méditer­ranée et de son pour­tour. C’est le cas de ce dernier recueil de Philippe Leuckx, né d’un séjour à Rome et men­tion­nant aus­si la ville por­tu­aire de La Spezia : il n’y faut pour­tant pas voir un réc­it ou des poèmes de voy­age au sens pre­mier du terme. Le traceur d’aube, qui est aus­si un traque­ur d’ombre, est à la fois le voyageur et le poète, con­fon­dus tous deux dans la même recherche d’un espace intérieur. La ville, la cham­bre, les murs y sont les traces tan­gi­bles, par­fois opaques, par­fois éclairées grâce aux fenêtres ouvertes, aux per­spec­tives, à la lumière, aux souf­fles,  d’un monde où se des­sine une géo­gra­phie intime. Au-delà d’un paysage, d’une atmo­sphère con­crète, d’une scène de vie, d’une descrip­tion, le poète pour­suit une explo­ration de soi dans son rap­port à l’écriture et au monde. Il y désigne, dans une explo­ration à la fois phénoménologique et sym­bol­ique, les ques­tions les plus essen­tielles qui se posent à l’être humain. Con­tin­uer la lec­ture

Une semaine dans la vie d’un homme

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Luc OUTERS, Mon nom ne vous dira rien, Impres­sions nou­velles, 2023, 208 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–064‑7

outers mon nom ne vous dira rienJour­nal­iste sportif, Dominique se retrou­ve céli­bataire pour une semaine. Julie, son épouse, est en séjour pro­fes­sion­nel en Afghanistan et, dis­posant de temps, il reprend con­tact avec Philippe, un ami de longue date qu’il n’a plus vu depuis une éter­nité. Ce dernier l’informe de l’état de son épouse, Elsa, qui a con­trac­té une forme pré­coce de la mal­adie d’Alzheimer qui laisse son com­pagnon désem­paré. Out­re sa perte de mémoire des faits récents et son inca­pac­ité à recon­naître qui que ce soit, celle-ci prend régulière­ment la poudre d’escampette, sil­lonne Brux­elles puis ne retrou­ve plus son chemin. Elle s’exprime le plus sou­vent dans son ital­ien natal et lorsqu’elle est accostée par de per­son­nes qui pro­posent de la recon­duire chez elle, elle leur répond invari­able­ment : « Mon nom ne vous dira rien ». Exténué, Philippe a fait la con­nais­sance d’une jeune femme et il demande à son ami d’assurer une présence une nuit auprès d’El­sa. Con­tin­uer la lec­ture

Ressortir et compléter le puzzle

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent ENGEL, Vous qui entrez à Mon­techiar­ro, Asmod­ée Edern et Ker, 2023, 412 p., 25 € / ePub : 9,99 € / audi­o­livre : 20,90 €, ISBN : 978–2‑87586–355‑3

engel vous qui entrez a montechiarroTrois épo­ques : la fin du 19e siè­cle, le fas­cisme et la pandémie. L’Italie : Venise, Rome, Lipari et… la Toscane bien sûr mais, pas tant que ça finale­ment. Plus acteur que décor, le vil­lage de Mon­techiar­ro est en fil­igrane des dif­férents réc­its, sans for­cé­ment les abrit­er.

Il y a d’abord Rober­to, qui quitte son bourg toscan à con­trecœur. Son ainé envoie leur mère à l’hôpital à Venise et Rober­to ne peut rester loin de l’unique objet de son affec­tion. Au cœur de la Sérénis­sime, il décou­vre une autre forme d’amour, en même temps qu’un courage et une déter­mi­na­tion que per­son­ne ne lui con­nais­sait. Con­tin­uer la lec­ture

« Cette ville, la ville, toutes les villes »

Jan BAETENS, Vacances romaines, Impres­sions nou­velles, 2023, 104 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782390700531
Jan BAETENS, Chang­er de sens, Herbe qui trem­ble, 2023, 66 p., 12 €, ISBN : 9782491462581

baetens vacances romaines« Écrire sur » une ville relève du défi, même si on y a fait plusieurs séjours, même si on peut pré­ten­dre la con­naître comme sa poche. Dans les let­tres belges, on sait depuis Bruges-la-morte qu’un paysage urbain n’est jamais que la pro­jec­tion de notre sen­si­bil­ité du moment, des bifur­ca­tions de notre pro­pre exis­tence et des réminis­cences asso­ciées à cer­tains vis­ages croisés, au déjà-vu de cer­tains recoins… Tem­po di Roma d’Alexis Curvers ajoutait au sym­bol­isme de Georges Roden­bach une dimen­sion pal­pi­tante et pas­sion­nelle dont l’expression restera iné­galée, puisque sa Rome demeur­era, éter­nelle­ment, celle des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture

Il était une fois entre Ladispoli et Cerveteri…

Thilde BARBONI, Les enfants de Cinecit­tà, Acad­e­mia, coll. « Éva­sion », 2022, 226 p., 20 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑8061–0638‑4

barboni les enfants de cinecitta

L’œuvre de Thilde Bar­boni a abor­dé avec bon­heur dif­férents gen­res lit­téraires : le roman, le théâtre, le scé­nario de ban­des dess­inées, le feuil­leton radio­phonique. La pra­tique de ces dif­férents modes de nar­ra­tion a don­né à la roman­cière un sens aigu de l’image, de l’espace du réc­it et de l’enchaînement flu­ide  des dif­férentes séquences qui hyp­no­tisent lit­térale­ment le lecteur jusqu’au dénoue­ment.

On retrou­ve ces qual­ités dans ce dernier roman, dont une tra­duc­tion ital­i­enne parut l’an dernier. Le réc­it, qui débute dans l’Italie de l’après-guerre, a trou­vé sous la plume de la roman­cière cette sin­gu­lar­ité idéale que la fic­tion requiert lorsqu’elle est pré­cisé­ment située dans un lieu et une époque de l’His­toire. Pour Les enfants de Cinecit­tà, il s’agissait de situer les per­son­nages et leur des­tinée dans ce quelque part dans la cam­pagne ital­i­enne, entre Ladis­poli et Cervet­eri. Mais aus­si, plus avant dans le réc­it, le livre racon­te la décou­verte de la ville de Rome par Anto­nio, enfant, les travaux des champs, la voca­tion de cinéaste née au hasard  d’un tour­nage d’une équipe de Cinecit­tà, et le des­tin de celui qui « inven­ta » un genre ciné­matographique qu’un cri­tique new-yorkais appela le « west­ern-spaghet­ti » et qui fit date dans l’his­toire du sep­tième art. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots, la guerre, l’amour

Jean-Luc OUTERS, Hôtel de guerre, Gal­li­mard, coll. « L’infini », 2022, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 9782072944239

outers hotel de guerreAu fil d’une sai­sis­sante fic­tion, Jean-Luc Out­ers nous embar­que dans une remon­tée dans le temps, un ver­tige mémoriel, direc­tion Sara­je­vo assiégée, au cœur des com­bats dans l’ex-Yougoslavie. Invité par Reporters sans fron­tières à se ren­dre à Sara­je­vo en qual­ité d’écrivain, l’auteur séjourne en 1994 durant une semaine à l’Holiday Inn où sont regroupés les jour­nal­istes inter­na­tionaux. Vingt-cinq ans plus tard, une force irré­press­ible le pousse à remet­tre ses pas dans l’année 1994, à se don­ner ren­dez-vous avec un pan de passé col­lec­tif mar­qué par la douleur, avec un frag­ment de passé intime con­den­sé dans le nom d’Anna, une anesthé­siste ital­i­enne ren­con­trée dans un hôpi­tal. Con­tin­uer la lec­ture

Le voyage, « un alcool de vie »

André DOMS, Écrits du voy­age, 3 vol., Herbe qui trem­ble, 2019 : Italiques, 208 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–83‑1 ; Ibériques, 254 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–85‑5 ; Balka­niques, 220 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–84‑8 

Le poète André Doms nous livre, en trois dens­es vol­umes — Italiques, Ibériques, Balka­niques -, ses Écrits du voy­age. Portés par une invo­ca­tion vibrante : « en soi et par soi-même, le voy­age m’emporte, m’ouvre, et je m’y adonne comme à un alcool de vie ».

Attirée par Italiques, je lisais avec plaisir : « l’Italie, pre­mière qui me donne à vivre les clartés méditer­ranéennes, physiques et méta­physiques ».

Son rap­port majeur à l’Italie fut lit­téraire. De la ren­con­tre avec l’écrivain et tra­duc­teur Fran­co Prete et quelques amis, ini­ti­a­teurs de la belle aven­ture d’Orig­ine, pari­ant sur la recon­nais­sance mutuelle des poésies ital­i­enne et française, incar­née par de nom­breuses pub­li­ca­tions alliant fer­veur et rigueur, à la lec­ture inépuis­able de poètes et romanciers, épinglant les Car­nets de Dino Buz­za­ti qui, « avec leurs réflex­ions, imag­i­na­tions, apo­logues, angoiss­es et fan­tasmes, font un chant ter­ri­ble de la soli­tude humaine ». Con­tin­uer la lec­ture

Liberski Roma

Un coup de cœur du Carnet

Ste­fan LIBERSKI, La cité des femmes, Albin Michel, 2018, 280 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–40218‑9

liberski la cite des femmesSept ans après son dernier roman, Le Tri­om­phe de Namur (La Muette, 2011), l’écrivain, cinéaste, bédéiste et homme de télévi­sion Ste­fan Liber­s­ki pub­lie La cité des femmes aux édi­tions Albin Michel.

La cité des femmes, c’est un film de Fed­eri­co Felli­ni sor­ti en 1980. Mais c’est donc aus­si, désor­mais, le titre d’un roman de Ste­fan Liber­s­ki : l’histoire d’un jeune aspi­rant écrivain, Éti­enne Kapus­cin­s­ki, qui quitte Brux­elles, son mariage et son méti­er pour gag­n­er Rome et assis­ter au tour­nage de La cité des femmes de Felli­ni. Toute ressem­blance avec Ste­fan Liber­s­ki, par­ti lui-même à Rome pour assis­ter au même tour­nage fellinien en « témoin priv­ilégié » n’aurait, bien sûr, rien de for­tu­it. L’anecdote auto­bi­ographique donne une saveur tes­ti­mo­ni­ale jouis­sive aux appari­tions du mae­stro, cam­pé en génie sur le déclin, manip­u­la­teur, égo­cen­trique et jaloux de son harem. Con­tin­uer la lec­ture

Un chassé-croisé bien ficelé

Xavier HANOTTE, Du vent, Bel­fond, 2016, 19 €/ePub : 12.99 €   ISBN : 978–2‑7144–5826‑1

hanotte

Enfin, après six ans …, un nou­veau roman de Xavier Han­otte !  Même si, depuis Des feux frag­iles dans la nuit qui vient, le lecteur a pu se met­tre quelques textes sous la dent comme La Nuit d’Ors et Soit dit entre nous… je suis un ours, tous deux au Cas­tor Astral en 2012 ain­si qu’une nou­velle graphique : 1914–1918. Les anges de Mons, pub­liée en 2013.

Mais pour le coup, cela valait la peine d’attendre – néces­sité faisant loi, de toute façon – puisque Xavier Han­otte nous grat­i­fie d’un « Romans » et non, ce n’est pas une coquille.  Con­tin­uer la lec­ture

Salade romaine dans les labyrinthes du temps

Philippe NOTHOMB, Augures, Avant-Pro­pos, 2016

phnothombLe pro­pos ne manque pas d’intérêt a pri­ori : un thriller his­tori­co-religieux nous plongeant aux orig­ines du chris­tian­isme, rela­tant les con­flits de pou­voir entre empereurs romains, mêlant ces ques­tions à notre monde con­tem­po­rain jusque dans ses dimen­sions ter­ror­istes, inter­ro­geant les notions de temps ou de Dieu, de hasard et de sens à don­ner à nos vies. Con­tin­uer la lec­ture

Une lecture jouissive

Un coup de coeur du Carnet

Gérard MANS, Poche de noir, Brux­elles, mael­strÖm, 2015, 280 p., 16 €

mans_paqueC’est un vrai plaisir que pro­cure ce pre­mier roman de Gérard Mans, roman­iste, cri­tique d’art, bib­lio­thé­caire et enseignant. Un plaisir total, celui qu’on éprou­ve (encore) à lire une his­toire pas­sion­nante, celui plus sub­til qui vous envahit lorsque vous êtes sûr de ren­con­tr­er la lit­téra­ture à l’œuvre, là, offerte à votre sen­si­bil­ité, à votre sens esthé­tique. Et plus encore si elle s’adresse comme ici, dis­crète­ment à votre goût de l’humour. Serait-il de préférence noir, cet humour ?

Con­tin­uer la lec­ture