La littérature de science-fiction en Belgique francophone

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La science-fiction en quelques mots

Sans entr­er dans une généalo­gie trop appro­fondie, il con­vient de définir les con­tours de ce que l’on regroupe aujour­d’hui sous l’ex­pres­sion de « lit­téra­ture de sci­ence-fic­tion ». Les spé­cial­istes font com­muné­ment remon­ter son imag­i­naire au moins jusqu’au 16e siè­cle, avec l’écri­t­ure de L’u­topie de Thomas More. Cepen­dant, à l’im­age du réc­it polici­er, le cor­pus, jusque-là dis­parate, se con­stitue en genre lit­téraire tout au long des 19e et 20e siè­cles dans le sil­lage de la révo­lu­tion indus­trielle et du développe­ment des lit­téra­tures pop­u­laires.

Trois fac­teurs prin­ci­paux expliquent cette évo­lu­tion : la dif­fu­sion d’une idéolo­gie du pro­grès, la démoc­ra­ti­sa­tion de la lec­ture et le développe­ment mas­sif de l’édi­tion à des­ti­na­tion d’un pub­lic pop­u­laire (jour­naux, mag­a­zines, livres de poche). Cet ensem­ble de fac­teurs aboutit, dans les années 1920, à la médi­ati­sa­tion, sous la plume de l’édi­teur améri­cain Hugo Gerns­back, de l’ex­pres­sion sci­ence fic­tion, adap­tée ensuite en français en « sci­ence-fic­tion ». Dire que Gerns­back invente le genre est évidem­ment faux. Il peut d’ailleurs s’ap­puy­er sur une riche tra­di­tion de réc­its spécu­lat­ifs pour en dessin­er les con­tours. Il va néan­moins fix­er une esthé­tique, stim­uler une pro­duc­tion et fédér­er des lecteurs avec un suc­cès indé­ni­able, si bien que la dénom­i­na­tion « sci­ence-fic­tion » s’est depuis large­ment imposée dans le dis­cours médi­a­tique et dans l’imag­i­naire com­mun, au détri­ment d’autres ter­mes comme « antic­i­pa­tion » ou « mer­veilleux sci­en­tifique ».

Aujour­d’hui, la sci­ence-fic­tion regroupe d’in­nom­brables textes ram­i­fiés en de nom­breux sous-gen­res dont la car­ac­téris­tique com­mune la plus évi­dente serait, pour repren­dre l’ex­pres­sion heureuse de Pierre Versins forgée dans sa mon­u­men­tale Ency­clopédie de l’u­topie, des voy­ages extra­or­di­naires et de la sci­ence-fic­tion, d’être des « con­jec­tures romanesques rationnelles ». Qu’ils imag­i­nent un futur ter­restre (antic­i­pa­tion, utopie, dystopie, post-apoc­a­lyp­tique…), qu’ils envis­agent une human­ité évolu­ant à une échelle inter­plané­taire (space opera, hard SF) ou même qu’ils réécrivent l’his­toire dans un passé fic­tif où les événe­ments his­toriques se seraient déroulés dif­férem­ment (uchronie), les réc­its dits de sci­ence-fic­tion ont pour car­ac­téris­tique com­mune min­i­male, de pos­er cette ques­tion : « Que se passerait-il si… ? » et de ten­ter d’y répon­dre rationnelle­ment.

Comme l’a très bien mon­tré Dominique War­fa, exégète assidu du genre, il n’ex­iste pas de véri­ta­ble école belge de la sci­ence-fic­tion com­pa­ra­ble à ce qui pour­rait être con­sid­éré comme une école belge du polici­er ou du fan­tas­tique. S’il n’y a pas d’esthé­tique pro­pre à la lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne de sci­ence-fic­tion, il existe néan­moins de nom­breux réc­its rel­e­vant de ce genre signés par des auteurs de nos régions. Pour retrac­er une chronolo­gie, il con­vient plutôt de les envis­ager dans le cadre, plus large, de la sci­ence-fic­tion fran­coph­o­ne. En effet, qu’ils relèvent de l’in­cur­sion isolée ou d’un pro­jet lit­téraire de plus grande ampleur, ces réc­its ont accom­pa­g­né son his­toire et y ont même par­fois posé d’im­por­tants jalons.

Du merveilleux scientifique à la science-fiction

rosny aine la guerre du feuC’est indé­ni­able­ment le cas de ceux de Ros­ny aîné. L’au­teur de La guerre du feu est en effet aujour­d’hui con­sid­éré comme l’un des pères de la sci­ence-fic­tion et l’une des fig­ures tutélaires de ce que Mau­rice Renard appelait le « mer­veilleux sci­en­tifique ». Dès le début de sa car­rière, l’au­teur, à l’in­star de Jules Verne, éprou­ve un intérêt mar­qué pour la sci­ence et pense qu’un des rôles de la lit­téra­ture est de saisir et d’il­lus­tr­er les muta­tions sociales qu’elle engen­dre. Mais au con­traire de son illus­tre prédécesseur qui explore finale­ment très peu la dimen­sion prospec­tiviste de l’imag­i­naire sci­en­tifique, Ros­ny aîné con­sacre de nom­breux réc­its à la ques­tion de l’avenir de l’hu­man­ité, notam­ment dans son rap­port à l’altérité. Ain­si cette con­fronta­tion entre l’homme et l’autre est l’une des thé­ma­tiques les plus prég­nantes de son œuvre.

Dans ses romans préhis­toriques, c’est évidem­ment à tra­vers la représen­ta­tion de dif­férentes espèces humaines qu’elle s’il­lus­tre le mieux ; mais si l’on asso­cie l’au­teur à la sci­ence-fic­tion, c’est parce qu’il met en scène, dès l’aube de son œuvre et dans une con­fig­u­ra­tion tout à fait inédite, des formes de vie intel­li­gentes rad­i­cale­ment autres dont l’ex­is­tence n’est pas jus­ti­fiée par un pré­texte d’or­dre sur­na­turel. C’est le cas du court roman Les Xipéhuz, pub­lié en 1887, où l’au­teur imag­ine la dif­fi­cile cohab­i­ta­tion, sur Terre, entre une human­ité préhis­torique et d’é­tranges entités non organiques. Il n’en fal­lait pas plus pour con­sid­ér­er ce réc­it comme l’un des points de départ de ce que l’on appellera « l’âge d’or » français de l’an­tic­i­pa­tion et qui cour­ra jusque dans les années 1930. Suiv­ront, chez l’au­teur, plusieurs dizaines de romans et nou­velles. Retenons notam­ment Les nav­i­ga­teurs de l’in­fi­ni (réédité chez Ban­quis­es et Comètes en 2019). Dans cette sorte de space opera avant l’heure, con­sid­éré comme l’un de ses chefs‑d’œuvre, Ros­ny aîné narre la ren­con­tre, sur la planète Mars, entre trois astro­nautes et une forme de vie intel­li­gente et humanoïde men­acée par une étrange espèce inva­sive qui la con­damne pro­gres­sive­ment à l’ex­tinc­tion.


Lire aus­si : Les Xipéhuz dans la bib­lio­thèque numérique des AML (PDF)


En 2019, les édi­tions Okno ont réédité en un seul vol­ume titré Réc­its de sci­ence-fic­tion, trois textes impor­tants de l’au­teur : Les Xipéhuz, évo­qué plus haut, Nymphée et La mort de la Terre, un réc­it post-apoc­a­lyp­tique aux accents écologiques dépeignant la fin de l’hu­man­ité sur une Terre déser­ti­fiée par la sur­ex­ploita­tion. Enfin, en 2020, les édi­tions brux­el­lois­es Sam­sa ont con­sacré plusieurs sor­ties à l’au­teur, une excel­lente occa­sion de décou­vrir notam­ment l’é­ton­nant La jeune vam­pire, court roman où Ros­ny aîné réac­tive la fig­ure fan­tas­tique du vam­pire dans une approche rationnelle et sci­en­tifique.

Ros­ny aîné n’est pas le seul auteur d’o­rig­ine belge à s’il­lus­tr­er dans cette péri­ode, il con­viendrait de citer égale­ment le tra­vail d’Hen­ri-Jacques Proumen ou celui, un peu plus tardif, d’Albert Bail­ly. Mal­heureuse­ment, leurs livres, qui présen­tent pour­tant encore un évi­dent intérêt lit­téraire, ne sont plus édités et sont donc dif­fi­cile­ment trou­vables.

Veine dystopique et succès d’un genre populaire

Alors qu’aux États-Unis, la sci­ence-fic­tion explose à par­tir des années 1930 et s’il­lus­tre par un pos­i­tivisme sci­en­tiste dom­i­nant, les dégâts des deux guer­res mon­di­ales vont, en Europe, entach­er la vision opti­miste asso­ciée à la notion de pro­grès. Si la tra­di­tion exis­tait déjà (Ros­ny aîné lui-même, avec La mort de la Terre en 1910, s’es­saye à l’ex­er­ci­ce), c’est durant l’en­tre-deux-guer­res que va se dévelop­per mas­sive­ment toute une lit­téra­ture dystopique. Des romans comme Le meilleur des mon­des d’Al­dous Hux­ley (1932), Rav­age de René Bar­jav­el (1943) ou encore 1984 de George Orwell (1949) vont par­ticiper au développe­ment d’un imag­i­naire cri­tique et par­ti­c­ulière­ment inqui­et de nos sociétés mod­ernes et de leur avenir. Plusieurs auteurs belges vont s’il­lus­tr­er dans le genre, si bien que, nous le ver­rons plus bas, la dystopie est l’une des formes de sci­ence-fic­tion les plus représen­tées dans nos let­tres belges.

Mais les années 1950 sont aus­si celles du défer­lement en Europe de la sci­ence-fic­tion améri­caine, notam­ment à tra­vers la créa­tion de revues et de col­lec­tions dédiées au genre. C’est notam­ment le cas de la revue Fic­tion, lancée en 1953. Elle est large­ment ali­men­tée par des tra­duc­tions de nou­velles d’au­teurs améri­cains. Si elle nous intéresse dans ces pages, c’est qu’elle va rapi­de­ment ouvrir ses portes aux auteurs fran­coph­o­nes. Plusieurs fig­ures impor­tantes s’y fer­ont con­naître comme l’écrivain belge Jacques Stern­berg.

jacques sternberg

Jacques Stern­berg

Les con­tours de l’œuvre et le par­cours de l’au­teur ne sont pas aisés à définir. Quoi qu’il en soit, il est indé­ni­able qu’il joue un rôle dans le mise en avant d’une cer­taine vision du genre en France. Pour­fen­dant une sci­ence-fic­tion trop com­mer­ciale et stéréo­typée véhiculée par les grandes col­lec­tions pop­u­laires comme « Le ray­on fan­tas­tique » (Hachette Gal­li­mard) et « Antic­i­pa­tion » (Fleuve Noir), il défend une approche plus éli­tiste, plus qual­i­ta­tive du genre représen­tée par la revue Fic­tion et par une autre col­lec­tion emblé­ma­tique apparue dans les années 1950 : « Présence du futur » (Denoël). Après un pre­mier roman, Le délit, pub­lié chez Plon en 1954 (et très oppor­tuné­ment réédité aux édi­tions La dernière goutte en 2008), c’est d’ailleurs chez Denoël qu’il pub­lie, en 1956, La sor­tie est au fond de l’e­space puis, en 1958, le recueil de nou­velles Entre deux mon­des incer­tains. S’il fal­lait ten­ter de cir­con­scrire l’œuvre de Stern­berg, il con­viendrait de l’in­scrire, par son pes­simisme et sa noirceur, dans la riche tra­di­tion dystopique européenne évo­quée plus haut. Explo­rant volon­tiers la forme courte voire très courte, plusieurs recueils don­nent encore aujour­d’hui à lire ses réc­its de sci­ence-fic­tion. Notons, chez Mijade, le vol­ume inédit, Ailleurs et sur la terre (2011), et la réédi­tion, chez Le bateau ivre, de Futurs sans avenir (2019).

Sur cette sci­ence-fic­tion pop­u­laire cri­tiquée par Jacques Stern­berg, il con­vient tout de même de s’ar­rêter un moment. Il est en effet intéres­sant de con­stater l’am­pleur du tra­vail fourni par quelques chevilles ouvrières belges dans la pro­duc­tion mas­sive de titres pour les grandes maisons d’édi­tion français­es d’après-guerre, comme Les Press­es de la Cité ou le Fleuve Noir. Pour la sci­ence-fic­tion, on trou­ve chez ce dernier la col­lec­tion « Antic­i­pa­tion ». Entre 1951 et 1997, elle accueille la plu­part des grands auteurs fran­coph­o­nes de sci­ence-fic­tion qui y font sou­vent leurs pre­miers pas, et con­stitue ain­si l’une des plus impor­tantes col­lec­tions du 20e siè­cle pour le genre. Cinq auteurs belges s’y font une place non nég­lige­able : Jean-Gas­ton Van­del (pseu­do­nyme com­mun de Jean Lib­ert et Gas­ton Van­den­pan­huyse), Peter Ran­da et Christo­pher Stork (qui cache Stéphane Jouravi­eff et José-André Lacour). Ceux-ci assurent une présence belge dans la col­lec­tion pen­dant près de 40 ans et y pub­lient env­i­ron 200 titres : une con­tri­bu­tion con­sid­érable à cette sci­ence-fic­tion de pur diver­tisse­ment, aujour­d’hui mal­heureuse­ment presque totale­ment oubliée des maisons d’édi­tion. Le lecteur curieux devra donc se rap­porter au marché de l’oc­ca­sion s’il veut décou­vrir ce pan impor­tant de la lit­téra­ture pop­u­laire.

Dans la même veine, mais un peu plus tar­dive, il con­vient de s’at­tarder un moment sur Alain Le Bussy. Sa car­rière, courte mais extrême­ment dynamique (il pub­lie ses pre­miers textes à 45 ans et meurt à l’âge de 63 ans), est cer­taine­ment l’un des derniers témoins de ce que pou­vait être un écrivain pop­u­laire du 20e siè­cle. Il va ain­si accom­pa­g­n­er la fin des grandes col­lec­tions de sci­ence-fic­tion du Fleuve Noir avant de se tourn­er vers des édi­teurs plus con­fi­den­tiels comme les éphémères édi­tions Eons. Aujour­d’hui, la petite, mais très active, mai­son d’édi­tion Riv­ière Blanche pro­pose quelques titres de l’au­teur, dont deux recueils de nou­velles prop­ices à la décou­verte de cette plume mécon­nue et pour­tant dia­ble­ment effi­cace de notre imag­i­naire : Le rêve de l’ex­ilé et Les lois du hasard.

Tou­jours du côté de cette pro­duc­tion mas­sive, impos­si­ble de pass­er sous silence la con­tri­bu­tion de Marabout dans la pro­duc­tion d’une sci­ence-fic­tion d’o­rig­ine belge. Il faut atten­dre le milieu des années 1960, et l’im­pul­sion de Jean-Bap­tiste Baron­ian alors édi­teur pour la mai­son vervié­toise, avant de voir appa­raître une col­lec­tion con­sacrée au genre : « Marabout sci­ence-fic­tion ». Celle-ci s’ori­ente prin­ci­pale­ment vers la tra­duc­tion d’au­teurs anglo-sax­ons. On y trou­ve tout de même quelques textes orig­in­aux et quelques réédi­tions remar­quables, notam­ment de Ros­ny aîné. En plus de ce tra­vail de directeur de col­lec­tion, notons que Jean-Bap­tiste Baron­ian s’ex­erce au genre et pub­lie, en 1977, dans la célèbre col­lec­tion « Anti-monde » des édi­tions Opta un recueil de nou­velles de sci­ence-fic­tion : Le grand Cha­l­aba­ba. Cepen­dant, c’est du côté de la col­lec­tion « Marabout Junior » et plus pré­cisé­ment dans la série Bob Morane d’Hen­ri Vernes, que l’on trou­ve l’une des plus impor­tantes con­tri­bu­tions belges au genre. En effet, Bob Morane, bien que lancée à l’o­rig­ine comme une série d’aven­ture, s’ou­vre rapi­de­ment à d’autres hori­zons. Il ne faut pas atten­dre longtemps avant de voir appa­raître les pre­mières thé­ma­tiques pro­pres à la sci­ence-fic­tion. Dès 1955, la série n’a alors que deux ans, Hen­ri Vernes s’y attelle dans Les faiseurs de désert où l’au­teur imag­ine un virus capa­ble de détru­ire toute la végé­ta­tion de la planète. Le recours aux thé­ma­tiques sci­ence-fic­tives se fait sys­té­ma­tique à par­tir des années 1960, notam­ment avec la créa­tion du « Cycle du Temps », si bien que des 200 titres de la série, un bon tiers relève peu ou prou de la sci­ence-fic­tion.

L’au­teur nous a quit­tés récem­ment à plus de cent ans mais son œuvre con­tin­ue à vivre, notam­ment à tra­vers la réédi­tion com­plète de la série entamée en 2013 par les édi­tions Ananké et par la sor­tie régulière, tou­jours chez le même édi­teur, de nou­veaux titres dont l’écri­t­ure est con­fiée à d’autres écrivains. Pour n’en retenir qu’un, citons le lié­geois Christophe Cor­thouts qui, après la pub­li­ca­tion d’un essai con­sacré à la saga Star Wars et quelques romans pub­liés aux édi­tions Lefrancq, sec­onde Hen­ri Vernes sur une dizaine de romans de la série. Son pre­mier roman, Vir­tu­al World, paru ini­tiale­ment en 1997, est ressor­ti en 2020 dans une ver­sion aug­men­tée et mise à jour sous le titre Vir­tu­al World 2.0. Édité chez Évi­dence Édi­tions, ce tech­no-thriller futur­iste mêle enquête poli­cière et réal­ité virtuelle avec une belle effi­cac­ité.

Des auteurs occasionnels

La sci­ence-fic­tion belge ne peut évidem­ment être résumée par les quelques auteurs évo­qués plus haut qui ont pour car­ac­téris­tique com­mune d’avoir con­sacré une par­tie impor­tante, sinon majori­taire, de leur œuvre au genre. En effet, la plu­part des titres parus sont le fait d’au­teurs issus de la lit­téra­ture générale qui ont fait irrup­tion dans le genre à l’oc­ca­sion d’un titre ou deux. La liste ici est longue et l’énuméra­tion dépasserait large­ment le cadre et l’ob­jec­tif de cet arti­cle. Pour une approche plus sys­té­ma­tique nous ren­voyons à l’ou­vrage de Dominique War­fa, Une brève his­toire de la sci­ence-fic­tion belge fran­coph­o­ne et autres essais, paru aux Press­es Uni­ver­si­taires de Liège en 2018 et au n°48 de la revue Textyles qui pro­pose, sous la direc­tion de Valérie Stiénon, un remar­quable dossier sur l’u­topie et l’an­tic­i­pa­tion belge. Pour cette sélec­tion, nous nous arrêterons prin­ci­pale­ment sur des œuvres rel­a­tive­ment récentes et encore disponibles.

harpman moi qui n'ai pas connu les hommes stock

Moi qui n’ai pas con­nu les hommes de Jacque­line Harp­man, paru en 1995, en est un excel­lent exem­ple. Seule incur­sion dans le genre de la part d’une autrice dont les influ­ences sont plutôt à chercher dans la lit­téra­ture clas­sique, le roman s’in­scrit cepen­dant sans heurt dans l’ensem­ble de son œuvre. C’est que l’écrivaine n’a jamais caché son goût pour les lit­téra­tures de l’imag­i­naire et plusieurs de ses romans, comme Orlan­da en 1996 ou Le pas­sage des éphémères en 2004, peu­vent être rat­tachés à la tra­di­tion fan­tas­tique. Moi qui n’ai pas con­nu les hommes se présente quant à lui comme un véri­ta­ble réc­it post-apoc­a­lyp­tique met­tant en scène ce qui sem­ble être les tous derniers soubre­sauts d’une human­ité en fin de vie. Comme régulière­ment chez Harp­man, le réc­it est racon­té à tra­vers le regard d’une jeune fille. Celle-ci, seule enfant ayant échap­pé à « la cat­a­stro­phe », ne garde aucun sou­venir du monde d’a­vant. Elle racon­te alors son quo­ti­di­en et celui des trente-neuf femmes enfer­mées avec elle dans une cave puis leur libéra­tion imprévue sur une planète mécon­naiss­able dev­enue immense plaine déser­tique. « Mais est-ce seule­ment la Terre ? », se demande la nar­ra­trice à plusieurs repris­es. Harp­man ne s’intéresse jamais vrai­ment à l’o­rig­ine de cet enfer­me­ment ni au cat­a­clysme, sim­ple­ment évo­qué, mais pose la ques­tion de la con­di­tion humaine dans un réc­it extrême­ment som­bre et dés­espéré. Car la jeune femme, à l’im­age d’une human­ité en train de dis­paraître, dev­enue étrangère au monde qui l’en­toure, sem­ble égale­ment enfer­mée dans une enfance éter­nelle. N’ayant jamais vrai­ment con­nu de puberté, elle est, seule et stérile, le miroir d’un monde en fin de vie.

nothomb peplumAutre fig­ure incon­tourn­able de nos let­tres belges, Amélie Nothomb pub­lie, en 1996, son cinquième roman et sa pre­mière incur­sion dans le genre de la sci­ence-fic­tion : Péplum. Sous ce titre, évidem­ment trompeur, ne se cache pas une fic­tion his­torique met­tant en scène le monde Antique mais bien une dystopie dont le ton ironique et la forme dia­loguée ne dépay­sent pas les ama­teurs de l’autrice. Plus sin­guli­er est évidem­ment le cadre spa­tio-tem­porel pro­posé : la Terre en 2580. Au début du réc­it, l’héroïne, une roman­cière désignée par ses seules ini­tiales « A.N. », émet l’hy­pothèse, au détour d’une con­ver­sa­tion, que l’en­sevelisse­ment de Pom­péi serait dû à une inter­ven­tion humaine et non pas le résul­tat d’une irrup­tion naturelle. Il n’en faut pas plus pour que la société du 26e siè­cle, apparem­ment très atten­tive à ce qu’il se dit dans les péri­odes passées, kid­nappe la jeune femme et l’emmène jusqu’en 2580 afin qu’elle n’ébruite pas cette sup­po­si­tion, bien réelle. Con­fron­tée au con­cep­teur de cet ensevelisse­ment, qui voulait par-là con­serv­er une trace d’une cité antique, la roman­cière décou­vre, au fil de son dia­logue, les mœurs et cou­tumes de notre société future. Un pré­texte util­isé par Nothomb pour s’a­muser avec les stéréo­types du genre. L’autrice ne manque pas ain­si de soulever les prob­lèmes liés aux para­dox­es tem­porels créés par les voy­ages dans le temps et se moque de ce cli­vage Nord/Sud (le Sud n’ex­iste d’ailleurs plus) devenu presque lieu com­mun des dystopies pour lui préfér­er un cli­vage Est/Ouest. Elle entre­tient égale­ment jusqu’au dernier moment le doute sur la véri­ta­ble nature de la sit­u­a­tion décrite (ne serait-ce qu’un rêve de l’héroïne ?) tout en se deman­dant si les livres de « A.N. » ont tra­ver­sé les épo­ques. Pour qui con­naît le plaisir qu’éprou­ve Amélie Nothomb à mêler sa biogra­phie réelle aux fic­tions qu’elle con­stru­it, la lec­ture de ce Péplum est des plus savoureuses.

nothomb acide sulfuriqueC’est sur un ton net­te­ment plus som­bre qu’elle pro­pose, en 2005, une sec­onde incur­sion dans le genre avec Acide sul­fu­rique. Le roman se présente quant à lui comme une charge beau­coup plus vir­u­lente et plus directe con­tre les dérives de notre temps. Elle y imag­ine une émis­sion de télé-réal­ité inspirée par le fonc­tion­nement des camps de con­cen­tra­tion. Les par­tic­i­pants, sélec­tion­nés de force, par­qués comme des ani­maux, sous-ali­men­tés et con­traints au tra­vail sont con­tin­uelle­ment filmés et pro­gres­sive­ment élim­inés en fonc­tion des votes du pub­lic. Cette satire poli­tique extrême­ment acide a créé à sa sor­tie une petite polémique pous­sant même l’autrice à devoir s’ex­pli­quer. Si Nothomb voulait déranger, l’ob­jec­tif est atteint.

Adamek La grande nuitAuteur plus dis­cret mais tout aus­si intéres­sant, André-Mar­cel Adamek, dis­paru en 2011, nous laisse une œuvre riche et diver­si­fiée. Témoins de son goût pour les imag­i­naires pop­u­laires, ses romans flir­tent volon­tiers avec les lit­téra­tures de genre. On y trou­ve tour à tour du fan­tas­tique, du polici­er, de l’aven­ture et de la sci­ence-fic­tion. Avec La grande nuit, pub­lié en 2003 et récom­pen­sé par le prix Mar­cel Thiry et le prix des Lycéens, il signe un roman post-apoc­a­lyp­tique au ton tout à fait sin­guli­er. Attaché à son ter­ri­toire, l’au­teur place le début de son intrigue dans l’Ardenne belge. Alors que le per­son­nage prin­ci­pal vis­ite une grotte nou­velle­ment ouverte au pub­lic, un cat­a­clysme sans précé­dent vit­ri­fie la sur­face. Pro­tégé par la roche, notre héros devient l’un des rares sur­vivants. Le réc­it racon­te alors la ten­ta­tive de recréa­tion d’un sem­blant de société humaine mais dépeint, non sans humour, la cru­auté des hommes et les fis­sures qui se for­ment dans le frag­ile ver­nis social lorsque toutes les struc­tures col­lec­tives sont tombées en morceaux.

Autre amoureux de cul­ture pop­u­laire, Thomas Gun­zig s’est régulière­ment illus­tré dans la défense et l’illustration des gen­res méprisés. Après le gore, avec 10 000 litres d’hor­reur pure (2007), il abor­de, en 2019, la lit­téra­ture sen­ti­men­tale et plus pré­cisé­ment l’un de ses avatars les plus con­tem­po­rains, à savoir le feel good dans son roman, juste­ment titré : Feel Good. Son œuvre, car­ac­térisée par un humour féroce et une cri­tique sociale acerbe, emprunte régulière­ment les chemins de la sci­ence-fic­tion voire de la dystopie. C’est le cas de son pre­mier roman, paru en 2001 au Dia­ble Vau­vert, Mort d’un par­fait bilingue qui, sur un principe sim­i­laire à celui qui présidait à Acide sul­fu­rique, imag­ine un futur proche où la télé-réal­ité s’in­vite sur les champs de bataille. On y suit un batail­lon de mil­i­taires dans un pays en guerre. Très cri­tique envers un sys­tème poli­tique et médi­a­tique met­tant en scène la réal­ité, il mon­tre com­ment la vérité peut être tor­due en fonc­tion d’in­térêts financiers et l’ac­tion poli­tique plus soucieuse de son image que de son effi­cac­ité.

gunzig manuel de survie a l usage des incapables

Autre charge sévère envers nos sociétés mod­ernes, Manuel de survie à l’usage des inca­pables est paru en 2013. Thomas Gun­zig y imag­ine un futur indéter­miné, mais que l’on devine proche de nous, où le génie géné­tique per­met de mod­el­er les humains à l’en­vi, notam­ment en leur don­nant des car­ac­téris­tiques ani­males. On y suit qua­tre jeunes hommes-loups dans une société de con­trôle dom­inée par de grandes entre­pris­es com­mer­ciales. Enfin, à l’oc­ca­sion de sa dernière livrai­son, l’au­teur sem­ble revenir à l’o­rig­ine de cette révo­lu­tion géné­tique et imag­ine, dans Le sang des bêtes (paru en 2022 tou­jours au Dia­ble Vau­vert), une vache trans­for­mée, au moyen d’un procédé sci­en­tifique incon­nu, en humaine. L’oc­ca­sion pour l’au­teur de pro­pos­er une réflex­ion plus glob­ale mais égale­ment plus apaisée sur la dif­fi­cile quête du bon­heur, la cohab­i­ta­tion entre les généra­tions et l’amour famil­ial.

Nouvelle génération

Les lit­téra­tures de l’imag­i­naire con­nais­sent, depuis le début des années 2000, un bel essor qui se traduit notam­ment par une pro­duc­tion diver­si­fiée et la sor­tie régulière de nom­breux titres inédits qui entre­ti­en­nent un paysage dynamique et per­me­t­tent l’ap­pari­tion de jeunes auteurs tal­entueux. Dif­férentes de la pro­duc­tion mas­sive, majori­taire­ment de poche, qui car­ac­téri­sait la pro­duc­tion pop­u­laire dans la sec­onde moitié du 20e siè­cle, les lit­téra­tures de genre con­nais­sent aujour­d’hui une dif­fu­sion sim­i­laire à celle de la lit­téra­ture générale, à savoir des pre­mières sor­ties en grand for­mat avant une exploita­tion dans des col­lec­tions de poche dédiées à l’imag­i­naire. Le tra­vail exigeant et qual­i­tatif de quelques petites maisons d’édi­tion (Le bélial’, Mné­mos, ActuSF, Les mou­tons élec­triques…) par­ticipe évidem­ment à la val­ori­sa­tion de cette lit­téra­ture longtemps décon­sid­érée, si bien que de grandes maisons d’édi­tion ont aujour­d’hui lancé ou relancé des col­lec­tions con­sacrées aux lit­téra­tures de l’imag­i­naire : « Imag­i­naire » chez Albin Michel, « Ailleurs et demain » relancé chez Robert Laf­font, « Exofic­tions » chez Actes Sud pour n’en citer que trois.

Dans ce paysage, il est assez réjouis­sant de con­stater l’émer­gence d’une nou­velle généra­tion d’au­teurs belges de l’imag­i­naire. Brouil­lant volon­tiers les fron­tières entre les gen­res (notam­ment sous l’in­flu­ence de la fan­ta­sy qui tend à se faire une place de plus en plus impor­tante) mais aus­si entre les publics jeunes et adultes, ces jeunes écrivains pro­posent des œuvres hybrides, aux fron­tières de la sci­ence-fic­tion, du fan­tas­tique et de la fan­ta­sy. De même, ils évolu­ent volon­tiers, en fonc­tion des titres, entre col­lec­tions jeunesse et adulte tout en s’at­ti­rant un lec­torat nou­veau, con­sti­tué aus­si bien d’en­fants que d’ado­les­cents et d’adultes, et que cer­tains rassem­blent depuis quelques années sous l’é­ti­quette young adult.

lanero zamora la machine

C’est cer­taine­ment le cas de l’autrice lié­geoise Katia Lanero Zamo­ra. Après deux albums jeunesse, elle entame, en 2012, une trilo­gie pub­liée aux Impres­sions nou­velles : Chronique des hémis­phères. Sur un pos­tu­lat assez clas­sique de dystopie tein­tée de post-apoc­a­lyp­tique, elle imag­ine une planète Terre cru­elle­ment en manque d’eau où l’hémis­phère Nord, riche et technophile, opère une séces­sion com­plète avec le Sud. L’autrice développe un univers empreint de magie et inspiré de l’imag­i­naire scout où de jeunes élus acquièrent des liens télé­pathiques avec leur ani­mal-totem. Après cette trilo­gie, achevée en 2014, et un détour par le con­te goth­ique et fan­tas­tique (Les ombres d’Esver en 2018), elle revient en 2021 avec La machine. Pub­lié aux édi­tions ActuSF, ce pre­mier vol­ume d’un dip­tyque évolue entre fan­ta­sy his­torique et uchronie. Pour l’oc­ca­sion, elle explore son passé famil­ial et réin­vente, à tra­vers le pays imag­i­naire de Pan­im, l’Es­pagne des années 1930 meur­trie par la guerre civile qui se sol­da par l’étab­lisse­ment de la dic­tature de Fran­co. Tou­jours soucieuse d’éviter le manichéisme trop car­i­cat­ur­al, elle explore à tra­vers des per­son­nages aux mul­ti­ples incli­naisons, la com­plex­ité des rap­ports humains.

Autre jeune autrice, Cindy Van Wilder se fait con­naître par une pre­mière série fan­tas­tique, Les out­repasseurs, notam­ment récom­pen­sée par le prix Imag­i­nales de la meilleure œuvre pour la jeunesse en 2014. Ter­minée en 2017, elle entame, aux édi­tions Rageot, une nou­velle série de fan­ta­sy avec Terre de brume. Entre les deux, elle a signé, en 2016 chez Gulf Stream édi­tions, un thriller d’an­tic­i­pa­tion qui explore, dans une approche rigoureuse­ment con­tem­po­raine, le mythe du savant fou et de la créa­ture de Franken­stein tout en faisant la part belle à la dimen­sion psy­chologique des grands ado­les­cents trau­ma­tisés qu’elle met au cœur de son réc­it.

Fig­ure bien instal­lée dans le milieu des lit­téra­tures de l’imag­i­naire, notam­ment pour son tra­vail de tra­duc­trice, de prési­dente du prix Julia Ver­langer et pour son com­bat en faveur de la recon­nais­sance du statut d’écrivain, Sara Doke s’est tournée assez tard vers le roman. Elle pub­lie ain­si son pre­mier roman en 2020 : La com­plainte de Foran­za aux édi­tions Leha. Tein­té de rétro­fu­tur­isme, le réc­it mêle fan­ta­sy et polar dans une ville imag­i­naire inspirée par la Flo­rence de la Renais­sance qui voue un culte à la pein­ture et aux fées. Si elle instille une bonne dose de sur­na­turel dans son réc­it, Sara Doke développe une réflex­ion très poussée sur la sci­ence et les inno­va­tions tech­niques. Com­plexe mais d’une grande inven­tiv­ité, ce roman, à l’im­age se son autrice, est exigeant et ambitieux. Pre­mier roman mais pas pre­mier livre puisqu’elle pub­li­ait, en 2015, Tech­no Faerie : un recueil de nou­velles, sor­ti aux Mou­tons élec­triques, dont les intrigues évolu­ent dans un univers com­mun. Rel­e­vant, pour repren­dre la belle for­mule de l’autrice, de l’an­tic­i­pa­tion uchronique, les réc­its s’at­tachent à présen­ter et met­tre en scène une série de Faes, des êtres mer­veilleux sem­blables aux fées, dans un futur très proche à ten­dance dystopique. En plus des textes, le livre est, grâce au con­cours de nom­breux dessi­na­teurs, riche­ment illus­tré. Se présen­tant comme un véri­ta­ble livre-objet, il témoigne de la vital­ité et de la diver­sité de l’édi­tion d’imag­i­naire.

Instal­lée en Bel­gique depuis plus de 15 ans, Chris­telle Dabos est à l’o­rig­ine d’un des plus beaux suc­cès lit­téraires de ces dernières années. C’est à tra­vers les com­mu­nautés très actives d’au­teurs ama­teurs sur inter­net, et notam­ment grâce au site français « Plume d’ar­gent », que Chris­telle Dabos fait ses pre­mières armes. Elle y pose les bases de l’u­nivers de La passe-miroir et ren­con­tre un tel suc­cès qu’elle soumet son man­u­scrit au jury du pre­mier con­cours roman jeunesse organ­isé par Gal­li­mard, RTL et Téléra­ma. Lau­réate, elle voit son pre­mier vol­ume pub­lié par le pres­tigieux édi­teur français en 2013. Suiv­ront trois suites et deux Grand prix de l’imag­i­naire.

dabos la passe miroir

Encore une fois, l’autrice aime se jouer des lim­ites entre les gen­res. Si l’u­nivers s’in­scrit large­ment dans l’imag­i­naire de la fan­ta­sy, son pos­tu­lat de départ le rat­tache égale­ment au genre post-apoc­a­lyp­tique. L’in­trigue se déroule sur une Terre lit­térale­ment déchirée par un étrange cat­a­clysme qui n’a lais­sé der­rière lui que quelques rares ter­ri­toires flot­tants au-dessus d’une mer de nuages. Avec un réel sens de l’in­trigue, un imag­i­naire foi­son­nant et le traite­ment de thèmes uni­versels et human­istes, Chris­telle Dabos a su large­ment dépass­er le cadre de la lit­téra­ture jeunesse pour s’adress­er à un pub­lic large qui attend avec impa­tience sa prochaine propo­si­tion.

devriese biotanistesTer­mi­nons ce petit tour de l’ul­tra­con­tem­po­rain avec le tra­vail d’une autre belge d’adop­tion : Anne-Sophie Devriese. Française d’o­rig­ine mais séjour­nant en Bel­gique depuis de nom­breuses années, l’autrice a pub­lié en 2021, chez ActuSF, son pre­mier roman : Biotanistes. En met­tant en scène un futur où la Terre est déser­ti­fiée par le change­ment cli­ma­tique, le roman s’in­scrit dans la tra­di­tion rel­a­tive­ment anci­enne mais large­ment revi­tal­isée ces dernières années des écofic­tions. Ce sous-genre de la sci­ence-fic­tion anticipe à la fois les cat­a­stro­phes envi­ron­nemen­tales qui nous sont promis­es tout en dévelop­pant une réflex­ion sur notre rap­port au vivant et à la nature. Ain­si Biotanistes, proche des thès­es et des com­bats de l’é­cofémin­isme, rap­proche désas­tre écologique et patri­ar­cat en imag­i­nant un monde où une mys­térieuse épidémie a décimé l’im­mense majorité des hommes tout en épargnant les femmes. Anne-Sophie Devriese ne fait cepen­dant pas totale­ment l’im­passe sur la dimen­sion fan­tas­tique de son imag­i­naire puisqu’elle réac­tive la fig­ure de la sor­cière pour la met­tre au cen­tre de son univers. Là-bas elle désigne les femmes qui, en plus de détenir le pou­voir, ont la capac­ité de voy­ager à tra­vers le temps.

Porte d’entrée

Ce panora­ma, for­cé­ment incom­plet, mon­tre néan­moins la vital­ité du genre. Il aurait cer­taine­ment fal­lu met­tre en avant d’autres noms, comme l’insaisissable Alain Dartev­elle, et d’autres œuvres, comme Le mariage de Dominique Hardenne de Vin­cent Engel, 2013 année ter­mi­nus de Luc Del­lisse ou encore les plus anciens mais tou­jours disponibles Supra-coro­n­a­da de Jacques Crickil­lon et Jardins du désert de Charles Bertin. Gageons néan­moins que le lecteur intéressé saura, au fil de ses lec­tures et de sa curiosité, explor­er ce ter­ri­toire encore mécon­nu de nos let­tres belges.

Nico­las Steten­feld


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°211 (2022)