Balises pour une écopoétique dans la littérature de langue française de Belgique

écopoétique illu

L’état des lieux

Le 6 novem­bre 2008, l’intérêt de Tan­guy Viel pour l’univers mar­itime nous avait con­duits dans le port de Gand. Invité pour une con­férence organ­isée par l’Université et l’École des hautes études, il avait préféré cette des­ti­na­tion à une plus tra­di­tion­nelle flâner­ie en cen­tre-ville et dans les béguinages. Le port indus­triel exerçait sur l’auteur de Ciné­ma (1999) une attrac­tion par­ti­c­ulière. À tout hasard, nous avons apos­trophé le cap­i­taine d’un bateau-pilote pour lui deman­der s’il était envis­age­able de l’accompagner lors de sa tournée dans les docks. Son ama­bil­ité, plus que notre naïve rhé­torique qui met­tait en avant la Lit­téra­ture et l’Université, lui a fait acqui­escer à notre demande. Nous voilà donc embar­qués pour deux heures de nav­i­ga­tion jusqu’au canal Gand-Terneuzen, qui met le port en com­mu­ni­ca­tion avec l’Escaut.

Or, lecteur déjà ancien de Maeter­linck, j’avais eu l’occasion d’effectuer des recherch­es pour retrou­ver le lieu exact du domaine famil­ial d’Oostakker où le jeune Mau­rice avait pris goût à l’observation de la nature. J’avais iden­ti­fié l’endroit sur une carte anci­enne, mais appris par la même occa­sion que le lieu n’existait plus, la pro­priété ayant été détru­ite pour per­me­t­tre l’extension du port. Et voilà que pen­dant cette nav­i­ga­tion nous lon­gions l’endroit qua­si­ment exact où s’étaient trou­vées les ruch­es du père du futur Prix Nobel. Le con­traste était frap­pant entre le domaine cham­pêtre que Maeter­linck avait con­nu pen­dant son enfance et l’environnement indus­triel qui nous entourait et qui compte par­mi les plus pol­lués du pays.

Les lieux ne sont pas immuables, les hasards suc­ces­sifs de cette après-midi nous le rap­pelaient. Ils nous inci­taient aus­si à recon­naître, à tra­vers une expéri­ence à laque­lle se mêlaient des sou­venirs de lec­tures, que la lit­téra­ture par­ticipe à la prise de con­science des men­aces écologiques. L’écopoétique accom­pa­gne la manière dont nous con­stru­isons de nou­veaux liens avec une nature mise en péril par l’activité humaine. Rap­pelons que cette approche étudie les rap­ports entre les textes lit­téraires et l’environnement, con­sid­éré de manière dynamique et pour lui-même, en dehors de toute util­ité qu’il peut avoir pour l’homme. Mar­quée à l’origine par l’écocritique anglo-sax­onne, elle s’en démar­que cepen­dant par la pri­mauté qu’elle accorde à la forme des œuvres plutôt qu’à leur posi­tion­nement idéologique[1].

La dis­ci­pline con­naît aujourd’hui un intérêt gran­dis­sant, lié évidem­ment à la crise écologique : en témoigne la pub­li­ca­tion d’un nom­bre tou­jours plus impor­tant d’études qui s’y con­sacrent. Celles-ci peu­vent pren­dre appui sur une actu­al­ité lit­téraire qui depuis peu fait une place majeure aux ques­tions envi­ron­nemen­tales. L’ouverture de l’éventail est large puisque, pour en rester aux romans et réc­its, gen­res aux­quels notre bal­is­age se lim­iter[2], les œuvres cou­vrent des thé­ma­tiques qui s’étendent de la célébra­tion du sauvage à la défense de la rural­ité, en pas­sant par l’interrogation sur le mil­i­tan­tisme écologique, la réflex­ion sur la con­di­tion ani­male et la dis­pari­tion des espèces, la mise en scène de divers­es formes de pol­lu­tion … Les gen­res adop­tés sont mul­ti­ples eux aus­si car si les dystopies et romans (post-)apocalyptiques européens fran­coph­o­nes ne se sont pas imposés avec la même vis­i­bil­ité qu’outre-Atlantique, les écri­t­ures emprun­tent aus­si bien à la tra­di­tion nat­u­ral­iste qu’au polar ou au roman poé­tique. L’ironie, longtemps util­isée con­tre les écol­o­gistes, présen­tés comme les nou­veaux inquisi­teurs, s’invite égale­ment et ce reg­istre vient con­tre­bal­ancer la ten­dance au moral­isme qui s’exprime dans cer­tains textes.

À observ­er la pro­duc­tion lit­téraire des dernières années, il est per­mis de dégager quelques grandes caté­gories. La lit­téra­ture verte a été la pre­mière à se ren­dre vis­i­ble : il s’agit d’une lit­téra­ture qui s’attache à évo­quer (la beauté de) la nature afin de don­ner une valeur aux lieux et par­ticiper ain­si à leur sauve­g­arde. Si cette lit­téra­ture a pu s’inspirer par­fois de la nature writ­ing améri­caine, la réal­ité géo­graphique de la Bel­gique, de la France ou de la Suisse est cam­pag­narde et ce n’est jamais chez nous la sauvagerie qui est mise en avant. Notons aus­si que l’écriture évite toute célébra­tion lyrique, dont pou­vaient encore user une Colette ou un Giono.

Une lit­téra­ture mar­ron s’est mise en place plus récem­ment, qui se con­cen­tre sur les atteintes à l’environnement, les divers­es formes de pol­lu­tion, la dis­pari­tion des espèces ou les enjeux soci­aux liés à la crise écologique. On assiste en out­re à l’apparition d’œuvres ouverte­ment écol­o­gistes qui, reje­tant les réserves qui se sont attachées à la lit­téra­ture mil­i­tante après les années Sartre, esti­ment que la cause envi­ron­nemen­tale jus­ti­fie que l’on mette la lit­téra­ture à son ser­vice. Tan­tôt les romans priv­ilégient le local, tan­tôt ils penchent pour une per­spec­tive plus glob­ale ; l’aller-retour est cepen­dant con­stant entre les prob­lé­ma­tiques liées à un endroit spé­ci­fique et celles qui touchent un monde glob­al­isé[3].

Au-delà des caté­gories rapi­de­ment esquis­sées ici et pour pren­dre un point de vue plus sur­plom­bant, l’on retien­dra que la tra­di­tion réal­iste est régulière­ment revis­itée dans des réc­its qui lais­sent volon­tiers croire à une expéri­ence vécue. Cela ne sig­ni­fie pas pour autant que les auteurs renouent avec une vision naïve du réal­isme, sup­posé­ment apte à dire la vérité du monde. Des spé­ci­ficités s’observent évidem­ment selon les aires géo­graphiques et cul­turelles : les lit­téra­tures fran­coph­o­nes des Antilles, de l’Afrique sub­sa­hari­enne ou du Maghreb[4] met­tent des accents pro­pres, qui dif­fèrent du Cana­da fran­coph­o­ne[5]. La prob­lé­ma­tique de la (dé-)colonisation et de l’exploitation durable des ressources par les pays du Nord s’inscrit dans un imag­i­naire qui est résol­u­ment dif­férent de celui qui pré­vaut dans les pays fran­coph­o­nes d’Europe.

Il est à not­er que l’on ne dis­pose pas encore aujourd’hui d’un ouvrage qui s’attacherait à établir un panora­ma des let­tres fran­coph­o­nes de Bel­gique dans leurs rap­ports avec la nature, l’environnement et l’écologie. Il ne faut peut-être pas s’en désol­er dans la mesure où l’écopoétique entend échap­per aux approches nationales, et par­fois chau­vines, qui pat­ri­mo­ni­alisent la lit­téra­ture comme d’autres s’approprient la nature. Or, il ne s’agit pas plus de défendre « nos » let­tres – du moins pas à l’exclusion des autres – que d’agir seule­ment pour la sauve­g­arde de la mer du Nord, de la forêt arden­naise ou des zones humides des Hautes Fagnes sim­ple­ment parce qu’elles seraient « nôtres », étant com­pris­es à l’intérieur du ter­ri­toire nation­al ou région­al. Une approche croisée, mar­quée par le cos­mopolitisme est préférable, d’autant que les men­aces écologiques impactent l’environnement sans s’arrêter à de quel­con­ques fron­tières.

Il demeure qu’une vaste syn­thèse pour­rait pré­cis­er utile­ment la posi­tion des let­tres de Bel­gique dans leurs rap­ports avec la nature. Devant l’impossibilité d’esquisser ne fût-ce que l’amorce d’un panora­ma, l’on se con­tentera de point­er ici un cer­tain nom­bre de balis­es. Si le français dis­po­sait d’un équiv­a­lent pour l’anglais « land­marks », on le priv­ilégierait volon­tiers dans la mesure où ce terme ren­voie aus­si bien à un repère matériel qu’à un principe abstrait ser­vant à s’orienter. Quelques cairns donc, mon­tic­ules de pier­res qui pour­ront servir de repères. Con­stru­its autour de quelques écrivaines ou écrivains choi­sis dans une bib­lio­thèque toute per­son­nelle, ils agglomèreront des élé­ments liés à dif­férents aspects de la prob­lé­ma­tique envi­ron­nemen­tale. Comme le savent tous les ran­don­neurs qui en moyenne mon­tagne s’éloignent des chemins bat­tus, ces cairns, con­stru­its au fil du temps par des marcheurs dif­férents, ne tra­cent jamais un chemin unique. Leur forme change d’ailleurs en fonc­tion de la fréquen­ta­tion du ter­rain, et de nou­veaux amas de pier­res sont sus­cep­ti­bles d’apparaître d’une année à l’autre. Il en va de même ici : cha­cun aura donc loisir d’ajouter un cail­lou à tel cairn, d’ignorer tel autre ou de décider d’en édi­fi­er un nou­veau.

Les repères évolu­ent dans le temps et c’est la rai­son pour laque­lle on ne se lim­it­era pas ici à la lit­téra­ture en train de se faire. En effet, un des risques majeurs que court l’écopoétique con­siste à s’enfermer dans une approche pure­ment présen­tiste. Il serait d’ailleurs pos­si­ble de légitimer ce choix en avançant que l’apparition de la prob­lé­ma­tique envi­ron­nemen­tale en lit­téra­ture est récente et coïn­cide avec la prise de con­science de l’importance de l’écologie auprès d’un large pub­lic. Mais, de même qu’il est souhaitable de faire réson­ner toute lit­téra­ture dans un espace géo­graphique, lin­guis­tique et cul­turel large, il est bon de rester à l’écoute des échos d’une lit­téra­ture plus anci­enne, qui ne demande qu’à être réac­tu­al­isée à tra­vers nos préoc­cu­pa­tions con­tem­po­raines.

Qua­tre petits repères érigés avec des matéri­aux anciens d’abord avant de balis­er le con­tem­po­rain d’un pre­mier cairn rehaussé de vert et d’un sec­ond badi­geon­né de mar­ron.

Un certain Look : la révolution industrielle et les « miasmes de la ville »

La révo­lu­tion indus­trielle, qui fera de la Bel­gique une puis­sance économique mon­di­ale, se met en place dès la fin du 18e siè­cle : c’est l’époque que cer­tains choi­sis­sent pour faire débuter l’Anthropocène, la péri­ode géologique qui suc­céderait à l’Holocène et dont le nom souligne les con­séquences des activ­ités humaines sur l’ensemble de la planète. La lit­téra­ture s’est faite l’écho de cette révo­lu­tion qui a con­nu chez nous le développe­ment de l’industrie tex­tile, des mines de char­bon, de la sidérurgie et plus tard de la chimie… large­ment con­sid­érées lors de leur développe­ment comme autant de syn­onymes de pro­grès. Si la fas­ci­na­tion du sym­bol­iste Émile Ver­haeren pour la révo­lu­tion indus­trielle et sa mort, ironique, sous les roues d’un train dont il célébrait naguère la puis­sance, est bien con­nue, il resterait à revenir en détail sur la représen­ta­tion lit­téraire de la pol­lu­tion, au-delà aus­si des auteurs habituelle­ment con­viés.

Ain­si, un cer­tain A. N. Look signe, avant En ville morte (1906) de Franz Hel­lens, une nou­velle aux accents déjà fan­tas­tiques. « La ville et ses miasmes » (1897) s’attache à un poète qui à tra­vers un regard d’égout sur­prend ce qui appa­raî­tra comme un « mon­stre immonde » con­tre lequel la ville devra lut­ter : « Là, comme eût fait un éclair, d’entre les bar­reaux de fer, avait jail­li une ful­gu­rance, un brasille­ment intense illu­mi­nant la nuit, y met­tant la lueur inquié­tante d’un œil de feu. Dis­paru soudain, cet œil de cyc­lope ténébreux lais­sait une vague appréhen­sion et s’étant rap­proché, Man­dar vit dans les pro­fondeurs du cloaque, de silen­cieux repliements, avec des cha­toiements étranges qui pou­vaient être liq­uides mais qui, métalliques, avaient quelque chose de capricieux en leurs formes et leur déplace­ment[6].» Des décou­vertes restent à faire et qui per­me­t­traient d’étudier com­ment cer­taines esthé­tiques dis­simu­lent ou ren­dent vis­i­ble le lien essen­tiel entre les injus­tices sociales et les injus­tices envi­ron­nemen­tales, les sec­on­des ayant jusqu’à présent fait l’objet de beau­coup moins d’intérêt que les pre­mières.

Maurice Maeterlinck… et ses détracteurs parmi les scientifiques

Maurice Maeterlinck

Mau­rice Maeter­linck

Pour le pub­lic le plus large, Mau­rice Maeter­linck est d’abord l’auteur de La vie des abeilles (1901), même si l’ensemble de la série de réc­its qu’il a con­sacrés aux four­mis, aux ter­mites ou aux fleurs a cir­culé large­ment. Excep­tion­nel obser­va­teur du monde naturel, la vis­i­bil­ité de son œuvre a asso­cié durable­ment l’image de la Bel­gique lit­téraire à la nature. Pour autant, il ne faut pas être insen­si­ble aux cri­tiques adressées à un écrivain qui entendait aus­si faire œuvre sci­en­tifique. De manière révéla­trice, le grand botaniste Jean Mas­sart – qui s’engagera résol­u­ment en faveur de la défense de l’environnement avec Pour la pro­tec­tion de la nature en Bel­gique (1912) – préve­nait en pré­face de son livre con­sacré aux arbres de nos régions : « Et surtout, qu’on ne vienne pas chercher, dans ce livre, de la poésie sur les arbres et les forêts. Rien ne me sem­ble plus vain que les ampli­fi­ca­tions bio­logi­co-philo­soph­ico-poé­tiques qui ont la dou­ble pré­ten­tion d’embellir la nature et de ren­dre ses beautés acces­si­bles à tous. (…) La vie est assez grande et assez belle pour se pass­er de com­men­taires ; elle n’a pas besoin d’être styl­isée, et il est grand temps qu’on dresse quelques écriteaux : “Il est défendu de dépos­er de la poésie le long de la nature”. On a fait de la lit­téra­ture aux dépens de la vie des abeilles et de l’intelligence des fleurs ; c’est plus que suff­isant[7]. » Ren­due publique l’année même de l’attribution du prix Nobel à Maeter­linck, la cri­tique peut paraître sévère, mais elle mérite d’être prise au sérieux[8], car elle pointe des ten­sions qui s’expriment tou­jours aujourd’hui entre le monde sci­en­tifique et le monde lit­téraire. Ain­si par exem­ple autour des arbres et du végé­tal, sujet très en vogue aujourd’hui et autour duquel des polémiques sim­i­laires s’expriment.

Dans ce con­texte, il est souhaitable aus­si de se sou­venir d’écrivains comme Robert Gof­fin qui s’est servi du genre romanesque pour vul­garis­er des con­nais­sances sci­en­tifiques. Auteur de trois textes – Le roman des anguilles (1936), Le roman des rats (1937) et Le roman de l’araignée (1938) – Gof­fin exploite à chaque fois les ressorts nar­rat­ifs liés à un genre romanesque spé­ci­fique – enquête poli­cière, amour, hor­reur, antic­i­pa­tion– pour ren­dre acces­si­ble un savoir issu de l’histoire naturelle. Leur lec­ture nous apprend que le roman ani­malier n’est inno­cent qu’en apparence et que même péd­a­gogique, l’écriture de la nature n’est jamais idéologique­ment neu­tre. En témoigne la manière dont Gof­fin abor­de la pro­liféra­tion des rats et le dan­ger qu’ils représen­teraient s’ils étaient plus organ­isés : « Qu’un nou­v­el Hitler, raciste et rati­er, se lève par­mi les rangs obscurs et il ne nous restera qu’à trem­bler[9]. ». À l’époque de la mon­tée des extrêmes, la mise en garde con­tre le nazisme ne saurait être plus explicite.

André Baillon et le « retour à la nature »

André Baillon

André Bail­lon

En sabots (1923) d’André Bail­lon est incon­testable­ment un des livres majeurs de la lit­téra­ture envi­ron­nemen­tale et ce autant par l’importance du pro­jet de vie qu’il retrace que par la qual­ité de l’écriture. Qua­si­ment invis­i­ble à l’étranger, ce réc­it relate l’installation de l’auteur en Campine où il espère sub­venir à ses besoins et à ceux de sa com­pagne en éle­vant des poules. Le rejet de la ville, la recherche de la lib­erté à tra­vers la fru­gal­ité rap­pelle – présence fémi­nine en sus !– l’installation de Thore­au dans une cabane, relatée dans Walden (1854). Bail­lon par­lera d’ailleurs de sa « hutte », vers laque­lle l’attire en par­ti­c­uli­er la présence d’un âtre : « On se sent tout de suite bien, quand on fait des flammes a même les pier­res, avec du bois que l’on casse sur les genoux ; on devient sim­ple[10]. » Le réc­it, pub­lié par Rieder qui à l’époque fait con­naître l’auteur de La désobéis­sance civile (1849) à tra­vers Hen­ry Thore­au sauvage (1924) de Léon Bazal­gette, con­stitue le con­den­sé des espoirs et des désil­lu­sions de tous ceux qui ont rêvé trou­ver une vie meilleure au plus près de la nature, des anar­chistes regroupés en colonies agri­coles à la fin du 19e siè­cle aux baba­cools des années 1970 par­tis élever des mou­tons dans le Midi.

Pour Bail­lon comme pour de nom­breux autres, le « retour à la nature » s’achèvera en fias­co, mais si le pro­jet d’élevage n’aboutit pas, le livre con­stitue une réus­site, majeure en rai­son du sens aigu de l’observation d’un auteur qui sait ren­dre sen­si­ble le monde tout en main­tenant intacte sa capac­ité à l’(auto-)ironie. C’est à la lumière d’En sabots qu’il con­vient de lire les nom­breux réc­its d’installation dans la sauvagerie qui con­nais­sent – à l’instar de Dans les forêts de Sibérie (2011) de Syl­vain Tes­son – un suc­cès con­sid­érable auprès d’un pub­lic urbain soucieux d’échapper au moins par procu­ra­tion au piège des villes.

Marie Gevers, pour dépasser le régionalisme

marie gevers

Marie Gev­ers

Il n’existe sans doute pas de con­traste plus sai­sis­sant que celui qui sépare la masure de Bail­lon à West­malle du manoir de Mis­sem­bourg où a tou­jours vécu Marie Gev­ers, entourée d’un domaine de sept hectares. Cette grande bour­geoise, qui a pu pass­er non sans rai­son pour une écrivaine région­al­iste, demande d’être relue à tra­vers le prisme de l’écopoétique. La comtesse des digues (1929) y invite, et dans un autre reg­istre L’herbier légendaire (1949), qui mêle obser­va­tion per­son­nelle, savoir venu de l’histoire naturelle et univers mythologique. « L’étang » aus­si, qui s’attache aux con­séquences que prend la dis­pari­tion en 1935 de la pièce d’eau, depuis tou­jours cen­trale dans le quo­ti­di­en comme dans l’imaginaire de la famille. L’étang se vide en rai­son de travaux de voirie effec­tués à prox­im­ité et qui néces­si­tent un pom­page inten­sif : « L’eau baisse encore aujourd’hui et si l’on creuse un puits, il faut aller à sept mètres pour trou­ver l’eau… Les poules d’eau sont par­ties, le héron passe haut dans le ciel, le dernier nénuphar est mort[11]. »

Si ces lignes témoignent du fait que les grands chantiers destruc­teurs de biotopes ne datent pas d’aujourd’hui, il con­vient de not­er que Gev­ers ne con­sid­ère cette dis­pari­tion que dans une per­spec­tive per­son­nelle. Con­ser­va­trice, la mère de Paul Willems allait même jusqu’à soutenir que le con­fort apporté par la prox­im­ité d’un arrêt de train ne valait en aucun cas la perte de l’étang : « Si l’électrification d’une ligne de chemin de fer est un pro­grès, oh, nous aurons vu[12]. » L’écrivaine peine à con­sid­ér­er la perte du point de vue de la nature elle-même, ce qui n’enlève d’ailleurs rien au trau­ma­tisme que cet assèche­ment a provo­qué. On en trou­ve encore la trace cinquante ans plus tard dans la belle évo­ca­tion que Paul Willems con­sacre à sa mère sur toile de fond des dif­férentes destruc­tions aux­quelles la pro­priété a échap­pé. Mais en écrivant « Seul l’étang infidèle ne revint pas[13]» , il se pose tou­jours lui aus­si en pro­prié­taire de la nature. De même lorsqu’il esquisse le tableau de son époque à lui, un jardin préservé mais assiégé par la cir­cu­la­tion, l’industrie et la ville : rayures des avions dans le ciel, mil­liers d’autos sur l’E19, ban­lieui­sa­tion d’Edegem. Pire : les éma­na­tions provo­quées par le port d’Anvers qui ne s’arrêtent pas aux lim­ites de la pro­priété : « C’est un savant mélange de mazout assaison­né d’exhalaisons venues de la grotte aux drag­ons. Il y a enfin une sorte de neige noire semée par les moteurs et les chem­inées d’usine. Elle se mélange la nuit à la rosée et mac­ule les feuilles, les fleurs, l’herbe[14]. » Le ubi sunt qui prend acte de la fin de l’univers cam­pag­nard que l’auteur a con­nu jeune – « Où sont les bois, les champs, les prairies, les jardins char­mants, le ruis­seau avec eaux vertes où pul­lu­laient les anguilles minus­cules[15]  ? »– ne débouche toute­fois sur aucune inter­ro­ga­tion écologique explicite. L’on n’en tien­dra évidem­ment pas rigueur à l’auteur de Pays noyé (1990) : il aura man­qué à la famille une généra­tion d’écrivains de plus pour dire une crise écologique dont d’ailleurs le plus grand nom­bre n’a pris con­science qu’à la fin du 20e siè­cle.

Rehaussé de vert

Caroline Lamarche

Car­o­line Lamarche

Il n’est plus pos­si­ble aujourd’hui de racon­ter des his­toires, vraies ou fic­tives, sans inté­gr­er la dimen­sion envi­ron­nemen­tale. L’époque, on vient de le voir pas si éloignée, où l’on pou­vait croire à l’immuable retour de saisons tout aus­si immuables et se con­tenter de déplor­er les atteintes à l’environnement local­isées qui nous touchaient directe­ment, est révolue. Cer­tains auteurs en avaient pris plus tôt que d’autres la mesure. Ain­si Car­o­line Lamarche, aujourd’hui cen­trale dans le champ et dont l’engagement écologique dans le monde asso­ci­atif est ancien. Si l’écologie ne s’impose pas pour l’écrivaine comme un « sujet lit­téraire[16]»  plus légitime qu’un autre, le souci du vivant affleu­rait déjà dans son œuvre anci­enne. Par­mi les auteurs Minu­it de sa généra­tion, elle a été une des rares à se tourn­er vers l’animalité avec Le jour du chien (1996), bien avant qu’Éric Chevil­lard ne fasse des ani­maux son univers de référence. Mais c’est plus récem­ment, avec l’interrogation sur notre rap­port aux ani­maux menée dans Nous sommes à la lisière (2019), que cette styl­iste de pre­mier plan fait réson­ner la prob­lé­ma­tique envi­ron­nemen­tale. Le titre du recueil est emprun­té aux Bêtes suivi de Le temps des morts (1953) de Pierre Gas­car, pre­mier écol­o­giste de la lit­téra­ture française exigeante. Le trib­ut à cet auteur oublié est assumé par cette écrivaine qui expri­mait déjà dans Le jour du chien son hor­reur face à l’abattage indus­triel : « La suite, c’est le couloir de la mort. Là, tout est étroit, il n’y a place que pour un seul ani­mal à la fois et, de chaque côté du mur, les hommes bran­dis­sent leurs cro­chets pour que cela aille plus vite[17]. » Sen­si­ble à l’époque déjà à la prob­lé­ma­tique de l’alimentation carnée, dont la lit­téra­ture s’emparera plus tard de façon mas­sive, Lamarche fait enten­dre aujourd’hui des posi­tions plus rad­i­cales, en relayant notam­ment les paroles d’un pale­fre­nier indigné par la destruc­tion mas­sive de la nature : « “Je m’attacherai avec une chaîne aux bull­doz­ers, dis­ait-il encore, je crèverai leurs pneus, je met­trai une bombe sous leurs roues et toi, tu m’aideras ?” Je dis­ais oui, évidem­ment[18].» Loin de con­stituer un appel direct à la vio­lence, des moments pareils con­stituent pour la fic­tion un moyen d’interroger les lim­ites de l’action paci­fique en faveur de l’environnement.

Jean-Pierre Otte partage avec Car­o­line Lamarche un intérêt ancien pour l’univers ani­mal, c’est d’ailleurs un ento­mol­o­giste con­fir­mé. La série d’ouvrages inti­t­ulée L’amour au naturel com­porte neuf vol­umes dans lesquels l’auteur témoigne de qual­ités d’observation excep­tion­nelles et de solides con­nais­sances sci­en­tifiques. S’il ne recherche pas l’innovation formelle, il se mon­tre par­ti­c­ulière­ment sen­si­ble aux rap­ports entre l’homme et son envi­ron­nement. L’amour en forêt (2001) résume le pro­gramme dans une for­mule forte : « [L]a grande tâche de l’écrivain d’aujourd’hui est de chercher par tous les moyens, par tous les mots, à restituer un peu de cette intim­ité [avec la nature] que per­son­ne ne partage plus. Il faut recréer l’ouverture et la libre cir­cu­la­tion entre les règnes[19]. » L’exploration empathique du vivant cherche à définir une nou­velle alliance, hommes, bêtes et plantes con­fon­dues : « il n’est pas injuste de se com­pren­dre à tra­vers eux, car c’est d’eux qui nous sommes sor­tis […] D’aucuns s’élèveront et s’alarmeront avec véhé­mence devant une telle façon ouverte d’envisager les choses. Cam­pés et crispés farouche­ment sur leurs posi­tions et leurs con­vic­tions, ces justes sont pré­cisé­ment ceux-là qui main­ti­en­nent des fron­tières et des fos­sés – dressés et creusés par d’autres juste devant eux – entre l’humain et le divin, entre l’humain et le minéral, le végé­tal, et l’animal[20]. » Afin d’abolir cer­taines fron­tières trop imper­méables, Otte recourt à une écri­t­ure des sens qui, capa­ble de faire oubli­er l’important savoir sci­en­tifique, nous fait entr­er dans la peau des bêtes.

Cette écri­t­ure matéri­al­iste des sens est aus­si celle que priv­ilégie San­drine Willems dans À l’espère (2008), qui se déroule en Provence et dont le titre ren­voie à une expres­sion mérid­ionale sig­nifi­ant « à l’affut ». L’écrivaine y tisse un réseau qui mon­tre l’imbrication du vivant ; ain­si dans ces lignes qui dis­ent le lien entre l’animal et le végé­tal : « L’herbe étant dev­enue aus­si rare que l’ombre, [la chèvre] n’avait plus qu’à con­tem­pler toutes ces plantes autour d’elle, aus­si assoif­fées qu’elle, ayant recours aux plus sub­tiles straté­gies, afin de retenir le peu d’eau qui les fai­sait vivre[21].» Le texte exploite les pos­si­bil­ités de la langue en jouant sur les sens de « poils », ren­voy­ant à la fois à la four­rure ani­male et aux cheveux raci­naires des plantes. L’œuvre de Willems rap­pelle que la nature n’est pas une réal­ité extérieure, mais qu’elle réside dans un rap­port, celui que les per­son­nages nouent avec l’environnement et que les lecteurs sont invités à explor­er à leur suite. L’attachement aux lieux est cen­tral chez cette écrivaine qui priv­ilégie l’idée de « nouai­son » ou de « reliance » et qui, comme l’a bien mon­tré Dominique Ninanne dans une étude récente, con­tribue à réen­chanter le monde[22].

van acker la bete a bon dos

La façon de Chris­tine Van Ack­er est rad­i­cale­ment dif­férente de celle de Willems mais les deux écrivaines parta­gent un intérêt mar­qué pour le « non-humain ». Plus proche sans doute de Jean-Pierre Otte, qu’elle a lu, Van Ack­er innove cepen­dant plus que son aîné dans la forme en recourant à une écri­t­ure de la chronique. La bête a bon dos (2018) exploite les ressources du frag­men­taire pour mêler vécu per­son­nel et con­nais­sances sci­en­tifiques. La per­spec­tive est ouverte­ment anti­spé­ciste, mais sans mil­i­tan­tisme ; en témoigne une petite scène humoris­tique où l’écrivaine, con­fron­tée à une détrac­trice qui estime inimag­in­able de ne pas établir une hiérar­chie au sein du vivant, affirme crâne­ment plac­er « les ani­maux et les humains sur pied d’égalité, sans aucune dis­tinc­tion de classe, biologique ou sociale[23]. » Van Ack­er a pleine­ment pris la mesure des men­aces qui pèsent sur l’environnement : « Ce qui a changé (…) c’est le con­stat que la plu­part des formes de vies dont nous admirons les grâces et les éton­nantes incar­na­tions, ne seront bien­tôt plus que des images[24]. » C’est met­tre en exer­gue la dis­pari­tion des espèces, dont l’importance avait pu échap­per à une généra­tion d’écrivains antérieure, même par­mi ceux qui se mon­traient soucieux du bien-être ani­mal.

Van Ack­er pour­suiv­ra son explo­ration du vivant avec un livre con­sacré au végé­tal, qui à l’image de son sujet, se développe en réseau[25]. L’en vert de nos corps (2020) repose tou­jours sur une obser­va­tion atten­tive du monde – « Si par malchance, je deve­nais aveu­gle, j’arrêterais d’écrire[26]», sou­tient l’écrivaine – mais le livre se libère davan­tage encore des formes con­ven­tion­nelles. L’autrice, qui aime faire son auto­por­trait en « eucary­ote méta­zoaire hétérotro­phe », s’ingénie à détourn­er le sens des mots dans une écri­t­ure simul­tané­ment poé­tique et ludique. Son œuvre rap­pelle oppor­tuné­ment que rien n’interdit d’écrire notre rap­port au vivant à tra­vers l’ironie qui, au-delà d’une Willems ou d’un Otte titrant Sex­u­al­ité d’un plateau de fruits de mer (2002) un de ses livres, pour­rait bien con­stituer une des mar­ques dis­tinc­tives de notre pro­duc­tion lit­téraire. 

Badigeonné de marron

De plus jeunes écrivaines et écrivains, qui à la dif­férence des con­tem­po­rains précédem­ment cités, ont gran­di dans des années où l’écologie s’était déjà imposée comme une prob­lé­ma­tique de société majeure, s’emparent actuelle­ment de la thé­ma­tique pour la faire réson­ner sur des reg­istres très var­iés.

Caroline De Mulder

Car­o­line De Mul­der

Car­o­line de Mul­der choisit le mode de l’enquête dans Cal­caire (2017) pour abor­der les méfaits de la pol­lu­tion, incar­nés par le per­son­nage d’Orlandini. Ce puis­sant entre­pre­neur, cynique et soucieux seule­ment d’enrichissement per­son­nel, pré­texte le recy­clage pour enfouir de déchets dans d’anciennes mines de cal­caire. Au blanc de cette roche for­mée orig­inelle­ment par l’accumulation au fond des mers de coquil­lages et de squelettes d’animaux marins – « minus­cules crus­tacés ressembl[a]nt à des larves blanchâtres incrustées à la pierre[27] »– se sub­stitue la couleur mal­pro­pre de sub­stances haute­ment tox­iques : « ça ruis­selle d’agents chim­iques et de métaux lourds, avec pol­lu­tion et con­t­a­m­i­na­tion des eaux souter­raines[28]. » L’écrivaine, pour laque­lle le déchet a con­sti­tué le déclencheur ini­tial du roman, analyse dans un retour sur sa démarche com­ment l’opposition entre pureté du cal­caire et souil­lure des déchets a servi aus­si à struc­tur­er les per­son­nages : « Si Orlan­di­ni est tout sim­ple­ment une ordure qui vit sur le déchet, la plu­part des autres per­son­nages sont han­tés par un désir de pureté et pol­lués par des secrets inavouables et tus. Le déchet enfoui devient métaphore[29]. » S’emparer d’une prob­lé­ma­tique écologique con­duit, on le véri­fie à tra­vers ce com­men­taire, à organ­is­er en pro­fondeur la forme, bien au-delà du sim­ple recours à des motifs thé­ma­tiques appar­tenant à la sphère écologique.

Antoine Wauters réin­vente lui aus­si les formes quand il opte pour le mode post-apoc­a­lyp­tique dans Moi, Marthe et les autres (2018). Ce roman, con­sti­tué de 192 brefs para­graphes, s’attache à l’errance de quelques sur­vivants dans un Paris dévasté par une cat­a­stro­phe d’origine indéter­minée. Afin de sat­is­faire leurs besoins essen­tiels mais aus­si pour recon­stru­ire une éthique, les per­son­nages recy­clent les déchets – objet et idées – et s’efforcent de faire du neuf à par­tir des restes de l’ancien. La quête de sens appa­raît aus­si impor­tante que la recherche de nour­ri­t­ure dans ce roman mar­qué par la vio­lence et par la fin des sol­i­dar­ités larges. Le nar­ra­teur fini­ra d’ailleurs par se faire tuer, sans que cela l’empêche de pour­suiv­re son réc­it. C’est donc à la pre­mière per­son­ne que nous lisons son enter­re­ment : « Ils marchent, Marthe et les autres, en emprun­tant le boule­vard SainGerm et ce bon vieux funicul nous menant en droite ligne chez nous. Dans la grotte, ils creusent le trou et m’y déposent la tête en bas, les pieds en l’air, avant de pouss­er le plus fort pos­si­ble pour que mon cœur s’enfonce où la terre brûle, où la roche fond, où le feu est vivant[30]. » Mal­gré la sauvagerie de l’univers, le gore ne prend jamais le dessus : l’horreur est con­tre­bal­ancée par des jeux de mots qui défa­mil­iarisent ironique­ment Paris et par un bur­lesque hyper­bolique qui dédrama­tise les sit­u­a­tions les plus trag­iques.

Notons que, mal­gré ce qui les sépare, la ques­tion des déchets rap­proche les livres de De Mul­der et de Wauters. Serait-ce un effet généra­tionnel qui les con­duit à regarder du côté de la pol­lu­tion, les décom­bres et plus large­ment vers les atteintes à l’environnement et à recy­cler sous forme d’art les détri­tus et les dégâts dont ils con­sta­tent l’omniprésence ? Peut-être, d’autant que Wauters a plus récem­ment pris pour sujet les effets de la con­struc­tion du bar­rage géant de Tabqa dans Mah­moud, ou la mon­tée des eaux (2021). Quoi qu’il en soit et au-delà des caté­gories du vert ou du mar­ron dont l’utilité relève d’abord de la com­mod­ité de l’exposition, les let­tres con­tem­po­raines prou­vent leur orig­i­nal­ité quand elles s’attachent à trans­former la matière écologique.

Parce qu’elle s’inscrit dans un temps long, dif­férent de celui du dis­cours médi­a­tique, de la parole mil­i­tante ou du dis­cours poli­tique qui ont cha­cun leur pro­pre tem­po­ral­ité – de très courte à moyenne –, la lit­téra­ture nour­rit l’imaginaire de son poids. S’il est pré­somptueux de la croire intrin­sèque­ment plus durable, il est per­mis d’espérer qu’elle vien­dra ajouter sa pierre à l’action en faveur d’un monde plus respectueux de l’ensemble du vivant.

Pierre Schoen­t­jes


[1] Pour le détail de l’approche l’on se reportera à Pierre SCHOENTJES, Ce qui a lieu. Essai d’écopoétique, Mar­seille, Wild­pro­ject, coll. « Tête nue », 2015, p. 13–18.
[2] La poésie, qui entre­tient depuis tou­jours un lien étroit avec la nature, deman­derait une approche séparée, tout comme l’essai, dans lequel se dis­tingue actuelle­ment Isabelle Stengers.
[3] On trou­vera le détail de ces caté­gories, illus­trées par des analy­ses, dans Pierre SCHOENTJES, Lit­téra­ture et écolo­gie. Le Mur des Abeilles, Paris, Cor­ti, 2021, coll. « Les essais », p. 9–16 et pas­sim.
[4] Cf. Xavier GARNIER, Écopoé­tiques africaines. Une expéri­ence décolo­niale des lieux, Paris, Kartha­la, 2022.
[5]  Cf. Julien DEFRAEYE et Élise LEPAGE (éd.), Approches écopoé­tiques des lit­téra­tures française et québé­coise de l’extrême con­tem­po­rain, Mon­tréal, Uni­ver­sité de Laval, 2019.
[6] A. N. LOOK, « La ville et ses miasmes », dans L’humanité nou­velle, 1897, p. 655–656 ; je remer­cie Dominique Ninanne de m’avoir fait décou­vrir ce texte éton­nant, dont l’auteur reste à iden­ti­fi­er.
[7] Jean MASSART, Nos arbres, Brux­elles, Hen­ri Lamentin, 1911, p. iii-iv.
[8] Comme d’autres d’ailleurs, ain­si que nous y invite l’enquête de David VAN REYBROUCK dans Le fléau (De plaag, 2002) con­sacré au décalque com­mis par Maeter­linck au détri­ment d’Eugène Marais, pre­mier obser­va­teur des ter­mites. L’affaire prob­lé­ma­tise par­faite­ment l’écart entre le poids accordé respec­tive­ment à la « tran­scrip­tion » du réel par un nat­u­ral­iste patient mais anonyme et la « créa­tion » lit­téraire sous la plume d’un grand auteur.
[9] Robert GOFFIN, Le roman des rats, Paris, Gal­li­mard, coll. « La vie des bêtes », 1937, p. 217.
[10] André BAILLON, En sabots, Paris, Rieder, 1922, p. 20.
[11] Marie GEVERS, « L’étang », dans Vie et mort d’un étang, Brux­elles, Espace nord, 2007 [1950], p. 117.
[12] Ibid., p. 111.
[13] Paul WILLEMS, Le fonds Marie Gev­ers et ses pro­longe­ments, Brux­elles, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 1989, p. 10 ; en ligne sur http://www.arllfb.be.
[14] Ibid., p. 11.
[15] Ibid., p. 10.
[16] Car­o­line LAMARCHE, « La nou­velle comme lieu de ren­con­tre. Entre­tien avec S. Buekens», Literature.green, 2019 ; en ligne. Ce site pro­pose par ailleurs de nom­breux échanges avec des écrivains s’inscrivant dans la lit­téra­ture envi­ron­nemen­tale, ain­si encore avec Chris­tine Van Ack­er.
[17] Car­o­line LAMARCHE, Le jour du chien, Paris, Minu­it, 1996, p. 16.
[18] Car­o­line LAMARCHE, Nous sommes à la lisière, Paris, Gal­li­mard, 2019, p. 63.
[19] Jean-Pierre OTTE, L’amour en forêt, Paris, Jul­liard, 2001, p. 22.      
[20] Ibid., p. 89–91.
[21] San­drine WILLEMS, À l’espère, Brux­elles, Les Impres­sions Nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2008, p. 100.
[22] Dominique NINANNE, « Nouer le monde et la langue », dans R. BARONTINI, S. BUEKENS et P. SCHOENTJES, L’horizon écologique des fic­tions con­tem­po­raines, Genève, Droz, 2022, p. 177–193. Cette étude, pre­mière d’une série à paraître, illus­tre bien la fer­til­ité de l’approche écopoé­tique appliquée au cor­pus belge.
[23] Chris­tine VAN ACKER, La bête a bon dos, Paris, Cor­ti, coll. « Bio­phil­ia », 2018, p. 15.       
[24] Ibid., p. 52.
[25] Sur l’importance du réseau et du mail­lage dans la lit­téra­ture envi­ron­nemen­tale on lira Han­nah CORNELUS qui étudie le cor­pus belge – et Chris­tine van Ack­er – en par­al­lèle avec la pro­duc­tion en France : Tiss­er les inter­dépen­dances. Écopoé­tique des liens dans la lit­téra­ture française con­tem­po­raine, Genève, Droz, 2023 [à paraître].
[26]  Chris­tine VAN ACKER, L’en vert de nos corps, Water­mael-Boits­fort, L’Arbre de Diane, 2020, p. 204.
[27] Car­o­line DE MULDER, Cal­caire, Paris, Actes Sud, coll. « Actes noirs », 2017, p. 98.   
[28] Ibid., p. 24.
[29] Car­o­line DE MULDER, « Cal­caire : déchets tox­iques et quête romanesque », dans R. BARONTINI, S. BUEKENS & P. SCHOENTJES, op. cit., p. 232.
[30] Antoine WAUTERS, Moi, Marthe et les autres, Paris, Verdier, 2018, p. 71.


Arti­cle paru dans Le Car­net et les Instants n°214 (2023)