Archives par étiquette : Le Sabot éditions

Et le septième jour, la bave coula à flots

Antoine JOBARD, Ate­lier panique, Sabot, 2023, 200 p., 13 €, ISBN : 9782492352157

jobard atelier paniqueCe qui nous dif­féren­cie des grands ani­maux, c’est pas telle­ment le rire, c’est qu’on triche tout le temps. 

Pre­mier roman d’Antoine Jobard, Ate­lier panique est une his­toire de con­t­a­m­i­na­tion et de fas­ci­na­tion. Une ren­con­tre per­verse entre deux per­son­nages paumés sous la forme d’une genèse à l’envers : sept jours pour tout détru­ire, une fuite en avant vers le néant. Le titre jux­ta­pose ce qui appa­raît comme les lieux desquels éma­nent les pro­tag­o­nistes : pour le pre­mier, jeune type un poil lym­pha­tique adepte d’actions directes et de sab­o­tage, la panique est cette deux­ième peau-man­teau dont il ne se défait que le temps de l’ivresse ; pour le sec­ond, vieux pein­tre à l’égo intariss­able, l’atelier est un micro­cosme fonc­tion­nant en vase clos où se réfugi­er, au risque de s’y per­dre. Tous deux sont recou­verts de l’individualisme crasse qui craque­lle les idéaux les plus purs et leur con­fère le ton jaunâtre de l’inconsistance. Con­tin­uer la lec­ture

Réel et fiction à la chaîne

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny GARIN, Des tueries et un film, Sabot, 2023, 136 p., 12 €, ISBN : 978–2‑492352–13‑3

garin des tueries et un film« C’est cela la fic­tion, ce corps mou, spongieux et rose pâle de porc aux pieds noirs. C’est cela la fic­tion, le polar, des fleurs jetées au corps du porc, des fleurs jetées autour et déjà fanées, flétries. On imag­ine n’importe quoi. »

L’opus Des tueries et un film, de Fan­ny Garin, sous-titré « poème dra­ma­tique et doc­u­men­taire », explose les digues de la représen­ta­tion, aggrave la ten­sion entre fic­tion et réel. Oscil­lant entre scé­nario de film, pièce de théâtre, poème, notes, ce livre est, lit­térale­ment, inclass­able. Nulle autre voix que celle de Fan­ny Garin n’aurait pu livr­er cette espèce de « polar sanglant agro-indus­triel ». Nulle autre mai­son d’édition que Le sabot, dont l’objectif est d’ « inter­venir sur le monde et le dire sans pas­siv­ité », n’aurait pu l’accueillir. Con­tin­uer la lec­ture

Magma solaire et nuits stambouliotes

Natol BISQ, Plein soleil, Le sabot, coll. « Du seum », 2022, 536 p., 17 €, ISBN : 9782492352072

bisq plein soleilDémesure nar­ra­tive, lumière d’un soleil noir, cal­ciné qui embrase l’écriture, les reg­istres styl­is­tiques, trame ambitieuse où se mêlent thriller de fac­ture ciné­matographique, mise en abyme de la lit­téra­ture et galerie de per­son­nages en proie au ver­tige exis­ten­tiel… Plein soleil, pre­mier roman ambitieux d’un jeune auteur féru de pseu­do­nymes (dont celui de Natol Bisq), nous entraîne dans un dédale d’actions, de quêtes qui inter­roge le principe de réal­ité.

Lancée sur les routes de l’Europe et d’Asie afin de retrou­ver un écrivain avec qui elle entend régler ses comptes, Léa fait l’expérience de mon­des souter­rains, par­al­lèles dans un cli­mat qui mêle Matrix et road movie à l’heure du virtuel. Éminem­ment sen­sorielle, l’écriture dresse une mul­ti­tude de scènes d’opéra dont les per­son­nages et le lecteur se doivent de rassem­bler les pièces du puz­zle. La boîte de Pan­dore que nous ouvre Natol Bisq libère la folie d’un monde où règne Lacis, une organ­i­sa­tion cyber­crim­inelle établie en Ital­ie, berceau de toutes les mafias. Les dédou­ble­ments, les dérives hal­lu­cinées de la fic­tion s’inscrivent dans une esthé­tique lynchi­enne qui dévoile l’envers du décor, les manœu­vres com­plo­tistes, le trem­ble­ment du vrai et du faux, les sous-sols de la con­science, la pro­duc­tion de vari­antes de clones. Con­tin­uer la lec­ture