Un coup de cœur du Carnet
Marc PIRLET, Une vocation, Murmure des soirs, 2023, 152 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑931235–02‑7
C’est de mélancolie et dans le même mouvement, d’une fervente passion que se nourrit le dernier roman de Marc Pirlet, Une vocation. Marc Pirlet est né à Liège en 1961. Après de nombreuses années consacrées au voyage, il s’est réinstallé dans sa ville natale. En presque quinze ans, il vient de publier son huitième livre : des récits, des romans, des livres toujours marqués par une extrême attention aux trajectoires des personnages, et qui se lisent aussi comme des témoignages non « sur » l’époque mais issus des femmes et des hommes de notre histoire. Malgré la réticence de l’auteur à développer des fictions de rebonds et de mystères, il existe dans l’écriture de Marc Pirlet une puissance et une intimité de ton qui en font déjà un auteur qui compte dans le paysage littéraire. Témoins, entre autres, ces prix réguliers dont son œuvre est couronnée. Saluons ici aussi la fidélité des Éditions Murmure des soirs qui l’ont révélé en 2009. Continuer la lecture

Les éditions Al Manar, sous la direction d’Alain Gorius, publient non seulement des livres de très belle facture, mais ils sont aussi consacrés à l’espace méditerranéen : auteurs et autrices du Maghreb ou du Machrek et livres d’auteurs d’ailleurs ayant pour thématique ou évoquant des lieux de la Méditerranée et de son pourtour. C’est le cas de ce dernier recueil de Philippe Leuckx, né d’un séjour à Rome et mentionnant aussi la ville portuaire de La Spezia : il n’y faut pourtant pas voir un récit ou des poèmes de voyage au sens premier du terme. Le traceur d’aube, qui est aussi un traqueur d’ombre, est à la fois le voyageur et le poète, confondus tous deux dans la même recherche d’un espace intérieur. La ville, la chambre, les murs y sont les traces tangibles, parfois opaques, parfois éclairées grâce aux fenêtres ouvertes, aux perspectives, à la lumière, aux souffles, d’un monde où se dessine une géographie intime. Au-delà d’un paysage, d’une atmosphère concrète, d’une scène de vie, d’une description, le poète poursuit une exploration de soi dans son rapport à l’écriture et au monde. Il y désigne, dans une exploration à la fois phénoménologique et symbolique, les questions les plus essentielles qui se posent à l’être humain.
Bernard Visscher, dans une autre vie, a travaillé dans l’audiovisuel (courts-métrages, longs-métrages, dessins animés), déclinant différents registres (producteur, réalisateur, scénariste). Un sacré bagage pour un (faux) débutant en littérature, et son premier roman,
Valentin a quinze ans et la vie devant lui. Son grand-père, cinq fois cet âge, et une maladie dégénérative qui rend sa fin de vie tristement tangible. Et puis, il y a Apollon, le drahthaar que Valentin a reçu pour Noël alors qu’il pouvait à peine parler, son meilleur ami, son confident de toujours, son frère. Lui aussi décline. Quatorze ans, c’est déjà un âge honorable pour un chien.
Ce qui nous différencie des grands animaux, c’est pas tellement le rire, c’est qu’on triche tout le temps.
Nous sommes en juin 2007. Lucie, une jeune botaniste spécialisée en écologie tropicale, se prépare pour une mission au parc national de l’Omo en Éthiopie, où elle sera chargée de cartographier la végétation en associant des relevés de terrain et une analyse d’images satellites.
Taillé dans une langue poétique extrêmement fine et précise, le nouvel opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux éditions Le Taillis Pré, après le non moins magnifique recueil 




Cela pourrait commencer par une case, ou une date, la soirée du 12 mars 2020, et un lieu, Bruxelles. La première ministre belge vient d’annoncer le confinement du pays, pour cause de Covid. Quatre jours plus tard, c’est le cas également chez nos voisins français. Et l’on pourrait penser, ouvrant L’échiquier, nouveau livre de Jean-Philippe Toussaint, qu’il a cédé comme tant d’autres, écrivains, artistes, musiciens, scientifiques, chroniqueurs… à la tentation compréhensible de raconter son histoire du Covid, cet envahissement inconnu jusque là – ses tragédies et les bouleversements en chaîne de nos comportements pour y faire face.
lignes, liquides, liens, grappes végétales
« Il me faut un lieu pour écrire
Gareth est un jeune homme de 15 ans vivant à Attert, dans le Nord d’Arlon. Passionné de livres fantasy et de félins, il mène une vie routinière jusqu’au jour où il tente de chasser un chat noir se transformant sous ses yeux en panthère qui lui parle et l’attaque dans la foulée. Il est fort heureusement sauvé par Kzin, un chasseur qui apprend à Gareth qu’il est doté de pouvoirs magiques activés par cette bataille.
Bien des romans policiers, à l’instar de leurs nombreuses déclinaisons destinées au petit écran, entraînent le lecteur dans des récits menés au pas de charge qui prennent soin de délivrer leur dose régulière d’adrénaline. D’autres promènent tranquillement leur fiction et misent sur des atouts complémentaires pour attiser le plaisir de la lecture. Le premier roman de Pascal Lorent appartient résolument à la seconde catégorie, prenant bien le temps d’installer ses personnages, de construire une ambiance, de l’insérer dans un espace et un temps donnés.
Au milieu de la tectonique des plaques de la littérature francophone, les livres d’Eugène Savitzkaya sont des forêts où vivent des êtres en marge qui tressaillent dans un ballet de phrases remontant le cours du fleuve de l’enfance. Il y avait le Fou de Vincent d’Hervé Guibert. Il y a désormais la féerie sans égale, le livre le plus libre de tous les temps, Fou de Paris, qui, venant après Fou civil (1999), Fou trop poli (2005), brame, feule, tisse sa toile autour d’Hégésippe, celui qui a tout perdu en perdant l’aimée, celui qui endosse la flânerie comme une première peau, promeneur poète qui, comme les bouffons des rois, profère les vérités du temps, démasque l’imposture des pouvoirs. À l’écart des vivants et des vivantes « fabriqués et fabriquées à la chaîne », qui endurent confinement et joug sous l’ordre « « serrez-vous la ceinture », Hégésippe danse, vaticine, l’amour perdu collé à ses pieds de bête sauvage.
Maxime Benoît-Jeannin, né dans les Vosges, a connu un beau début de carrière parisien avant de s’installer il y a une trentaine d’années à Bruxelles, où il publie tous ses livres (dont les épatants Brouillards de guerre ou