Archives par étiquette : antispécisme

L’espoir, à toute vitesse !

Aurélien DONY, Train-Nuit, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 124 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–03‑5

dony train nuitInter­sec­tion­nal­isme, cap­i­tal­isme de pré­da­tion, anti­spé­cisme… Les nou­veaux ter­mes ne man­quent pas pour dire l’époque con­tem­po­raine, ses dérives et ses espoirs. Mais une autre voie que la con­cep­tu­al­i­sa­tion est per­mise ; c’est celle qu’arpente Aurélien Dony, dont on con­nait les engage­ments, dans son dernier livre. Con­tin­uer la lec­ture

Accueillir le monde animal dans la fiction

Paul ARON et Judy­ta ZBIER­S­KA-MOś­CI­C­KA (sous la dir. de), Bêtes de livres, Textyles n°67, Ker, 2024, 164 p., 18 €

textyles betes de livresPeu étudiée, peu explorée par la cri­tique, la ques­tion de la présence, de la fonc­tion de l’animal dans la lit­téra­ture belge fran­coph­o­ne se voit mise à l’honneur dans le dossier Bêtes de livres qui occupe le dernier numéro de la revue Textyles. Salu­ons la fécon­dité des analy­ses, des angles d’approche libérés par des con­tri­bu­tions qui pointent l’essor de la thé­ma­tique de l’animalité, du vivant dans la lit­téra­ture con­tem­po­raine. Con­tin­uer la lec­ture

« Animale humanité »

Un coup de cœur du Car­net

Ludovic FLAMANT (texte) & Hide­ki OKI (image), Le sourire du singe, Esper­luète, coll. « Hors-for­mats », 2023, 24 p., 22 €, ISBN : 9782359841787

flamant oki le sourire du singeHide­ki Oki s’exprime en lignes : au feu­tre, col­orées, ver­ti­cales et hor­i­zon­tales. Ses dessins, essen­tielle­ment des por­traits, tran­spirent ses mou­ve­ments. Ses œuvres inversent les posi­tions : elles nous regar­dent, fix­e­ment, sans ciller, à tra­vers les yeux des ani­maux représen­tés. Ils nous son­dent, nous ques­tion­nent, nous tien­nent en respect. Dans Le sourire du singe, ce sont des chim­panzés, des man­drills, des nasiques, des macaques, des capucins, des bono­bos, des gib­bons, des gorilles, des orangs-out­angs et autres pri­mates qui occu­pent de pleines pages. Con­tin­uer la lec­ture

Réel et fiction à la chaîne

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny GARIN, Des tueries et un film, Sabot, 2023, 136 p., 12 €, ISBN : 978–2‑492352–13‑3

garin des tueries et un film« C’est cela la fic­tion, ce corps mou, spongieux et rose pâle de porc aux pieds noirs. C’est cela la fic­tion, le polar, des fleurs jetées au corps du porc, des fleurs jetées autour et déjà fanées, flétries. On imag­ine n’importe quoi. »

L’opus Des tueries et un film, de Fan­ny Garin, sous-titré « poème dra­ma­tique et doc­u­men­taire », explose les digues de la représen­ta­tion, aggrave la ten­sion entre fic­tion et réel. Oscil­lant entre scé­nario de film, pièce de théâtre, poème, notes, ce livre est, lit­térale­ment, inclass­able. Nulle autre voix que celle de Fan­ny Garin n’aurait pu livr­er cette espèce de « polar sanglant agro-indus­triel ». Nulle autre mai­son d’édition que Le sabot, dont l’objectif est d’ « inter­venir sur le monde et le dire sans pas­siv­ité », n’aurait pu l’accueillir. Con­tin­uer la lec­ture

Voie de la parole et pensée indienne

Un coup de cœur du Car­net

San­drine WILLEMS, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde, Seuil, 2023, 200 p., 19,50 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782021493276

willems la parole comme voie spirituelle dialogue avec l'indeDans son dernier essai, l’écrivaine, philosophe, psy­ch­an­a­lyste et réal­isatrice San­drine Willems nous invite à un décen­trement, nous pro­pose un voy­age men­tal, esthé­tique et con­ceptuel loin de l’anthropocentrisme qui a façon­né l’Occident. S’ils se voient remis en ques­tion de nos jours, de l’intérieur de nos sociétés, l’anthropocentrisme de l’Occident et son pri­mat de l’humain ont eu une inci­dence sur notre per­cep­tion de la parole réduite à la sphère humaine, con­fisquée par cette dernière. L’ouverture de l’esprit aux dimen­sions qui échap­pent à la rai­son se fait sœur d’une expéri­ence de la spir­i­tu­al­ité qui, afin de ne rester murée dans l’indicible, doit se met­tre en quête d’un lan­gage, plus exacte­ment d’une parole qui puisse en ren­dre compte. Éblouis­sant essai sur les divers­es visions de la parole, sur sa nature, son orig­ine, son statut, ses effets, réflex­ions sur les puis­sances, les ressources, les mys­tères qu’elle détient, La parole comme voie spir­ituelle. Dia­logue avec l’Inde nous con­vie à une ren­con­tre avec l’Inde anci­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Jolies rencontres en sauvagerie urbaine

Jean-Michel LECLERCQ (Texte)et MArie MAHLER (Illus­tra­tion), J’habite ici aus­si, CFC, 2022, 46 p., 15 €, ISBN : 978–2875720795

leclercq mahler j habite ici aussiDepuis quelque temps, on décou­vre des pho­tos et des anec­dotes de ren­con­tres d’animaux et d’humains en pleine ville. Le monde sauvage et le monde urbain coex­is­teraient-ils ? Telle mai­son com­mu­nale filme les rapaces instal­lés sur son toit, telle autre cherche des solu­tions pour éloign­er les renards des poubelles. Nos villes bruis­sent et ser­vent de cachettes à cet autre monde. MArie MAl­her et Jean-Michel Lecler­cq ont com­pris. « Ils habitent ici aus­si ». C’est ce que nous racon­te leur livre. Album témoignage. Con­tin­uer la lec­ture

Bestiaire du vivant

Véronique JANZYK, Sachant qu’aucun ani­mal ne nous appar­tient, Onlit, 2022, 128 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87560–167‑4

janzyk sachant qu'aucun animal ne nous appartientTrou­ver une chi­enne en rue qui vous fait rep­longer en enfance et s’aventurer alors avec cette Douce. Enten­dre le cri, con­stater le sac de ter­reau éven­tré, décou­vrir « l’animal ». Saisir le ren­dez-vous quo­ti­di­en de l’homme et de l’oie, sur un banc, en bord de lac. S’attarder sur les beaux yeux d’une poule, ten­ter d’aider un coq, décou­vrir l’œuf du jour. Réc­on­cili­er une fil­lette avec l’apprentissage de la lec­ture grâce à des éléphantes, ouvrir la porte à des chats errants, cohab­iter sur la même branche pour cap­tur­er l’instant, défendre la cause des columbidés. Recueil­lir Mouchette, la mou­ette. Croire inten­sé­ment en l’espérance de vie des héris­sons et, plus tard, en bord de mer, en celle d’un goé­land. Ren­con­tr­er un fer­vent mil­i­tant pour les sans voix, touch­er des ailes le Cham­pi­on et le milieu colom­bophile, accueil­lir un per­ro­quet et devenir son insé­para­ble. S’organiser pour boy­cotter le gazage de pigeons et voir, au-delà, des oreilles d’un lapin. Dix-neuf réc­its où mon­des humains et mon­des ani­maux se ren­con­trent, se super­posent, s’entrelacent. Con­tin­uer la lec­ture

Sommes-nous bêtes ?

Pierre SCHOENTJES, Nos regards se sont croisés. La scène de la ren­con­tre avec un ani­mal, Mot et le reste, 2022, 192 p., 17 € / ePub : 10,99 €, ISBN : 9782384310029

schoentjes nos regards se sont croisésPar­mi les prix qu’elle a décernés en 2021, notre Académie royale de langue et de lit­téra­tures français­es avait dis­tin­gué un ouvrage de Pierre Schoen­t­jes, Lit­téra­ture et écolo­gie. Le mur des abeilles (Cor­ti 2020). Salu­ant le lau­réat, pro­fesseur de lit­téra­ture française à l’Université de Gand, Yves Namur présen­tait cet essai comme enten­dant répon­dre à la ques­tion suiv­ante : « Com­ment la lit­téra­ture s’empare-t-elle des ques­tions envi­ron­nemen­tales pour penser notre avenir et notre futur ? ». Il soulig­nait que l’auteur fondait sa démarche sur une relec­ture de notre pat­ri­moine lit­téraire à la lumière de cette ques­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Pensée-écriture et invention de mondes. Dialogues aviens

Vin­ciane DESPRET, Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles, dia­logue avec Frédérique Dol­phi­jn, Esper­luète, coll. « Orbe », 2021, 144 p., 12 €, ISBN : 9782359841466

dolphijn vinciane despretSep­tième titre de la très belle col­lec­tion « Orbe », Fab­ri­quer des mon­des hab­it­a­bles descend à pas de loup et de colombe dans la forge de l’écriture de la philosophe et étho­logue Vin­ciane Despret, de la mise en réc­it et en pen­sée de ques­tions à l’interface de la philoso­phie et de l’éthologie. Adop­tant le principe heuris­tique de la col­lec­tion — celui d’un piochage dans un mas­sif de mots choi­sis par Frédérique Dol­phi­jn —, le dia­logue emprunte des chemins qui res­sai­sis­sent l’articulation entre espace du livre, traduction/accueil des ani­maux et des morts, propo­si­tion de mon­des. Con­tin­uer la lec­ture

Les mots pour le pire

Gil BARTHOLEYNS, Le hante­ment du monde. Zoonoses et pathocène, Dehors, 2021, 120 p., 13 €, ISBN : 978–2‑3675–1028‑6

bartholeyns le hantement du mondeLes pho­tos qui intro­duisent le livre don­nent un ton très clair : per­cée d’une voie fer­rovi­aire en pleine forêt, engin pul­vérisant de l’astrazine sur un champ, parcs à bes­ti­aux pour abat­toir, éle­vage fer­mé de poulets et une ahuris­sante colline de crânes et d’ossements de bisons. Le hante­ment du monde est celui des mil­liards de cadavres de vies ani­males que nous lais­sons der­rière nous, tâche que nous pour­suiv­ons sans inter­mit­tence aux fonde­ments de notre vie quo­ti­di­enne. Con­tin­uer la lec­ture

Les pieds dans le plat agro-alimentaire

Noëlle MICHEL, Viande, LiLys, 2020, 252 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930848–89‑1

Le roman Viande s’est retrou­vé en finale du prix Fin­tro Écri­t­ures noires 2018. Et LiLys le pub­lie deux ans plus tard. Avec une mise en page un peu rudi­men­taire (pas de retrait) mais un texte soigneuse­ment poli.

Noëlle Michel, l’autrice, une ex-ingénieure d’origine dijon­naise, vit à Gand. Une Française pas­sion­née par le néer­landais ! Con­tin­uer la lec­ture

Partition aquatique et danse des crabes

Dominique LOREAU, Quelques pas de côté, gravures de Charley Case, Esper­luète, 2020, 54 p., 14,50 €, ISBN : 978–2‑35984–126‑8

Dans ce réc­it poé­tique, la cinéaste, pho­tographe, écrivain et poète Dominique Lore­au part de notre rap­port à l’autre, à l’animalité. Quelques pas de côté se tient sous le signe de l’eau. Des pro­tag­o­nistes non humains entrent en scène, des crabes chi­nois qui pro­lifèrent dans les eaux du Nord après que des larves ont été acci­den­telle­ment importées dans l’estuaire de l’Elbe à Ham­bourg. Dominique Lore­au explore mag­nifique­ment, sous d’autres guis­es, ce qu’elle a inter­rogé dans son film Dans le regard des bêtes. Que percevons-nous de la vie ani­male, de sa richesse ? Con­tin­uer la lec­ture

Les mondes-oiseaux

Vin­ciane DESPRET, Habiter en oiseau, Post­faces de Stéphane Durand et de Bap­tiste Mori­zot, Actes Sud, coll. « Mon­des sauvages. Pour une nou­velle alliance », 2019, 224 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978–2‑330–12673‑5

Com­ment déter­ri­to­ri­alis­er les pra­tiques sci­en­tifiques, sor­tir de l’attention exclu­sive à l’universel pour s’ouvrir aux réc­its des indi­vid­u­al­ités ani­males ? Com­ment ten­ter de penser en oiseau et non sur eux ? Dans Habiter en oiseau, Vin­ciane Despret, auteur d’une œuvre déci­sive qui déclo­ture les savoirs et sec­oue leur anthro­pocen­trisme (Quand le loup habit­era avec l’agneau, Être bête, Penser comme un rat, Au bon­heur des morts….) nous livre un voy­age éthologique au pays des oiseaux. Au nom­bre des réquisits de sa démarche : une explo­ration de modes d’attention nég­ligés par les sci­en­tifiques, un éloge de la lenteur, du « ralen­tir », un déplace­ment des ques­tions que l’on pose aux ani­maux observés. Écouter les chants du mer­le, com­pren­dre les mon­des que les oiseaux con­stru­isent, leurs rap­ports au ter­ri­toire implique de s’attacher à des « his­toires de vie d’oiseaux indi­vidu­els ». Con­tin­uer la lec­ture

Tu es né pour ne pas vivre

Gil BARTHOLEYNS, Deux kilos deux, Lat­tès, 2019, 300 p., 19.90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑7096–6335‑9

Deux kilos deux ren­ferme tous les ingré­di­ents du pre­mier roman réus­si : de l’originalité, de l’audace, du style ; des défauts aus­si, ceux dont on dira qu’ils sont « de ses qual­ités ».

Les pre­mières pages camp­ent une atmo­sphère à la Hop­per, états-uni­enne à souhait, avec ses per­son­nages estampil­lés Mol­ly, Jo, Wern­er ou Earl, clairsemés sur les ban­quettes et les tabourets du Papy’s, un de ces din­ers isolés où la serveuse vient vous revers­er du café à table toutes les demi-heures si vous n’avez pas choisi l’option milk­shake. Une mon­strueuse tem­pête de neige est annon­cée « dans le poste », il va fal­loir se pré­par­er à affron­ter les élé­ments et roder les pick-up dont le froid men­ace de grip­per le moteur sur le park­ing… Con­tin­uer la lec­ture

Liberté, démocratie et universalisme

Robert LEGROS, L’expérience de la lib­erté, Her­mann, coll. « Le bel aujourd’hui », 2019, 184 p., 24 €, ISBN : 979–1037001436

Que désigne l’expérience et qu’en est-il de l’expérience de la lib­erté ? Com­ment, à par­tir de la phénoménolo­gie, pos­er une philoso­phie poli­tique qui ouvre une cri­tique du rel­a­tivisme ? Pro­fesseur émérite de l’Université libre de Brux­elles, de l’Université de Caen, auteur de nom­breux essais (Le jeune Hegel et la nais­sance de la pen­sée roman­tique, L’avènement de la démoc­ra­tie, L’humanité éprou­vée, Lev­inas. La vie de l’esprit…), Robert Legros inter­roge la sin­gu­lar­ité de l’expérience phénoménologique (en tant qu’elle « sus­pend » l’attitude naturelle, elle n’est pas cul­turelle), ses rap­ports avec la méta­physique d’une part, avec la philoso­phie poli­tique de l’autre. Y a‑t-il iden­tité entre phénoménolo­gie (« en tant qu’ouverture à une expéri­ence uni­verselle ») et méta­physique (posi­tion de Lev­inas) ou dis­jonc­tion (Hei­deg­ger) ? Dès lors qu’il n’y a pas d’humanité de l’homme sans une appar­te­nance à un monde, doit-on en déduire que le rel­a­tivisme est de mise, indé­pass­able, ou, au con­traire, s’appuyant sur la dimen­sion uni­verselle de l’expérience phénoménologique, con­clure à des normes uni­verselles ? Con­tin­uer la lec­ture

Humaniser l’animal pour réhumaniser l’homme ?

Tous Din­go ? Une poli­tique de l’animal nat­u­ral­iste, Neuf études réu­nies et présen­tées par Paul ARON et Clara SADOUN-ÉDOUARD, Édi­tions Sam­sa / CIEL – ULB – ULg / Société Octave Mir­beau, 2018, 160 p., 19 €, ISBN :  978–2‑87593–179‑5

aron sadoun edouard tous dingoDepuis le milieu des années 1990, l’antispécisme s’est imposé comme un courant de pen­sée impor­tant en Occi­dent. Cette vision du monde con­siste à refuser l’idée qu’une soi-dis­ant « espèce humaine » puisse se revendi­quer dif­férente, notam­ment sur le plan moral, d’une soi-dis­ant « espèce ani­male », et se pré­ten­dre supérieure au point de s’arroger le droit d’exploiter la sec­onde. Les anti­spé­cistes assim­i­lent l’humain à un « ani­mal comme les autres », rejet­tent la dis­tinc­tion nature-cul­ture, et se con­for­ment à un mode de vie en adéqua­tion avec leur éthique – dont l’indice le plus évi­dent est l’adoption d’un strict régime végane – par respect envers ces frères inférieurs, util­isés comme matéri­au d’expérimentation en lab­o­ra­toire, indû­ment instru­men­tal­isés au gré de nos humeurs, vic­times enfin d’un mas­sacre organ­isé à dimen­sion indus­trielle avant con­di­tion­nement et con­som­ma­tion. Con­tin­uer la lec­ture