Archives par étiquette : Renaud Denuit

Le Top 2023 de Daniel Laroche

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2023 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Daniel Laroche.  Con­tin­uer la lec­ture

Le poète au secours du philosophe

Renaud DENUIT, Ce qui est demeure du temps, pré­face d’Yves Namur, Sam­sa, 2023, 158 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–442‑0

denuit ce qui est demeure du tempsD’or­di­naire, nous con­cevons le temps comme une cir­con­stance exis­ten­tielle : notre esprit l’ex­téri­orise comme phénomène observ­able, “habi­ta­tion de l’être” ; il le déi­fie (Chronos, l’É­ter­nité), le tronçonne (passé/présent/futur), le mesure, le gère. Or, physi­ciens et philosophes mon­trent que, dès l’o­rig­ine, le fac­teur temps pré­side à la con­sti­tu­tion même de la matière, de la vie, du psy­chisme humain. Ce à quoi nous avons affaire intu­itive­ment, c’est en fait au sen­ti­ment de la durée, de l’ir­réversible, à la fatal­ité de la perte, sou­vent fig­urée par une eau courante sur la berge de laque­lle songe le poète. Doc­teur en philoso­phie, Renaud Denu­it a étudié des auteurs tels que Hei­deg­ger ou Der­ri­da, qui par spécu­la­tion rationnelle ont ten­té de définir le con­cept de temps et de l’ar­tic­uler au plus juste avec divers con­cepts voisins : l’Être, le lan­gage, le devenir, etc.  Il lui est apparu toute­fois que, pour men­er à bien une telle entre­prise, la poésie peut se mon­tr­er supérieure à la philoso­phie : libre de toute con­trainte explica­tive, ne craig­nant ni le dis­con­tinu ni les con­tra­dic­tions, asso­ciant le con­cret à l’ab­strait et le par­ti­c­uli­er au général, elle peut à la fois dire l’im­pens­able et… le tourn­er en déri­sion. Tel est le défi exci­tant que tente de relever Ce qui est demeure du temps, recueil paru fin 1985, aujour­d’hui oppor­tuné­ment réédité avec des extraits de presse de l’époque. Con­tin­uer la lec­ture

Les Hussards noirs (jaunes, rouges) du Royaume

Désiré-Joseph d’ORBAIX, Le don du Maître, Pré­face de Renaud Denu­it, Sam­sa, 2019, 222 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87593–264‑8

S’il y a en France une tra­di­tion lit­téraire pour évo­quer les « Hus­sards noirs » – expres­sion forgée par Charles Péguy dans L’argent et dans son reten­tis­sant pam­phlet De Jean Coste –, on en retrou­ve égale­ment une dans les let­tres belges, même si l’approche des insti­tu­teurs y est a pri­ori moins polémique et poli­tique. Pen­sons par exem­ple à l’étonnant Crânes ton­dus (1930) de Con­stant Bur­ni­aux, galerie de can­cres, de naïfs, de mali­cieux, de rêveurs du dernier rang, cro­qués par le regard à la fois nar­quois et bien­veil­lant d’un nar­ra­teur qui n’est autre que leur Maître. Con­tin­uer la lec­ture

Marcuse et Mai 68

Renaud DENUIT, Her­bert Mar­cuse. Révo­lu­tion et philoso­phie. Repenser Mai 68, Édi­tions du CEP, 2018, 264 p., 18 €, ISBN : 978–2‑3900–7043‑6

denuit_herbert marcusePhilosophe, écrivain, poète, essay­iste, Renaud Denu­it s’empare con­ceptuelle­ment de Mai 68 en se ten­ant au plus loin des effluves de la com­mé­mora­tion. La fièvre com­mé­mora­tive qui frappe nos sociétés a pour effet de blo­quer l’Histoire, de l’embaumer : célébr­er le cinquan­te­naire de Mai 68, le bicen­te­naire de la Révo­lu­tion française, les vers­er dans la con­sécra­tion offi­cielle garan­tit qu’un nou­veau Mai 68, qu’une révo­lu­tion n’auront pas lieu. Renaud Denu­it redy­namise l’événement Mai 68 en analysant l’œuvre de l’un de ses inspi­ra­teurs, Her­bert Mar­cuse. Com­ment la pen­sée de l’auteur d’Éros et civil­i­sa­tion, de L’Homme uni­di­men­sion­nel a‑t-elle per­colé dans l’esprit de Mai, en France notam­ment ? Com­ment ce qu’on a nom­mé de façon par trop réduc­trice le freu­do-marx­isme de Mar­cuse a‑t-il ren­con­tré les com­bats de Mai 68 pour l’émancipation, con­tre les formes d’autorité, pour d’autres manières de vivre, de penser ? Com­ment ses refon­da­tions du freud­isme (retrou­ver l’énergie d’Éros réprimée par la logique de la dom­i­na­tion), de Hegel (penser l’Histoire comme Vie), de Marx (réin­tro­duire la place du sujet dans le procès de l’Histoire) ont-elles nour­ri la con­tes­ta­tion étu­di­ante, le mou­ve­ment des ouvri­ers, le grand vent de lib­erté porté par la vague du « jouir sans entrav­es », du « soyez réal­istes deman­dez l’impossible » ? Con­tin­uer la lec­ture