Naji HABRA, Chadi est perdu, M.E.O., 2025, 232 p., 22 €, ISBN : 9782807005341
« La bande qui déambule autour de la piscine par groupes de deux ou trois ne ressemble pas à des touristes ordinaires. Des sexagénaires mâles promenant quelques bedons, quelques calvities, quelques whiskies et quelques gros cigares, parlant en même temps et avec véhémence. » Dans l’hôtel Vesuvio-Grande, ces hommes ne passent pas inaperçus : ils s’expriment en plusieurs langues dans une cacophonie bruyante, et l’objet de leur voyage (vacances ? séminaire professionnel ? assemblée de parrains de la mafia ?) ne transparait pas clairement de leurs tenues soignées aux styles différents. Salvatore, le vieux barman toujours aux aguets, trouve qu’« [o]n dirait même une réunion de louveteaux déguisés en adultes pour une soirée de fin de camp ». Et si son flair ne l’avait pas trahi… Continuer la lecture
De ce nouveau roman d’Antoine Wauters, écrit sous la forme tantôt douce, tantôt dure de vers libres, on souhaiterait ne rien dévoiler de trop, tant il faut se laisser emporter par l’élan des mots, le flux des phrases courtes, la répétition de certaines d’entre elles, la plongée lente que procure un texte bouleversant, qui trouve son origine dans la tragédie vécue par le peuple syrien depuis des décennies.
Ibrahim a 18 ans. À l’âge où la plupart préparent leur avenir, lui ne fait pas de projet. Il ne croit plus en rien depuis qu’il est allé Là-bas. Là-bas, cet endroit dont il ne faut pas parler, où il est parti sans prévenir et d’où, par chance, sa mère l’a ramené. Là-bas, c’est la Syrie. S’il en est revenu, son esprit est marqué par l’horreur et son quotidien par les règles qui encadrent son retour à Bruxelles.