Des insurgés, des rebelles, des “fantastiqueurs”

Jean-Bap­tiste BARONIAN, La Lit­téra­ture fan­tas­tique belge. Une affaire d’insurgés, Académie Royale de Bel­gique, coll. « L’Académie en poche », 70 p.

baronianQui d’autre que Jean-Bap­tiste Baron­ian pou­vait relever le défi d’explorer en moins de soix­ante pages un domaine entier de nos Let­tres, celui du fan­tas­tique ? Si le tour d’horizon est exhaus­tif, il ne vise bien enten­du qu’à la syn­thèse. L’on trou­vera peu de détails biographiques ou d’études fouil­lées au sujet des nom­breux auteurs cités dans cette pla­que­tte. Par con­tre, quelle mise en appétit lit­téraire, dès qu’un éru­dit de cette enver­gure, au lieu de cul­tiv­er jalouse­ment le plaisir de ses con­nais­sances, ouvre ain­si les portes de sa bib­lio­thèque intime !

Après une mise en con­di­tion qui con­siste à exercer l’art de définir (Baron­ian nuançant les dif­férences entre SF, mer­veilleux féérique, réal­isme mag­ique, etc.) puis la pose d’indispensables balis­es socio-his­toriques, le défilé peut com­mencer, avec des noms peu atten­dus a pri­ori. Voici con­vo­qués en trio de tête le promeneur de Bruges Roden­bach, le chantre de la Flan­dre éter­nelle Ver­haeren et le Nobel Maeter­linck. Ces géants-là monop­o­lisent les places d’un podi­um où l’on voy­ait plutôt d’emblée se juch­er Jean Ray, Thomas Owen et Franz Hel­lens… C’est que – par bon­heur – il n’existe pas de genre lit­téraire pur, et Baron­ian fait œuvre utile en rap­pelant qu’en Bel­gique les ger­mes du fan­tas­tique pointaient déjà dans le ter­reau des ser­res chaudes du sym­bol­isme.

Le pro­pos cir­cule de manière dis­cur­sive, au fil d’une mémoire et surtout d’une sen­si­bil­ité. À cela tient sa justesse : nous n’entendons pas la voix docte d’un man­darin ânon­nant ses vérités majeures, mais bien celle d’un amoureux des livres dou­blé d’un ami des écrivains. Ain­si, nul ne pour­ra lui faire grief de ten­dre en appâts, sans les appro­fondir, des références aus­si rares que Le Cap­i­taine Vais­seau fan­tôme de Van Offel ou L’Allumeur de rêves de Robert Gui­ette. Ni l’accuser de « name drop­ping » après avoir lu les pages vibrantes d’émotion qu’il con­sacre à Gérard Prévot, sa réha­bil­i­ta­tion de Jean Ray – que, selon lui, seuls méprisent les cuistres – ou encore ses plongées dans des textes plus con­tem­po­rains signés Michel Rozen­berg ou Christo­pher Gérard.

Con­clu­sion ? « Le fan­tas­tique belge est par excel­lence un fan­tas­tique de réac­tion, de rébel­lion. Il s’insurge avec force con­tre le con­formisme, il ouvre des brèch­es, cause des dis­tor­sions, laisse entrevoir des zones incon­nues. » Dix­it le Grand Marabout, depuis 1972.

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