Plusieurs cordes à leur arc (bis) : six écrivains belges cinéastes

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Entre adap­ta­tions, nov­el­li­sa­tions, romans par­lant de ciné­ma… les liens entre la lit­téra­ture (belge) et le 7e art se décli­nent de mul­ti­ples façons. Cer­tains écrivains se lan­cent eux-mêmes dans le ciné­ma. D’au­cuns sous l’an­gle qui sem­ble la plus proche de la lit­téra­ture : l’écri­t­ure scé­nar­is­tique. D’autres s’aven­turent toute­fois jusqu’à la réal­i­sa­tion. Ces derniers nous intéresseront plus par­ti­c­ulière­ment ici.

Voici une sélec­tion de six écrivains belges qui sont aus­si réal­isa­teurs de films.

1 — Philippe Blasband

Philippe Blas­band

Né en 1964 à Téhéran, Philippe Blas­band pub­lie son pre­mier roman chez Gal­li­mard en 1990 et obtient un suc­cès immé­di­at : De cen­dres et de fumées lui vaut le prix Rossel. Il reste un romanci­er rel­a­tive­ment rare, n’ayant pub­lié à ce jour “qu’ ”un recueil de nou­velles et six romans, dont le dernier, Iri­na Poignet (Cas­tor astral), remonte à 2008 déjà. On lui doit égale­ment plusieurs pièces de théâtre.


Voir aus­si : le site inter­net de Philippe Blas­band


Côté ciné­ma, il s’ex­erce tout d’abord au scé­nario pour des films que d’autres réalisent. Il tra­vaille en par­ti­c­uli­er avec Frédéric Fonteyne (Une liai­son pornographique, l’adap­ta­tion de La femme de Gilles de Madeleine Bour­doux­he, ou encore Tan­go libre) et Sam Gar­bars­ki (Le tan­go des Rashevs­ki, Iri­na Palm dont Blas­band tir­era ensuite le roman Iri­na Poignet, Vijay and I…).

Il a égale­ment réal­isé plusieurs films, dont il est aus­si scé­nar­iste. Son pre­mier long-métrage, Un hon­nête com­merçant, date de 2002.

L’ex­trait. Mater­nelle, dernier film réal­isé par Philippe Blas­band, est sor­ti dans les salles en 2009. Il explore la rela­tion entre une fille et sa mère absente.

2 — Stefan Liberski

Ste­fan Liber­s­ki

Romanci­er, scé­nar­iste de bande dess­inée, homme de radio et de télévi­sion, Ste­fan Liber­s­ki écrit en solo ou en com­plic­ité avec Frédéric Jan­nin (et précédem­ment avec les Snuls dont il était mem­bre).

Son oeu­vre romanesque est frap­pée du sceau de l’hu­mour et de la déri­sion (G.S. écrivain tout sim­ple­ment, Albin Michel, 1995 ; Les béat­i­tudes de Ravi Pan­gloss, Que, 2004). Son dernier roman en date, La cité des femmes (Albin Michel, 2018) prend toute­fois une tour­nure plus grave, hom­mage mélan­col­ique au ciné­ma de Felli­ni et à la ville de Rome.

Côté ciné­ma, il a réal­isé deux films sur un scé­nario orig­i­nal qu’il a lui-même écrit (Bunker par­adise, 2005) ou non (Baby Bal­loon, 2013). Il s’est ensuite essayé à l’adap­ta­tion, en 2014, avec Tokyo Fiancée, d’après le roman Ni d’Eve ni d’Adam d’Amélie Nothomb.


Lire aus­si : Ste­fan Liber­s­ki, écrivain pas sim­ple­ment (C.I. 185, 2015)


L’ex­trait. Bunker par­adise, le pre­mier film de Ste­fan Liber­s­ki, racon­te l’his­toire de Mim­mo, un jeune homme fauché qui croise la route d’un autre jeune homme, mil­liar­daire quant à lui (inter­prété par Jean-Paul Rou­ve). Ce dernier entraine Mim­mo dans ses fêtes déca­dentes et alcoolisées réservées à la jeunesse dorée. Un monde qui ne laisse à Mim­mo qu’une place de mar­i­on­nette.

3 — Nadine Monfils

Roman­cière pro­lifique, offi­ciant dans le polar trash, l’éro­tique et… la lit­téra­ture pour la jeunesse, Nadine Mon­fils a créé plusieurs per­son­nages récur­rents hauts en couleurs : le com­mis­saire Léon, Mémé Corne­muse et Elvis Cadil­lac sont de ceux-là.

Elle s’est exer­cée à la réal­i­sa­tion pour un seul long métrage : Madame Edouard, adap­ta­tion de son roman du même nom, met­tant en scène le fameux com­mis­saire Léon.

L’ex­trait. Sor­ti en salle en 2004, Madame Edouard aligne un cast­ing digne des plus pop­u­laires comédies français­es (Michel Blanc, Didi­er Bour­don, Josiane Bal­asko, Dominique Lavanant, Annie Cordy…) pour une intrigue solide­ment implan­tée à Brux­elles.

4 — Éric-Emmanuel Schmitt

Éric-Emmanuel Schmitt

Auteur à suc­cès, Éric-Emmanuel Schmitt touche à tous les gen­res lit­téraires : roman, théâtre, essai, nou­velle, bande dess­inée (en tant que scé­nar­iste). L’écrivain est égale­ment mem­bre de l’A­cadémie Goncourt et de l’A­cadémie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique.

Sa pièce Le lib­ertin a été adap­tée au ciné­ma par Gabriel Aghion en 2000, un film pour lequel Schmitt a offi­cié en tant que scé­nar­iste. Il scé­narise égale­ment l’adap­ta­tion de son livre Mon­sieur Ibrahim et les fleurs du Coran, réal­isée par François Dupey­ron en 2003. Par la suite, il passe à la réal­i­sa­tion, tou­jours en adap­tant ses pro­pres oeu­vres. Deux films sont sor­tis à ce jour : Odette Toule­monde (2006) et Oscar et la dame rose (2009).

L’ex­trait. Avec Cather­ine Frot dans le rôle-titre, Odette Toule­monde se déroule à Charleroi et se veut une ode à la lec­ture et… à Joséphine Bak­er, seuls plaisirs que s’au­torise Odette dans un quo­ti­di­en terne.

5 — Jean Marc Turine

Jean Marc Turine

Récent lau­réat du prix des cinq con­ti­nents de la Fran­coph­o­nie pour son roman La Théo des fleuves (Esper­luète), Jean Marc Turine est l’au­teur de livres engagés, qui don­nent la parole aux minorités et déshérités du monde. Sa bib­li­ogra­phie se partage entre doc­u­men­taire et fic­tion. Il col­la­bore régulière­ment avec les édi­tions Esper­luète, où ont paru Foudrol (2005), Liên de Mê Linh (2014) et, donc, La Théo des fleuves.

Au ciné­ma, Jean Marc Turine a co-scé­nar­isé Les enfants avec Jean Mas­co­lo et Mar­guerite Duras, qui en est égale­ment la réal­isatrice (1985). Il est par ailleurs le scé­nar­iste de tous les films qu’il a réal­isés lui-même.


Lire aus­si : Jean Marc Turine, écrire, dit-il (C.I. n° 199)


L’ex­trait. En 2014, Jean Marc Turine signe deux Liên de Mê Linh : un livre chez Esper­luète et un film doc­u­men­taire. Tous deux font suite à un doc­u­men­taire radio­phonique du même nom daté de 2012. Jean Marc Turine se penche sur l’his­toire saccagée d’une jeune Viet­nami­enne, con­t­a­m­inée par l’A­gent Orange, “cadeau” lais­sé par les bom­barde­ments améri­cains.

6 — Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Toussaint

Jean-Philippe Tou­s­saint

Jean-Philippe Tou­s­saint est l’au­teur d’une oeu­vre romanesque exigeante, entamée en 1985 avec La salle de bain. Ses livres lui ont valu de pres­tigieuses récom­pens­es, dont le Rossel 1997 (La télévi­sion), le prix Médi­cis 2005 (Fuir) et le prix tri­en­nal du roman de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles 2013 (La vérité sur Marie).

Plusieurs de ses romans ont fait l’ob­jet d’une adap­ta­tion au ciné­ma. Pour la pre­mière, La salle de bain, Jean-Philippe Tou­s­saint a oeu­vré comme scé­nar­iste, lais­sant la réal­i­sa­tion à John Lvoff. Il se lance ensuite lui-même dans la réal­i­sa­tion. Ses deux pre­miers films sont adap­tés de ses romans (Mon­sieur, 1990, puis La Sévil­lane adap­té de L’ap­pareil-pho­to en 1992). Il tra­vaille ensuite aus­si à par­tir de scé­nar­ios orig­in­aux, écrits par lui-même.

L’ex­trait. Jean-Philippe Tou­s­saint a réal­isé La pati­noire en 1998. Il est récem­ment revenu sur ce film dans un livre éponyme paru aux Impres­sions nou­velles, mélange de doc­u­men­taire sur le tour­nage, de scé­nario et de nov­el­li­sa­tion.