Une voix qu’on entend de loin et si près

Lau­rent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Mal­in­coni, Textyles n°55, Sam­sa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

C’est la voix de Nicole Mal­in­coni, tra­ver­sée de toutes les voix du monde.

Il fal­lait bien tout un vol­ume de la revue Textyles, dirigé par Lau­rent Demoulin et Pierre Piret, pour con­sid­ér­er l’ampleur et la diver­sité d’une œuvre sin­gulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les arti­cles por­tent un éclairage nou­veau et un regard dif­férent quel que soit l’aspect envis­agé. Ils recou­vrent la presque total­ité des textes pub­liés jusqu’alors. D’Hôpi­tal silence à l’Abécé­daire des mots détournés, ils rela­tent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre.

Le som­maire s’articule autour de trois aspects majeurs : le réel humain, le réel des mots et le réel cri­tique. Le pre­mier est certes le plus large­ment abor­dé, sans pour autant la lim­iter, il s’agit de la portée doc­u­men­taire d’une grande par­tie de l’œuvre. Mais les con­tri­bu­tions s’attachent pour le plus grand nom­bre au lan­gage, que les auteurs enten­dent par écri­t­ure (Jean-Benoît Gabriel, Ginette Michaux), manip­u­la­tion de la norme lin­guis­tique (Daniel Laroche) recherche des mots justes ou cod­i­fiés (Carme­lo Virone, Michel Zumkir, Jacques Dewitte), posi­tions d’énonciation (Susan Bain­brigge, Mar­tine Renouprez, Pierre Piret), con­di­tion même de l’écriture (Lau­rent Demoulin) ou poé­tique (Judy­ta Zbier­s­ka-Mosci­c­ka)…

Réal­ité et lan­gage sont incon­testable­ment liés, mais ces études met­tent en lumière la manière dont Mal­in­coni en use ou les représente. Ce qui nous per­met d’insister sur le troisième aspect du réel, le réel cri­tique. En l’occurrence, les mots ne sont jamais inno­cents. Même si par­fois ils advi­en­nent sim­ple­ment selon l’auteure, ils pointent une réal­ité trou­blante qui inter­pelle tout lecteur. C’est ain­si que l’illustration de cou­ver­ture, choisie par Mal­in­coni en prélude à sa chaire de poé­tique à Lou­vain-la-Neuve et pour le présent recueil, Le plongeur de Paes­tum, face interne du cou­ver­cle d’une tombe antique, est une métaphore de l’écriture, soit un élan à la fois risqué et déter­miné.

Jacques Dubois, quant à lui, prend du recul et opte pour la créa­tion par l’auteure d’un nou­veau genre lit­téraire, le « genre vignette », désig­na­tion qui con­cerne prob­a­ble­ment la plu­part des textes, qu’ils soient brefs, longs ou plus struc­turés.

La revue se com­plète par une judi­cieuse reprise de l’entretien de Nicole Mal­in­coni avec Michel Zumkir à l’époque de la rédac­tion de l’ouvrage Nicole Mal­in­coni. L’écriture au risque de la perte. Enfin, ce Textyles s’enrichit d’un inédit offert par l’auteure, Le Mon­u­ment, écrit après la destruc­tion du Haut-fourneau 6 à Seraing. Un sym­bole, mais surtout un exem­ple cri­ant de l’écriture mal­in­coni­enne.

Jean­nine Paque