L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique a remis ses prix littéraires ce samedi 8 mars. Continuer la lecture
Archives par étiquette : Pierre Piret
Théâtre 1918–1940 : une synthèse magistrale
Un coup de cœur du Carnet
Pierre PIRET, Le chant du signe. Dramaturgies expérimentales de l’entre-deux-guerres, Circé, coll. “Penser le théâtre”, 2024, 210 p., 24 €, ISBN : 978–2‑84242–510‑4
Nonobstant le fait qu’ils ont produit leur œuvre pour l’essentiel dans l’entre-deux guerres, que peuvent avoir en commun des dramaturges aussi différents que Fernand Crommelynck, Paul Claudel, Michel De Ghelderode, Jean Cocteau, Roger Vitrac, Henry Soumagne, Guillaume Apollinaire ? Si l’on se réfère aux études existantes, seules quelques analogies très partielles sinon superficielles ont été mises en lumière. Or, malgré sa brièveté, cette période fut marquée dans les domaines tant musical que plasticien et littéraire par une forte volonté des créateurs de mettre en question les codes établis – notamment ceux du théâtre de boulevard – et d’innover sans craindre de provoquer. Cette volonté s’étant exprimée dans un grand désordre apparent, sans qu’on puisse la ranger dans le tiroir “avant-gardes”, c’était une gageure d’y reconnaitre une logique commune et, à fortiori, de détailler les rouages d’une telle logique. Voilà le défi que vient de relever brillamment Pierre Piret, professeur au Centre d’Études théâtrales de l’UCLouvain, en s’appuyant sur la panoplie conceptuelle de la psychanalyse lacanienne – on voit mal, tout compte fait, quelle autre grille d’analyse aurait pu convenir à la tâche. Continuer la lecture
Paul Nougé, l’efficacité dans l’ombre
Paul ARON et Pierre PIRET (sous la dir. de), Paul Nougé. La duplicité de l’esprit sincère, Textyles n°66, Ker, 2024, 144 p., 18€, ISBN : 978–2‑87586–490‑1
À la direction de ce numéro de la revue Textyles consacré à Paul Nougé, Paul Aron (ULB) et Pierre Piret (UCLouvain) en conviennent d’emblée : il est encore difficile de cerner la personnalité en regard de l’œuvre, alors que depuis plusieurs années la reconnaissance éditoriale et critique est venue combler le long processus d’effacement auquel Nougé s’était lui-même adonné, avant que Marcel Mariën, son éditeur et fils spirituel, ne vienne y remédier. Chez Nougé, rien ne semble manquer, de l’approche biographique (Olivier Smolders, 1995) à l’exégèse doctorale (Geneviève Michel, 2013), de la réédition des œuvres (Allia, 2017) à l’inscription majeure mais singulière au sein du surréalisme belge (Xavier Canonne, catalogue de l’exposition à Bozar, 2024), jusqu’à sa juste situation dans des anthologies collectives (voir le volume récemment paru en Espace Nord, Magritte commenté par ses amis). Et pourtant, énigmatique, insaisissable, redoutable, d’une force intellectuelle peu commune, prêt à user de « la duplicité de l’esprit sincère », selon ses propres mots, Nougé veille toujours à ne pas se laisser circonscrire, et à renvoyer ses lecteurs à leurs propres interrogations. Continuer la lecture
Dans l’avant-vie de Dominique Rolin
Un coup de cœur du Carnet
Dominique ROLIN, L’infini chez soi, postface de Pierre Piret, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2023, 300 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–588‑9
« Toute invention, dis-je à mon tour non sans une certaine lâcheté retorse dont j’ai parfaitement conscience, toute invention est sanctifiée, rectifiée, justifiée vaille que vaille par le feu d’une réalité folle. » Insérée dans l’audacieuse architecture romanesque de L’infini chez soi – paru en 1980 chez Denoël et très heureusement à nouveau accessible aujourd’hui dans la collection Espace Nord, avec une postface appuyée de Pierre Piret – cette énonciation péremptoire de Dominique Rolin s’applique on ne peut plus exactement, pourtant, à l’étonnant échafaudage temporel dessiné et mis en place par l’écrivaine. Quoique pouvant se lire de manière tout à fait autonome, ce roman à l’ingénieuse inventivité formelle constitue le premier volet d’une trilogie partiellement autobiographique, poursuivie en 1982 par Le gâteau des morts et en 1984 par La voyageuse – qui se clôture sur la mort de la narratrice, annoncée pour l’année 2000. (Fiction encore, car Dominique Rolin s’est éteinte bien plus tard, en 2012, son dernier livre ayant paru en 2003). Continuer la lecture
Une voix qu’on entend de loin et si près
Laurent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Malinconi, Textyles n°55, Samsa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7
C’est la voix de Nicole Malinconi, traversée de toutes les voix du monde.
Il fallait bien tout un volume de la revue Textyles, dirigé par Laurent Demoulin et Pierre Piret, pour considérer l’ampleur et la diversité d’une œuvre singulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les articles portent un éclairage nouveau et un regard différent quel que soit l’aspect envisagé. Ils recouvrent la presque totalité des textes publiés jusqu’alors. D’Hôpital silence à l’Abécédaire des mots détournés, ils relatent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Continuer la lecture
Jean-Marie Piemme. Le théâtre comme révélateur du monde
Jean-Marie PIEMME, Bruxelles, printemps noir suivi de Scandaleuses et 1953, Postface de Pierre Piret, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 288 p., 9 €, ISBN : 978–2875681492

Comment le théâtre est-il à même de questionner l’Histoire, ses crises, ses tragédies ? Comment dresser un dispositif scénique qui la prend au piège de ses propres folies ? Dramaturge majeur de la scène théâtrale actuelle, Jean-Marie Piemme construit « un théâtre de situations » (Sartre) comme l’analyse Pierre Piret dans sa très riche postface. Créée par Philippe Sireuil, la pièce Bruxelles, printemps noir évoque les attentats qui frappèrent Bruxelles le 22 mars 2016. Pour le pire, le réel a reproduit l’imaginaire : alors qu’il avait rédigé une fiction sur le thème des attentats, ces derniers frappent la capitale, la plongeant dans un printemps noir. Jean-Marie Piemme se livrera à un travail de réécriture, produisant un texte théâtral mobile, laissé ouvert au sens où la mise en scène, le jeu des acteurs interviennent dans l’articulation des dix-huit tableaux qui la composent. Interrogeant l’irruption des forces de mort dans le tissu de la vie, la construction de la tragédie adopte un point de vue kaléidoscopique : elle combine les voix des victimes, des morts, leurs dernières paroles soufflées par les bombes, les voix des blessés, les discours entre cynisme et veine ubuesque des politiciens, des ministres, l’intervention des Parques, l’interview d’un djihadiste, la voix de la faucheuse, de la camarde,celles de l’auteur, des acteurs jouant la pièce.
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