Archives par étiquette : Martine Renouprez

Des images, des mots, et vice-versa

Yves NAMUR (sous la direc­tion de), Lit­téra­ture et Pho­togra­phie. Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, 2025, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8032–0088‑7

collectif litterature et photographieImman­quable dès le pre­mier abord : la diver­sité même de cet ouvrage où dix auteurs/autrices s’intéressent aux rela­tions entretenues avec la pho­togra­phie par une série d’autres l’ayant, depuis le début des années 1980, pra­tiquée, ou observée, ou com­men­tée, ou mise en retrait. Ce petit livre réu­nit les inter­ven­tions pronon­cées en novem­bre 2024, lors d’un col­loque organ­isé à Brux­elles par l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française. Dix inter­ven­tions : celles de Jan Baetens, Danielle Bajomée, Muriel Claude, Luc Del­lisse, Hélène Gian­nec­chi­ni, Philippe Lekeuche, Yves Namur et Mar­tine Renouprez. Autant dire qu’il en ressort des approches sig­ni­fica­tive­ment dif­férentes sur la thé­ma­tique abor­dée, témoignant de l’impact incroy­able­ment fécond qu’a procuré l’image pho­tographique depuis son inven­tion par Niépce, vers 1825, et ce qu’il en advint par la suite. Impos­si­ble ici de ren­dre compte en détail des apports par­ti­c­uliers de ces dix chapitres en noir et blanc. Mais à tra­vers ces pages vien­nent s’inscrire des élé­ments qui, dans leur dis­par­ité, sem­blent autant de pointeaux mar­quants au sein du ter­ri­toire délim­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Une voix qu’on entend de loin et si près

Lau­rent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Mal­in­coni, Textyles n°55, Sam­sa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

C’est la voix de Nicole Mal­in­coni, tra­ver­sée de toutes les voix du monde.

Il fal­lait bien tout un vol­ume de la revue Textyles, dirigé par Lau­rent Demoulin et Pierre Piret, pour con­sid­ér­er l’ampleur et la diver­sité d’une œuvre sin­gulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les arti­cles por­tent un éclairage nou­veau et un regard dif­férent quel que soit l’aspect envis­agé. Ils recou­vrent la presque total­ité des textes pub­liés jusqu’alors. D’Hôpi­tal silence à l’Abécé­daire des mots détournés, ils rela­tent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Con­tin­uer la lec­ture

Claire Lejeune, « voix pourpre » et « contrebandière de la pensée »

Claire LEJEUNE, Pour trou­ver la clé, il fal­lut per­dre la mémoire des ser­rures, textes inédits choi­sis par Anne André, Danielle Bajomée et Mar­tine Renouprez, Arbre de Diane, coll. « Les Deux Sœurs », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–10‑5

La prose poé­tique, les essais de Claire Leje­une (1926–2008) sont placés sous le signe de la ful­gu­rance, d’une poé­tique rad­i­cale­ment nova­trice qui entend décloi­son­ner les savoirs, les expéri­ences afin de tra­vers­er les chapes du pou­voir, de la dom­i­na­tion et de recon­tac­ter les promess­es à venir des orig­ines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Le dernier tes­ta­ment, Elle sig­nent l’avènement d’une parole qui noue indis­sol­uble­ment nais­sance à soi hors des rets du patri­ar­cat, expéri­ence mys­tique d’un verbe poli­tique et poé­tique, sub­ver­sion des piliers d’une civil­i­sa­tion qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix mon­tent à l’existence, gag­nent un proces­sus de sub­jec­ti­va­tion que Claire Leje­une place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la rai­son et aux ter­res du sym­bole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle. Con­tin­uer la lec­ture