Deux poignées de poèmes

Pierre CORAN & Carl NORAC, Une sec­onde, papil­lon !, Rue du monde, coll. « Une poignée de poèmes », 2022, 36 p., 9,50 €, ISBN : 9782355046896
Françoise LISON-LEROY, Poèmes cueil­lis dans la forêt de vos yeux, Rue du monde, coll. « Une poignée de poèmes », 2022, 36 p., 9,50 €, ISBN : 9782355046902

coran et norac une seconde papillonDeux petits livres de poésie pour la jeunesse vien­nent de paraitre aux édi­tions Rue du monde. Le pre­mier, Une sec­onde, papil­lon !, est écrit à qua­tre mains par deux poètes de la même famille, Pierre Coran et son fils Carl Norac. C’est un événe­ment, puisqu’il s’agit pour eux d’une pre­mière expéri­ence col­lec­tive d’écriture partagée. Habités par une inspi­ra­tion com­mune, ils captent la poésie dans chaque instant de la vie véri­ta­ble et essen­tielle. Puis­sam­ment posi­tifs, les poèmes évo­quent le temps qui passe, le hasard, la réal­ité, l’enfance, le rêve. Au fil des pages, s’écrit un dia­logue unique et poé­tique entre un père et son fils, une trans­mis­sion de ce qu’il faut regarder inten­sé­ment et rêveuse­ment pour appréhen­der le vis­i­ble :

Mon père m’apprit que le mot « futur »
n’est pas une sim­ple annonce.
Pas à pas, il com­mence
avant qu’on le prononce.

Les sec­on­des s’écoulent, les rêvent s’enfuient après la nuit, tout est une ques­tion de touch­er au plus près ce qui a déjà dis­paru, de saisir la magie des moments et de les étir­er, grâce aux pou­voirs de la poésie, au-delà de leur sim­ple durée :

Est-il saugrenu,
incon­gru,
impromp­tu,
super­flu
de ten­ter,
sans relâche,
de retrou­ver
pour nous,
rien que pour nous,
où qu’il se cache,
le temps per­du ?

Tra­ver­sant des pays de légen­des, leur poésie ralen­tit les gens pressés, immo­bilise les aigu­illes des hor­loges. Illus­tré par six images très col­orées et vivaces de Cécile Gam­bi­ni, le recueil est habité par des hiboux, des oiseaux rouges et des papil­lons roulant à vélo dans un ciel de con­stel­la­tions et de voies lac­tées. Ce qui vole est sus­pendu dans les filets de leur lan­gage poé­tique. On lit ces poèmes comme des petits tal­is­mans pour accom­pa­g­n­er les enfants dans la nuit ou pour bien com­mencer la journée, « pour qu’elle chante encore ». Cette forme à qua­tre mains rap­pelle que « La poésie naît tou­jours d’un croise­ment de regards, d’un détail posé dif­férem­ment dans un paysage ou d’une pen­sée aus­si fugi­tive et con­crète que le pas de la danseuse. On nom­mera comme on veut cet instant où, à son tour, l’instant vous tra­verse » (Carl Norac, La poésie pour adultes et enfants : le grand écart?, Midis de la poésie édi­tions, 2020). L’alliage de ces deux paroles fait que rien ne s’achève, tout se pro­longe comme les trois points de sus­pen­sion que l’on trace à la fin de nos phras­es pour prof­iter plus longue­ment de la vie qui « est un château de neige ».

lison leroy poemes cueillis dans la foret de vos yeuxLe sec­ond livre, Poèmes cueil­lis dans la forêt de vos yeux est une propo­si­tion de la poétesse Françoise Lison-Leroy qui a appris à lire dans les yeux des enfants. S’en suit une quar­an­taine de courts poèmes avec comme titre le prénom d’un enfant. Tels des haïkus, les textes sont de brefs por­traits révélant une palette large d’émotions : la colère, la peur, la perte d’un être cher, le secret, le besoin de pro­tec­tion, la dis­pari­tion. Les yeux, miroirs de l’âme, dis­ent ce qui est générale­ment silen­cié. Le tal­ent de Françoise Lison-Leroy est d’écrire cet indi­ci­ble, de le traduire en courts poèmes car « cer­tains mots savent se faire pom­made ». La nature est le décor de ces mon­des ocu­laires. Y vibrent un ruis­seau, des champs, deux éclairs bleus, des abeilles, des libel­lules, des chevaux, des hérons cen­drés et des lérots. ToutEs co-habitent et invi­tent les Inès, Joël, Valère, Ellen à trou­ver leur place. Chaque écrit est une pos­si­ble ren­con­tre, un moment de joie ou de tristesse, une manière lumineuse de s’évader. Par les mots, l’espoir est de mise pour « dompter » le monde qui nous entoure et ressen­tir les cœurs des enfants qui bat­tent fort.

Léo 

Chemin faisant,
un poème escar­got
glisse sur les pages
de ton cahi­er ligné.
Et si tu le suiv­ais ?

Mélanie Godin

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