Entre foutre et foudre, l’érotisme

Collectif Littérature et érotisme

Littérature et érotisme

Auteurs et autri­ces : Lau­rence Boudart, Michel Brix, Éric Brog­ni­et, Luc Del­lisse, Estelle Der­ouen, Palo­ma Her­mi­na Hidal­go, Yves Namur et Alexan­dre Saa­nen

Mai­son d’édition : Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 176

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782803200962

Il y a bien à désir­er et à jouir dans le vol­ume Lit­téra­ture et éro­tisme, issu d’un col­loque tenu en décem­bre 2026 en notre Académie royale. Bien sûr, huit inter­ven­tions ne suf­firont guère à épuis­er un sujet à la fois ances­tral et si fécond, mais comme l’écrit d’emblée Yves Namur dans la pré­face de ces actes, « le point de vue choisi [porte sur] un champ d’investigations où l’écriture elle-même est à l’épreuve, où le style et les mots impor­tent ». « Approcher [le cor­pus de la lit­téra­ture éro­tique], remar­que en out­re Estelle Der­ouen, c’est inter­roger ce qu’il véhicule, ce qu’il incar­ne et ce qu’il sym­bol­ise, afin d’accéder à sa grande diver­sité formelle et thé­ma­tique ».

Encore faut-il les trou­ver, les mots pour le dire, cet Éros à la fois fasci­nant et red­outé, alléchant et alléché, trou­blant et ful­gu­rant. Là, le maitre terme du titre, « lit­téra­ture », prend tout son sens et son sel. Qu’il s’agisse de l’aborder sous l’angle de l’économie libid­i­nale (Alexan­dre Saa­nen), de la poé­tique (Michel Brix), de la philoso­phie (Palo­ma Her­mi­na Hidal­go), de la psy­cholo­gie (Éric Brog­ni­et), l’essentiel reste de ques­tion­ner l’obsession textuelle qui con­siste à écrire le plus insai­siss­able des objets. Il nous fait tour à tour gaud­ere puis petite­ment mourir, il nous comble et nous vide d’un même mou­ve­ment, et quand nous pen­sons le pren­dre à plaisir, c’est en fait lui qui s’empare de nous.

Éros est l’anagramme du verbe oser. Luc Del­lisse avance sans fard la ques­tion « Peut-on écrire un roman porno ? » au risque d’installer la con­fu­sion entre fan­tasme de la représen­ta­tion et pur pas­sage à l’acte. Et puis, le porno, n’est-ce pas l’apanage de la mon­stra­tion ciné­matographique plutôt que de l’écrit ? Axée sur Emmanuelle d’Arsan et Trois filles de leur mère de Louÿs puis évo­quant la ten­ta­tive d’écriture per­son­nelle d’un roman porno jamais pub­lié, sa réflex­ion débouche sur la per­cep­tion de cette « fusion impos­si­ble qui existe per­pétuelle­ment entre ce qu’on est, ce qu’on sait être, et ce qu’on obtient par l’écriture ». Le cœur de la cible est atteint.

Éric Brog­ni­et préfère quant à lui camper le mou­ve­ment de bal­anci­er « Désir ver­sus jouir » (comme si le pre­mier terme était lui aus­si un verbe du deux­ième groupe). Débor­dante d’érudition, sa com­mu­ni­ca­tion nous révèle des œuvres aus­si scan­daleuses que mécon­nues, telle Yapou bétail humain, dystopie japon­aise de 1956, L’expérience démo­ni­aque de l’ex-séminariste recon­ver­ti en sur­réal­iste mys­tique et occultiste, Ernest de Gegen­bach (1903–1979), et éclaire le rap­port entre l’œuvre de Nathalie Gas­sel et Les Olympiades de Mon­ther­lant !

Enfin, une atten­tion par­ti­c­ulière à la très fine analyse à tra­vers laque­lle Lau­rence Boudart s’attache à penser l’érotisme dans l’œuvre de Suzanne Lilar « moins comme sim­ple volup­té que comme expéri­ence spir­ituelle, poé­tique et ini­ti­a­tique ». Elle y souligne notam­ment ces phras­es de l’autrice dans Le cou­ple en 1963, où l’érotique était définie comme « le désir méta­physique  d’échapper à toute déter­mi­na­tion et de recon­stituer – ne serait-ce que par éclairs – l’Unité per­due ». Elle est retrou­vée ! Quoi ? L’éternité de l’érotisme…

Frédéric Sae­nen