
Littérature et érotisme
Auteurs et autrices : Laurence Boudart, Michel Brix, Éric Brogniet, Luc Dellisse, Estelle Derouen, Paloma Hermina Hidalgo, Yves Namur et Alexandre Saanen
Maison d’édition : Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique
Année d’édition : 2026
Nombre de pages : 176
Prix : 18 €
Livre numérique : /
EAN : 9782803200962
Il y a bien à désirer et à jouir dans le volume Littérature et érotisme, issu d’un colloque tenu en décembre 2026 en notre Académie royale. Bien sûr, huit interventions ne suffiront guère à épuiser un sujet à la fois ancestral et si fécond, mais comme l’écrit d’emblée Yves Namur dans la préface de ces actes, « le point de vue choisi [porte sur] un champ d’investigations où l’écriture elle-même est à l’épreuve, où le style et les mots importent ». « Approcher [le corpus de la littérature érotique], remarque en outre Estelle Derouen, c’est interroger ce qu’il véhicule, ce qu’il incarne et ce qu’il symbolise, afin d’accéder à sa grande diversité formelle et thématique ». Continuer la lecture





Peu connu du grand public, le Français Yves Peyré est l’auteur fécond et polygraphe de plusieurs recueils de poèmes, de neuf récits, de vingt-cinq essais consacrés principalement à la peinture, de nombreux livres coproduits avec des artistes, sans compter la direction de quatre revues et d’ouvrages collectifs. Grand connaisseur de l’œuvre d’H. Michaux, il participe en 1995 au colloque Les ailleurs d’Henri Michaux, organisé par Éric Brogniet à la Maison de la Poésie de Namur. Ainsi débute une longue complicité assise sur une quête commune, dont l’objet n’est rien de moins que l’essence profonde du poétique contemporain et sa réinvention multiforme. É. Brogniet publie dans sa revue Sources un premier article, puis le développe en quarante-trois pages sous le titre Yves Peyré, l’espace de l’instant, intégrées dans l’épais volume
La jaquette du livre et sa couverture, en distorsion, offrent une mise en abyme du projet offert aux lecteurs. Une volonté d’ouverture (fenêtre aux battants écartés), de jovialité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de second degré (un fauteuil – d’académicien – flotte dans un tourbillon de noms d’auteurs et autrices). Derrière, la solennité d’une institution prestigieuse, l’Académie royale… séduit davantage, dans sa ligne épurée. 

Violence est innée au vivant
Il fallait un poète pour rencontrer l’œuvre de Jacques Crickillon, pour donner lieu à une danse de planètes mue par la question du geste poétique. Après la très belle étude de Christophe Van Rossom, Éric Brogniet livre en poète une traversée des créations de l’Apache Crickillon, des cycles d’écriture qui, de La Défendue à L’Indien de la Gare du Nord, de Colonie de la mémoire à Ténébrées, du Tueur birman à Sphère, À Kénalon I et II, portent le verbe au bord du gouffre, sur les cimes de la sécession, loin des bonnes mœurs littéraires. Taillés dans le vif-argent d’une langue réinventant ses pouvoirs comme ses impuissances, la poésie, les nouvelles, les romans de Crickillon se tiennent sur la corde du funambule qui vit la parole comme une expérience de la dépossession, comme une initiation à la diffraction du moi et à la contrée du vide.
L’Enchanteur pourrissant qu’Apollinaire dédiait à Merlin et aux légendes arthuriennes est un livre porté par le rayonnement des Merveilles et la fragile proximité de leurs extinctions. Plus d’un siècle plus tard, dans la complexité du Cybermonde, des flux d’informations, de pixels et de fantasmes sous formes d’anamorphoses, des dystopies où les hommes se noient dans l’immatérialité des corps et des émotions pensant se démultiplier et se régénérer dans les « machines molles » (W. Burroughs), Éric Brogniet a livré dans Radical Machines sa vision de l’homme et de ses sombres merveilles dans l’intersection de ses identités floutées et filandreuses. Fascinés par la Méduse cybernétique, ils sont transis et sidérés.