Archives par étiquette : Éric Brogniet

Wallons, nous ?

Michèle BARON, Éric BROGNIET, Daniel CHARNEUX, José FONTAINE, Jean JAUNIAUX, Marc LAMBORAY, Richard MILLER et Jacques VANDENBROUCKE, Écrivains de Wal­lonie, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2025, 204 p., 19 €, ISBN : 9782803200948

collectif ecrivains de wallonieOn n’a pas tous les jours l’opportunité de para­phras­er Win­ston Churchill, mais là, l’occasion est trop belle. Les actes du col­loque sur les écrivains de Wal­lonie, qui s’est tenu le 5 avril 2025 à l’Académie royale, le con­fir­ment : cette entité géo­graphique est bien « une énigme envelop­pée de mys­tère au cœur d’un para­doxe ». Tout y pose ques­tion : le tracé de sa fron­tière, là nationale et lim­itro­phe, ici interne et lin­guis­tique ; sa fusion dans l’ensemble Bel­gique ; ses con­trastes paysagers, tirail­lés entre fumées d’usines, fer­mes doma­niales, falais­es régi­cides et forêts pro­fondes ; la par bon­heur introu­vable homogénéité eth­nique du « peu­ple » qui l’habite ; son improb­a­ble des­tinée man­i­feste enfin, entre Flan­dre indépen­dan­tiste et France indif­férente. Con­tin­uer la lec­ture

Marcel Lecomte ou le vif renouvellement d’un sentiment ancien

Mar­cel LECOMTE, Le sus­pens, suivi de Autres scènes et per­son­nages, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, lec­ture cri­tique de Philippe Dewolf, Tail­lis Pré, coll. « Erotik », 2025, 224 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–240‑1

lecomte le suspensLe nar­ra­teur, et son lecteur avec lui, observe la scène. Il la regardera se dérouler en la décom­posant men­tale­ment, ten­tera de décel­er la part de mys­tère qu’elle con­tient et qui vient lente­ment de faire réap­pa­raitre –  bien mieux qu’un sou­venir per­son­nel –, une présence, celle « d’un moi passé, d’un moi des loin­tains ». La scène en ques­tion se répète, en de mul­ti­ples et frag­iles vari­a­tions, d’un court chapitre à l’autre. Les per­son­nages de ce théâtre intime ne sont sou­vent que deux. Con­tin­uer la lec­ture

La poésie comme voix et comme voie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Le nuage et la riv­ière, Tail­lis Pré, 2025, 168 p., 18 €, ISBN : 9782874502477

brogniet le nuage et la riviereQue l’aventure poé­tique ne se donne aucun hori­zon qui l’excède mais que, dans un même mou­ve­ment, elle ait l’ambition d’ouvrir un autre régime du vivre et du penser, l’œuvre exigeante, nova­trice d’Éric Brog­ni­et l’affirme tant sous son ver­sant poé­tique que dans l’ordre des essais. S’ouvrant sur une médi­ta­tion de maître Dogen en exer­gue, Le nuage et la riv­ière res­saisit les mots et les choses ain­si que leurs noces com­plex­es sous l’angle de leur genèse, de leur mou­ve­ment d’engendrement. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2025 : continuité et renouveau

rentree 2025

Immuable temps fort de l’année édi­to­ri­ale française, la « ren­trée lit­téraire d’automne » sus­cite beau­coup d’attention en Bel­gique aus­si.

De la part des libraires et des lecteurs, évidem­ment, puisque la lit­téra­ture pub­liée en France reste, de loin, la plus ven­due chez nous. Pour les auteurs et autri­ces belges pub­liés en France, cette ren­trée est pleine­ment la leur, et ils se mêleront, comme tous les romanciers hexag­o­naux, à l’effervescence du moment et notam­ment à la course aux prix. Les maisons d’édition belges, quant à elles, adoptent vis-à-vis de cette péri­ode des atti­tudes divers­es. Cer­taines en font un moment-phare de leur année. Elles optent alors pour un pro­gramme d’ampleur, et des dates de paru­tion qui rejoignent celles des voisins français (fin août), ou sont au con­traire plus tar­dives, pour éviter une con­cur­rence déséquili­brée. D’autres maisons, sans être inac­tives au cours du deux­ième semes­tre, pla­cent plutôt le cen­tre de grav­ité de leur année édi­to­ri­ale à la Foire du livre de Brux­elles, et présen­tent donc un pro­gramme plus léger pour l’automne.

Tour d’horizon des auteurs et autri­ces belges qui fer­ont la ren­trée 2025, en Bel­gique ou à l’étranger. Con­tin­uer la lec­ture

Jardin du Palais-Royal à Paris : flâner en poésie

palais-royal

Ce 18 juin, dans le cadre du Marché de la poésie, seront inau­gurées dans le jardin du Palais-Roy­al à Paris trois œuvres d’art pub­lic qui met­tent à l’honneur la poésie, et en par­ti­c­uli­er la poésie fran­coph­o­ne. Elles sont signées du Québé­cois Michel Goulet et du Français François Mas­sut. Con­tin­uer la lec­ture

Penser le poétique aujourd’hui

Éric BROGNIET, Yves Peyré. L’e­space d’un instant, Tan­dem, coll. « Alen­tours », 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87349–153‑6

brogniet yves peyré l'espace d'un instantPeu con­nu du grand pub­lic, le Français Yves Peyré est l’au­teur fécond et poly­graphe de plusieurs recueils de poèmes, de neuf réc­its, de vingt-cinq essais con­sacrés prin­ci­pale­ment à la pein­ture, de nom­breux livres copro­duits avec des artistes, sans compter la direc­tion de qua­tre revues et d’ou­vrages col­lec­tifs. Grand con­nais­seur de l’œu­vre d’H. Michaux, il par­ticipe en 1995 au col­loque Les ailleurs d’Hen­ri Michaux, organ­isé par Éric Brog­ni­et à la Mai­son de la Poésie de Namur. Ain­si débute une longue com­plic­ité assise sur une quête com­mune, dont l’ob­jet n’est rien de moins que l’essence pro­fonde du poé­tique con­tem­po­rain et sa réin­ven­tion mul­ti­forme. É. Brog­ni­et pub­lie dans sa revue Sources un pre­mier arti­cle, puis le développe en quar­ante-trois pages sous le titre Yves Peyré, l’e­space de l’in­stant, inté­grées dans l’é­pais vol­ume La lec­ture silen­cieuse (ARLLFB, 2022). Cepen­dant, beau­coup de choses lui restent à dire. Pro­je­tant un essai à part entière qui atteigne un pub­lic élar­gi, il retra­vaille les qua­tre textes exis­tants (En appel de vis­ages, L’œu­vre en prose, L’œu­vre poé­tique, Pour en revenir à Michaux) et y joint deux nou­veaux : Voy­age et paysage, His­toire du livre, esthé­tique, cri­tique d’art et de lit­téra­ture. Tel vient de paraitre aux édi­tions Tan­dem le vol­ume Yves Peyré. L’e­space d’un instant. Con­tin­uer la lec­ture

Le palais des plumes et des âmes

COLLECTIF, Une vie de palais, Académie royale de la langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 159 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0077‑1

collectif une vie de palaisLa jaque­tte du livre et sa cou­ver­ture, en dis­tor­sion, offrent une mise en abyme du pro­jet offert aux lecteurs. Une volon­té d’ouverture (fenêtre aux bat­tants écartés), de jovi­al­ité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de sec­ond degré (un fau­teuil – d’académicien – flotte dans un tour­bil­lon de noms d’auteurs et autri­ces). Der­rière, la solen­nité d’une insti­tu­tion pres­tigieuse, l’Académie royale… séduit davan­tage, dans sa ligne épurée. Con­tin­uer la lec­ture

La constellation poético-écologique des Bodart-Richter

Un coup de cœur du Car­net

Flo­rence RICHTER et François OST (dir.), La tribu Bodart-Richter. Entre écolo­gie et poésie, AML Édi­tions, coll. “Archives du futur”, 2023, 292 p., 28 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782871680956

la tribu bodart-richterÉvéne­ment dans le cat­a­logue de AML Édi­tions, l’ouvrage con­sacré à la famille d’écrivains Bodart-Richter l’est à plus d’un titre. Tout d’abord parce que, pub­lié dans la col­lec­tion « Archives du Futur » des Archives et Musée de la Lit­téra­ture, ce vol­ume se place sous le signe d’une œuvre plurielle, mul­ti­ple, celles du poète et essay­iste Roger Bodart, de la roman­cière, dra­maturge et essay­iste Marie-Thérèse Bodart, de la nou­vel­liste et essay­iste Anne Richter et de l’écrivaine Flo­rence Richter. Ensuite, parce que le pan­el des rich­es con­tri­bu­tions (Jean-Claude Vantroyen, François Ost, Manon Houtart, Sask­ia Bursens, Yves Namur, Éric Brog­ni­et, Flo­rence Huy­brechts, Pas­cale Tou­s­saint, Christo­pher Gérard, Isabelle Moreels, Patrick Berg­eron, Flo­rence Richter, sans oubli­er l’introduction signée par Lau­rence Boudart et Flo­rence Huy­brechts) se rassem­ble autour des lignes de con­ver­gence entre l’œuvre de l’un et des autres, à savoir le nouage intime entre écolo­gie et écri­t­ure. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2022 de Jean Jauniaux

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2022 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion de Jean Jau­ni­aux. Con­tin­uer la lec­ture

Éric Brogniet : une vie en poésie

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, La lec­ture silen­cieuse. Pour un lyrisme de l’expérience, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2022, 456 p., 30 €, ISBN : 9782803200665

brogniet la lecture silencieuseQu’elle emprunte un chemin tail­lé dans le clair-obscur, escarpé ou à flanc d’aurore, la poésie relève d’une expéri­ence de vivre et d’écrire qui ne pactise pas avec le régime exis­tant des choses. Rêveur habi­tant les ter­res nomades de la poésie, Éric Brog­ni­et nous livre un livre-somme, un jeu infi­ni des per­les poé­tiques qui présente un dou­ble vis­age : une res­saisie de la géo­gra­phie et de la généalo­gie de son œuvre poé­tique et une réflex­ion sur la place, les enjeux, les invari­ants et les muta­tions de la poésie con­tem­po­raine. C’est à par­tir des œuvres de Hesse, Jacques Sojch­er, Colette Nys-Mazure, Jean-Louis Lip­pert, Michaux, Celan, Jacques Crickil­lon, Philippe Jones, Anne-Marie Smal, Fer­nand Ver­he­sen, Nathalie Gas­sel, Hubin et bien d’autres que l’auteur oppose un con­tre-chant résis­tant à l’espace-temps de l’Anthropocène. La ques­tion de Hölder­lin s’est rad­i­cal­isée, le « que peut la poésie en temps de détresse ? » faisant place à « que peut la poésie en un temps d’effondrement ? ». Avec le foy­er poé­tique comme champ ques­tion­nant la con­di­tion humaine, le verbe ne dis­pense un monde qu’à se sous­traire à la ges­tion tech­nocra­tique actuelle du vivant, à l’ordre ambiant con­di­tion­nant esprits et corps. Con­tin­uer la lec­ture

Éric Brogniet : depuis la profondeur

Un coup de cœur du Car­net

Éric BROGNIET, Lumière du livre suivi de Rose noire, Tail­lis Pré, 2021, 18 €, ISBN : 978–2‑87450–183‑8

brogniet lumiere du livre suivi de rose noireVio­lence est innée au vivant
À la rose, son épine
À la dent, son tigre
Au pou­voir, son rameau insur­rec­tion­nel 

Nous entrons dans le recueil Lumière du livre suivi de Rose noire d’Éric Brog­ni­et non comme on pousse les portes du som­meil, mais comme on repousse les fron­tières de la per­cep­tion, comme on entre en ini­ti­a­tion. La tra­ver­sée du sens n’est pas immé­di­ate­ment don­née : elle s’éprouve à chaque page qui nous tient, lit­térale­ment et métaphorique­ment, en éveil. Con­tin­uer la lec­ture

Tombeau pour Marilyn, l’icône aux semelles de vent

Éric BROGNIET, Bloody Mary. Road movie pour Mar­i­lyn Mon­roe, Illus­tra­tions de Thier­ry Wesel, Pré­face de Marie-Ange Bernard, Tail­lis Pré, 96 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–143‑2

Entre chant des spasmes et arpen­t­age des gouf­fres, la poésie d’Éric Brog­ni­et voy­age sur les ter­res du décalé et de l’insoumission. D’une sou­veraine beauté, le recueil poé­tique Bloody Mary tra­verse le mythe Mar­i­lyn Mon­roe afin de dévoil­er la détresse, la fêlure de Nor­ma Jean der­rière l’icône plané­taire de la Blonde. Jeux sur le com­bat entre le noir et le blanc, entre l’attrait des ténèbres et celui de la lumière, échos entre l’ogre intime et l’ogre hol­ly­woo­d­i­en… les scan­sions du chemin de croix de Mar­i­lyn ­­qu’Éric Brog­ni­et décline — un chemin de croix qui n’exclut nulle­ment le chemin de l’extase et de la soif de vivre — intriquent vitesse de la langue et tragédie antique. On songe à la let­tre-poème que Pasoli­ni a écrite en hom­mage à Mar­i­lyn, après sa mort en 1962, poème lu dans son film La Rab­bia. Dans Bloody Mary, les mots ne met­tent pas la blessure mon­roei­enne à dis­tance mais creusent l’enfance saccagée, la soli­tude, l’immense désar­roi de Mar­i­lyn, en se ten­ant au plus près de leur trou noir. Il n’y aura pas de poé­tique de l’apaisement dès lors que celle-ci trahi­rait la toute irré­c­on­cil­iée, la toute chance­lante dis­simulée der­rière l’éclat de sa beauté. Pas plus que le Dom Pérignon, les bar­bi­turiques, la ronde des amants ou le 7ème art n’ont per­mis à Mar­i­lyn de cica­tris­er, de se tenir dans l’être, l’écriture d’Éric Brog­ni­et ne cherche à répar­er l’irréparable ou à liss­er les séismes. La mort rôde autour du berceau de Nor­ma Jean, cour­tise Gladys, la mère folle, con­voite Mar­i­lyn. Ce bas­so osti­na­to — basse con­trainte de la présence de Thanatos — pulse le texte qui traque le fatum, ses tours de passe-passe, ses rus­es.

Con­tin­uer la lec­ture

L’œuvre-séisme de Jacques Crickillon par Éric Brogniet

Éric BROGNIET, Jacques Crickil­lon, la lit­téra­ture en instance d’oubli suivi de La poésie est une guerre indi­enne par Jacques Crickil­lon, Sam­sa, 2017, 160 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87593–153‑5

brogniet jacques crickillon la littérature en instance d oubli.jpgIl fal­lait un poète pour ren­con­tr­er l’œuvre de Jacques Crickil­lon, pour don­ner lieu à une danse de planètes mue par la ques­tion du geste poé­tique.   Après la très belle étude de Christophe Van Rossom, Éric Brog­ni­et livre en poète une tra­ver­sée des créa­tions de l’Apache Crickil­lon, des cycles d’écriture qui, de La Défendue à L’Indien de la Gare du Nord, de Colonie de la mémoire à Ténébrées, du Tueur bir­man à Sphère, À Kénalon I et II, por­tent le verbe au bord du gouf­fre, sur les cimes de la séces­sion, loin des bonnes mœurs lit­téraires. Tail­lés dans le vif-argent d’une langue réin­ven­tant ses pou­voirs comme ses impuis­sances, la poésie, les nou­velles, les romans de Crickil­lon se tien­nent sur la corde du funam­bule qui vit la parole comme une expéri­ence de la dépos­ses­sion, comme une ini­ti­a­tion à la dif­frac­tion du moi et à la con­trée du vide. Con­tin­uer la lec­ture

Les réseaux de la Méduse

Éric BRO­GNIETRadi­cal Machines, Le Tail­lis Pré, 2017,  100 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87450–121‑0 

brogniet radical machineL’Enchanteur pour­ris­sant qu’Apollinaire dédi­ait à Mer­lin et aux légen­des arthuri­ennes est un livre porté par le ray­on­nement des Mer­veilles et la frag­ile prox­im­ité de leurs extinc­tions. Plus d’un siè­cle plus tard, dans la com­plex­ité du Cyber­monde, des flux d’informations, de pix­els et de fan­tasmes sous formes d’anamorphoses, des dystopies où les hommes se noient dans l’immatérialité des corps et des émo­tions pen­sant se démul­ti­pli­er et se régénér­er dans les « machines molles » (W. Bur­roughs), Éric Brog­ni­et a livré dans Rad­i­cal Machines sa vision de l’homme et de ses som­bres mer­veilles dans l’intersection de ses iden­tités floutées et filan­dreuses. Fascinés par la Méduse cyberné­tique, ils sont tran­sis et sidérés. Con­tin­uer la lec­ture