Archives par étiquette : Territoires de la mémoire

Poésie en temps de confinement

Tim­o­téo SERGOÏ, Il faut que tu me comptes par­mi nous, Ter­ri­toires de la mémoire, 2022, 120 p., 16 €, ISBN : 978–2‑930408–49‑1

sergoi il faut que tu me comptes parmi nousLe vers de Hölder­lin, « pourquoi des poètes en temps de détresse ? », ne cesse de sauter de siè­cle en siè­cle, de con­vo­quer les poètes à y répon­dre, à tout le moins à s’y affron­ter. Fig­u­rant dans le poème élé­giaque « Pain et vin », ce « Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? » se décline sous la plume de Tim­o­téo Ser­goï. Que peut la poésie face au covid-19, quelles ressources indi­vidu­elles et col­lec­tives nous pro­pose-t-elle lors des con­fine­ments ? Com­ment une poésie hors quar­an­taine peut-elle décon­fin­er les corps et dés­in­car­cér­er les esprits ? Durant les cinquante jours de con­fine­ment s’étalant du 20 mars au 8 mai 2020, le poète, comé­di­en, artiste, voyageur Tim­o­téo Ser­goï a lancé à près de deux cents per­son­nes un poème-gravure quo­ti­di­en, un objet poé­tique, une bouteille ivre de mots, ciselée dans un esprit de résis­tance et de sol­i­dar­ité. Il faut que tu me comptes par­mi nous nous délivre des créa­tions qui s’élèvent comme autant de con­tre-feux à un quo­ti­di­en plom­bé à l’intérieur duquel elles dessi­nent une brèche. Il s’agit moins d’un manuel de survie en milieu hos­tile qu’une volte-face rompant avec la résig­na­tion et le nihilisme, qu’un témoignage d’une vie enfer­mée, cade­nassée dans un état d’exception qui tend dan­gereuse­ment à s’inscrire dans le régime socié­tal, à devenir la règle. Con­tin­uer la lec­ture

Femmes résistantes. Récit des camps

Madeleine DEWÉ, Je voy­ais l’aurore… Réc­it de la cap­tiv­ité (1944–1945) de Marie-Thérèse Dewé, Marie-Madeleine Dewé, Berthe Mori­mont-Lam­brecht, Ter­ri­toires de la Mémoire, coll. « À refaire », 2021, 112 p., 16 €

dewe je voyais l auroreÀ l’occasion d’un voy­age mémoriel au camp de Ravens­brück, organ­isé par l’asbl Les Ter­ri­toires de la Mémoire, Madeleine Dewé et André Lebrun ont tran­scrit et mis en forme les pro­pos enreg­istrés par leur tante Marie-Thérèse Dewé, résis­tante, déportée poli­tique qui longtemps après la Libéra­tion (au début des années 1980), livra le témoignage d’un groupe de femmes résis­tantes et de leur dépor­ta­tion en Pologne, en Alle­magne et en Autriche. Marie-Thérèse Dewé témoigne pour celles qui ne sont jamais rev­enues, celles que la mort nazie a fauchées, sa sœur Marie-Madeleine, Berthe Mori­mont. Réc­it cap­i­tal du rôle encore trop sous-estimé des femmes dans la Résis­tance en Bel­gique, trans­mis­sion d’une mémoire des actions (ren­seigne­ment, sab­o­tage) con­tre l’occupation alle­mande, Je voy­ais l’aurore… décrit avec humil­ité l’implication de femmes appar­tenant au réseau d’évasion Comète, lequel aidait les avi­a­teurs et sol­dats alliés à regag­n­er l’Angleterre. Chef du réseau de résis­tance « Clarence », Walthère-Jacques Dewé, le père des héroïnes, fut abat­tu par les Alle­mands en jan­vi­er 1944. Con­tin­uer la lec­ture

Je vous écris du Goulag

Jean-Louis ROUHART, Let­tres du Goulag.  Cor­re­spon­dance de détenus dans les lieux d’incarcération et d’internement du Goulag, Ter­ri­toires de la mémoire, 2020, 301 p., 27 €, ISBN : 978–2‑930408–46‑0

rouhart lettres du goulagAvec Let­tres du Goulag, Jean-Louis Rouhart a fait paraître un ouvrage essen­tiel sur le monde du Goulag en Union sovié­tique.  Il y a quelques années, ce ger­man­iste pro­fesseur émérite à la Haute École de la Ville de Liège avait réal­isé une étude con­sacrée à la cor­re­spon­dance clan­des­tine – déjà – dans les camps nazis, essai qui avait reçu le Prix de la Fon­da­tions Auschwitz – Jacques Rozen­berg en 2011.  Il s’attaque main­tenant à la même prob­lé­ma­tique dans le monde sovié­tique. Con­tin­uer la lec­ture

La guérilla poétique de Timotéo Sergoï

Tim­o­téo SERGOÏ, Apoc­ap­i­talypse, Ter­ri­toires de la Mémoire, 2020, 87 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930408–45‑3

Cinq par­ties divisées cha­cune en douze déchirures, douze lames, douze éclats, douze failles frac­turant le tis­su du monde, la car­togra­phie d’un monde avalé dans l’immonde : par­tant d’une ques­tion lim­i­nale « Où en sommes-nous ? », le recueil poé­tique Apoc­ap­i­talypse inter­roge la place de la poésie, du poète, leur con­nex­ion avec une insoumis­sion native. Écrivain, poète (Le tour du monde est large comme tes hanch­es, Le diag­o­naute amouraché, La soli­tude du marin dans la forêt, Blaise Cen­drars, brasi­er d’étoiles filantes…), comé­di­en, mar­i­on­net­tiste, voyageur, Tim­o­téo Ser­goï se place au point de ren­con­tre entre poésie et révo­lu­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, pré­face de Jean-Pierre Sak­oun, post­face de Dominique Coster­mans, Ter­ri­toires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978–2‑930408–43‑9

« Elle qui avait lut­té toute une vie pour ne pas être fille d’im­mi­grés, la ter­mi­na  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase sim­ple et trou­ble, la nom­i­na­tion ini­tiale la mère repre­nait le dessus et Annie allait dis­paraître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur pour­suit la quête d’une mise à jour du palimpses­te de toute immi­gra­tion, des secrets de famille intriqués dans l’histoire col­lec­tive, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] pour­suit avec une qual­ité rare, le dévoile­ment du con­cept de « stress iden­ti­taire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui con­te une autre his­toire fon­da­trice à ses enfants, qui racon­te l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touch­es rhap­sodiques, cou­sant bout à bout des incon­gruités qui tien­nent, se polis­sent, pren­nent sens et enlisent la famille au fil du temps. Con­tin­uer la lec­ture