Archives par étiquette : Nerval

Confession éperdument amoureuse

Anne KAREN, Rouge encor du baiser de la reine, Quidam,  2018, 118 p., 14 €, ISBN : 978-2-3791-060-4

Étonnant, ce premier livre d’Anne Karen, qu’on n’ose appeler roman tant son atmosphère est poétique et son étrangeté féerique par endroits. Non seulement Rouge encor du baiser de la reine nous renvoie à Nerval, mais il nous transporte loin dans l’Histoire.

« Ces vingt feuilles auraient été écrites il y a presque dix siècles, en 1054 » nous annonce l’adresse au lecteur. Cet avant-propos est signé par un certain René Nanak, historien et professeur honoraire  à l’Université de Paris et membre de l’Institut d’histoire et de civilisation de Byzance au Collège de France. Ce savant chercheur fictif aurait retrouvé et publié un manuscrit palimpseste restituant un texte traduit du grec en l’attribuant à un inconnu, Nicétas, eunuque nain. Ce personnage est dévoué à l’impératrice Zoé Porphyrogenète et  il envoie ces écrits à son aimé Michel Psellos. Continuer la lecture

Nerval vu par Vandermeulen et Casanave

David VANDERMEULEN, Daniel CASANAVE, Nerval l’inconsolé, Casterman, 2017, 160 p., 22,50 €, ISBN : 9782203153523

casanave vandermeulen nerval l inconsoleAprès Shelley, la vie amoureuse de l’auteur de Frankenstein et Chamisso, l’homme qui a perdu son ombre, le duo talentueux formé par le scénariste David Vandermeulen et le dessinateur Daniel Casanave nous plonge dans la vie de Gérard de Nerval. Au fil d’un scénario pétri d’invention, retraçant la vie du poète des Chimères, le possédé des Filles du feu, d’Aurélia ou le Rêve et la Vie, au fil d’un dessin alliant humour et paysages oniriques, on découvre un Nerval en proie à des visions, aspiré par la quête de l’Orient. Suivant la chronologie de son existence qui sera très vite ravagée par la mélancolie et le démon de l’alcool, David Vandermeulen et Daniel Casanave font en quelque sorte du fameux sonnet El Desdichado (« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé / Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie »…) un auto-portrait, un miroir de Nerval. Toute biographie est biographie-radiographie d’une époque : ne pouvant sauter par-dessus son ombre, par-dessus son siècle, tout créateur est le fils de son temps, même s’il s’efforce de s’y arracher. C’est ainsi qu’aux côtés du jeune Gérard Labrunie qui connaîtra une certaine notoriété précoce lorsqu’à dix-neuf ans il traduisit le Faust de Goethe, les auteurs campent les figures du romantisme, ses amis, Théophile Gautier, Auguste Maquet, Pétrus Borel, Alexandre Dumas. La vie bohème, la bataille d’Hernani, les soulèvements politiques, la révolution de 1848 ne sont pas un décor extérieur à l’émergence de nouvelles formes de création mais leur creuset. Pour Nerval, la littérature est sœur du rêve, d’un désir de fuite, la confidente ou l’exorciste des désillusions amoureuses, des expériences de dédoublement, des assauts de la folie, fût-elle lucide.  Continuer la lecture