Archives par étiquette : Daniel Casanave

Pierre Avezard dit Petit Pierre, un oublié de l’Art Brut

Daniel CASANAVE, Florence LEBONVALLET, Petit Pierre. La mécanique des rêves, Casterman, 2019, 120 p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782203155275

Dans Petit Pierre. La mécanique des rêves, le dessinateur Daniel Casanave et la scénariste Florence Lebonvallet exhument la vie et les œuvres de Pierre Avezard dit Petit Pierre (1909-1992)  inventeur de génie, pionnier de l’Art Brut. Cette magnifique odyssée graphique et textuelle rend hommage, redonne vie à un homme que sa différence maintint à l’écart de la société. Atteint du syndrome de Treacher Collins, contrefait, malentendant, quasi muet, Petit Pierre construisit, sa vie durant, des œuvres insolites qui faisaient monde, se substituant à la société des hommes dont il était séparé. Entre art et science, Pierre Avezard conçut des dispositifs artistiques dont la logique, la grammaire, le souffle ne s’inscrivaient dans aucun moule culturel.

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Nerval vu par Vandermeulen et Casanave

David VANDERMEULEN, Daniel CASANAVE, Nerval l’inconsolé, Casterman, 2017, 160 p., 22,50 €, ISBN : 9782203153523

casanave vandermeulen nerval l inconsoleAprès Shelley, la vie amoureuse de l’auteur de Frankenstein et Chamisso, l’homme qui a perdu son ombre, le duo talentueux formé par le scénariste David Vandermeulen et le dessinateur Daniel Casanave nous plonge dans la vie de Gérard de Nerval. Au fil d’un scénario pétri d’invention, retraçant la vie du poète des Chimères, le possédé des Filles du feu, d’Aurélia ou le Rêve et la Vie, au fil d’un dessin alliant humour et paysages oniriques, on découvre un Nerval en proie à des visions, aspiré par la quête de l’Orient. Suivant la chronologie de son existence qui sera très vite ravagée par la mélancolie et le démon de l’alcool, David Vandermeulen et Daniel Casanave font en quelque sorte du fameux sonnet El Desdichado (« Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé / Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie »…) un auto-portrait, un miroir de Nerval. Toute biographie est biographie-radiographie d’une époque : ne pouvant sauter par-dessus son ombre, par-dessus son siècle, tout créateur est le fils de son temps, même s’il s’efforce de s’y arracher. C’est ainsi qu’aux côtés du jeune Gérard Labrunie qui connaîtra une certaine notoriété précoce lorsqu’à dix-neuf ans il traduisit le Faust de Goethe, les auteurs campent les figures du romantisme, ses amis, Théophile Gautier, Auguste Maquet, Pétrus Borel, Alexandre Dumas. La vie bohème, la bataille d’Hernani, les soulèvements politiques, la révolution de 1848 ne sont pas un décor extérieur à l’émergence de nouvelles formes de création mais leur creuset. Pour Nerval, la littérature est sœur du rêve, d’un désir de fuite, la confidente ou l’exorciste des désillusions amoureuses, des expériences de dédoublement, des assauts de la folie, fût-elle lucide.  Continuer la lecture

Résistance et guérilla. Mode d’emploi

Alain DANTINNE (avec des dessins de Daniel CASANAVE), Petit manuel de survie en zone tempérée, Voix d’encre, 2016, 74 p., 17 €   ISBN : 978-2-35128-123-9

dantinne-manuelBon. Allez. J’avoue. Je jalouse, extrêmement, tous ces gaillards, toutes ces gaillardes, à l’œil vif et pointu, ces intelligences en éveil, capables de vous écrire, en deux lignes, une phrase qui tue, un aphorisme, un trait d’esprit tout ce qu’il y a de plus aiguisé, de plus perçant, de plus rosse ou de plus drôle. C’est que, pour ma part, on me rangerait plutôt sur une autre armoire. Celle de la vie ralentie. De l’œil terne et sans éclat. De l’intelligence molle du genou. Toujours en retard d’une guerre en somme. De sorte que, petite vengeance sournoise et personnelle, je l’avoue, je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir un recueil d’aphorismes sans partir à la traque, à l’affût des phrases bancales, celles qui retombent comme un soufflé, celles où l’intelligence serait, pour ainsi dire, à force de faire sa maligne, comme prise en défaut. Continuer la lecture

Propos éphémères

Christian LIBENS

Ces Propos éphémères sont ceux qu’Alain Dantinne vient de confier à quelques heureux – entendons les happy few amoureux de la belle ouvrage bibliophilique. Ainsi le dernier-né de Dantinne a-t-il été « Composé au plomb dans ce vieux romain corps 10 et tiré sur presse typographique à platine du siècle dernier, par un typographe non moins jeune… » Et l’éditeur (Arch’Libris à Charleville-Mézières) de préciser encore : « Tirage à 178 exemplaires numérotés augmenté de 22 exemplaires de chapelle », ce qui résonne déjà, aux oreilles de bibliophiles, comme un début de poème… Continuer la lecture