Un coup de cœur du Carnet
Hubert KRAINS, Le pain noir, Postface de Frédéric Saenen, Impressions nouvelles, coll. « Espace nord », 2024, 192 p., 9 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875686893
Dès le premier paragraphe du Pain noir d’Hubert Krains (1862–1934), on sait que tout est fini, qu’un monde est détruit (et un autre en cours d’apparition, de construction, mais ce n’est pas celui qui intéresse Hubert Krains) : « L’auberge de l’Étoile – qui se trouvait sur le route de Huy à Tirlemont – a été démolie quelques années après la construction du chemin de fer Hesbaye-Condroz. » L’action commence quelques paragraphes plus tard, après que le décor et le paysage ont été plantés ; on retourne dans le passé, un deuxième dimanche de juin du 19e siècle, dans un village de Hesbaye baigné par la Mehaigne, le jour de l’inauguration du chemin de fer, symbole de la modernité, de l’industrialisation… Continuer la lecture


On doit à Charles Péguy d’avoir été parmi les premiers à opérer un distinguo entre la pauvreté et la misère. Il expliquait ainsi dans L’Argent que si la première a tout d’un purgatoire qui peut, malgré sa dureté, s’avérer transitoire, la seconde s’apparente à un enfer au seuil duquel est commandé l’abandon de toute espérance de la part de ceux qu’elle frappe, ronge, avilit, tue. Les Jours de famine et de détresse dont Neel Doff égrènent le douloureux chapelet témoignent pleinement de cette expérience extrême, dans des pages dont le vérisme n’a rien à envier à d’autres classiques européens de l’écriture du dénuement, tel La Faim du Norvégien Knut Hamsun.
Car bon. Ne nous leurrons pas. C’est bien d’une guerre dont parle Alain Adriaens, ce biochimiste, généticien, porte-parole du mouvement politique des objecteurs de croissance. C’est bien d’une guerre dont nous parle cet ancien écologue scientifique qui, tout à coup, fait dans l’histoire, dans l’essai historique de vulgarisation. D’une guerre larvée. Actuelle mais aussi vieille que le monde, comme on dit. D’une guerre qui a eu cours dans le passé mais a donc cours aujourd’hui. Sous nos yeux. Dans les médias. Dans nos esprits. Pas d’une guerre aux allures spectaculaires.