Archives par étiquette : prostitution

Ligne claire sur fond noir 

Arnaud COLLETTE, Cathé­drale Nord, Ker, 2026, 186 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87586–537‑3

collette cathédrale nordArnaud Col­lette, qui a tra­vail­lé pour L’Avenir, La Libre ou Le Matin, avait déjà coécrit une biogra­phie poli­tique d’André Cools, par­ticipé à divers pro­jets tour­nant autour de Liège ou de la Wal­lonie, mais Cathé­drale Nord est son pre­mier roman, un polici­er qui vient de décrocher le prix du Roman noir de la Foire du Livre de Brux­elles 2026, la neu­vième édi­tion d’un prix (ex-Fin­tro) réservé aux nou­veaux con­teurs. Con­tin­uer la lec­ture

La mystique de l’érotisme

Sophie BUYSE, Pros­ti­tuée sacrée, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 256 p., 18 €, ISBN : 9782875055057

buyse prostituée sacréeLa mys­tique des corps, les puis­sances cathar­tiques de l’amour et de l’érotisme com­posent le noy­au des romans et réc­its de Sophie Buyse, de La graphomane à L’organiste, de L’escarbilleuse à Con­fi­dences de l’olivier, Amour et Kab­bale. Roman éblouis­sant, Pros­ti­tuée sacrée enroule las­cive­ment ses chapitres autour de Venise, une ville dont le des­tin est intime­ment noué à la pros­ti­tu­tion, et deux cour­tisanes, Veron­i­ca Fran­co et Mado. Con­tin­uer la lec­ture

L’échappée escarpée

Un coup de cœur du Car­net

Neel DOFF, Keet­je, pré­face de Marie Denis, post­face de Thibault Sco­hi­er, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 358 p., 8,5 €, ISBN : 9782875685377

doff keetje espace nordNeel Doff (1858–1942), autrice d’une œuvre tou­jours cru­ciale­ment d’actualité, n’a pas la recon­nais­sance cri­tique et publique qu’elle mérite bien qu’elle sus­cite l’enthousiasme de fidèles lecteur.rices. Est-ce parce qu’elle est femme ? Qu’elle n’a pas gran­di dans le milieu con­sacrant les grand.e.s écrivain.e.s ? Pour­tant elle écrit, aus­si bien, aus­si juste­ment, la mis­ère du monde que les meilleur.e.s auteur.rice.s de non-fic­tion ou les romanciers (bour­geois) nat­u­ral­istes. Con­tin­uer la lec­ture

Occupation militaire et domination masculine durant la Guerre 14–18

Emmanuel DEBRUYNE, « Femmes à Boches ». Occu­pa­tion du corps féminin, dans la France et la Bel­gique de la Grande Guerre, Belles Let­tres, 2018, 456 p., 25,90€ / ePub : 18.99 €, ISBN : 9782251448435

Se revendi­quant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, pro­fesseur d’histoire con­tem­po­raine à l’UCL, exam­ine une ques­tion auda­cieuse, dans sa for­mu­la­tion même : l’« occu­pa­tion du corps féminin », en France et en Bel­gique, durant la Guerre 14–18. Quel est le con­texte ? « Pen­dant qua­tre ans, la qua­si-entièreté de la Bel­gique et de larges pans de dix départe­ments français sont occupés par l’armée alle­mande » : ces ter­ri­toires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones dis­posant de leur admin­is­tra­tion, for­ment un large périmètre regroupant une dizaine de mil­lions d’habitant-e‑s. Con­tin­uer la lec­ture

Neel Doff, « cette créature enfantine »

Un coup de coeur du Carnet

Neel DOFF, Jours de famine et de détresse, post­face d’Élisabeth Cas­ta­dot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2017, 210 p., 8.50 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782875681416

doffOn doit à Charles Péguy d’avoir été par­mi les pre­miers à opér­er un dis­tin­guo entre la pau­vreté et la mis­ère. Il expli­quait ain­si dans L’Argent que si la pre­mière a tout d’un pur­ga­toire qui peut, mal­gré sa dureté, s’avérer tran­si­toire, la sec­onde s’apparente à un enfer au seuil duquel est com­mandé l’abandon de toute espérance de la part de ceux qu’elle frappe, ronge, avilit, tue. Les Jours de famine et de détresse dont Neel Doff égrè­nent le douloureux chapelet témoignent pleine­ment de cette expéri­ence extrême, dans des pages dont le vérisme n’a rien à envi­er à d’autres clas­siques européens de l’écriture du dénue­ment, tel La Faim du Norvégien Knut Ham­sun. Con­tin­uer la lec­ture

Descente dans la Ville-Basse

Fran­co MEGGETTO, La fille du Tri­an­gle, édi­tions du Bas­son, 2016, 18 €

meggettoLa fille du Tri­an­gle de Fran­co Megge­to nous donne à lire une fic­tion, un polar bien mené mais aus­si le four­mille­ment par­fois chao­tique d’une ville com­plexe. Les villes de l’avenir seront les villes du passé, pour­rait-on dire en pen­sant à Charleroi, comme à toutes les métrop­o­les post-indus­trielles. Elles ont été la force d’une région, l’industrie est tombée, la ville est restée un temps  à genoux, couturée de toutes parts, invalide par­fois, mais jamais KO. Le renou­veau est le des­tin obligé de ces villes trau­ma­tiques, sinon,  c’est la dis­pari­tion dans la pous­sière d’un west­ern d’après la Ruée vers l’Or.  La Wal­lonie a con­nu du Nord au Sud cette muta­tion urban­is­tique, humaine, his­torique, légendaire même. Con­tin­uer la lec­ture

Un singe en hiver affectif

Philippe LAMBERT, Le Col­lec­tion­neur de soupirs, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2015, 180 p., 14 €/ePub : 9.99 €

Le Col­lec­tion­neur de soupirs com­mence par une trans­gres­sion, un soir de deuil. Le matin, le nar­ra­teur a enter­ré sa mère. Le soir, il a ren­dez-vous avec des pros­ti­tuées de luxe ou de bas étage dans une sorte de défi au temps qui passe et à ses morts. Des morts qu’il col­lec­tionne comme il col­lec­tionne les soupirs orgas­miques des amours tar­ifés, entre sperme et cyprine. Par­mi ses dis­parus, son père omniprésent et sa pas­sion pour les dis­ques et livres clas­siques afin de se don­ner l’illusion de faire entr­er « la grande cul­ture » dans ses murs, mais aus­si pour les trompe-la-mort oubliés de la For­mule 1 de l’entre-deux-guerres. On notera au pas­sage que l’auteur, Philippe Lam­bert, a pub­lié précédem­ment un essai inti­t­ulé Pilotes de For­mule 1 – L’épreuve des hommes (Cal­mann-Lévy, 1993). Con­tin­uer la lec­ture

Une transaction explicite ou comment renverser l’ultime tabou

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuelle POL, Le prix des âmes, Bor­deaux, Fini­tude, 2015, 190 p., 17 €

polCette trans­ac­tion explicite, c’est celle qui lie la pros­ti­tuée, escort ou occa­sion­nelle, à son parte­naire. Elle serait com­pa­ra­ble, selon Emmanuelle Pol, dans son dernier roman, à celle qui se noue entre le psy­ch­an­a­lyste et sa patiente, ou cliente selon cer­tains. Je sim­pli­fie pour aller vite au cœur du sujet de ce roman auda­cieux, Le prix des âmes. Les âmes auraient donc un prix, tout comme les corps, dans cer­tains types d’échanges que l’auteure a choisi d’évoquer dans un chas­sé-croisé habile, voire un par­al­lèle avéré. Con­tin­uer la lec­ture