Arnaud COLLETTE, Cathédrale Nord, Ker, 2026, 186 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87586–537‑3
Arnaud Collette, qui a travaillé pour L’Avenir, La Libre ou Le Matin, avait déjà coécrit une biographie politique d’André Cools, participé à divers projets tournant autour de Liège ou de la Wallonie, mais Cathédrale Nord est son premier roman, un policier qui vient de décrocher le prix du Roman noir de la Foire du Livre de Bruxelles 2026, la neuvième édition d’un prix (ex-Fintro) réservé aux nouveaux conteurs. Continuer la lecture


Se revendiquant à la fois de l’histoire du genre et de celle de la guerre, l’ouvrage « Femmes à Boches », d’Emmanuel Debruyne, professeur d’histoire contemporaine à l’UCL, examine une question audacieuse, dans sa formulation même : l’« occupation du corps féminin », en France et en Belgique, durant la Guerre 14–18. Quel est le contexte ? « Pendant quatre ans, la quasi-entièreté de la Belgique et de larges pans de dix départements français sont occupés par l’armée allemande » : ces territoires, découpés par l’ennemi en plusieurs zones disposant de leur administration, forment un large périmètre regroupant une dizaine de millions d’habitant-e‑s.
On doit à Charles Péguy d’avoir été parmi les premiers à opérer un distinguo entre la pauvreté et la misère. Il expliquait ainsi dans L’Argent que si la première a tout d’un purgatoire qui peut, malgré sa dureté, s’avérer transitoire, la seconde s’apparente à un enfer au seuil duquel est commandé l’abandon de toute espérance de la part de ceux qu’elle frappe, ronge, avilit, tue. Les Jours de famine et de détresse dont Neel Doff égrènent le douloureux chapelet témoignent pleinement de cette expérience extrême, dans des pages dont le vérisme n’a rien à envier à d’autres classiques européens de l’écriture du dénuement, tel La Faim du Norvégien Knut Hamsun.
La fille du Triangle de Franco Meggeto nous donne à lire une fiction, un polar bien mené mais aussi le fourmillement parfois chaotique d’une ville complexe. Les villes de l’avenir seront les villes du passé, pourrait-on dire en pensant à Charleroi, comme à toutes les métropoles post-industrielles. Elles ont été la force d’une région, l’industrie est tombée, la ville est restée un temps à genoux, couturée de toutes parts, invalide parfois, mais jamais KO. Le renouveau est le destin obligé de ces villes traumatiques, sinon, c’est la disparition dans la poussière d’un western d’après la Ruée vers l’Or. La Wallonie a connu du Nord au Sud cette mutation urbanistique, humaine, historique, légendaire même.
Le Collectionneur de soupirs commence par une transgression, un soir de deuil. Le matin, le narrateur a enterré sa mère. Le soir, il a rendez-vous avec des prostituées de luxe ou de bas étage dans une sorte de défi au temps qui passe et à ses morts. Des morts qu’il collectionne comme il collectionne les soupirs orgasmiques des amours tarifés, entre sperme et cyprine. Parmi ses disparus, son père omniprésent et sa passion pour les disques et livres classiques afin de se donner l’illusion de faire entrer « la grande culture » dans ses murs, mais aussi pour les trompe-la-mort oubliés de la Formule 1 de l’entre-deux-guerres. On notera au passage que l’auteur, Philippe Lambert, a publié précédemment un essai intitulé Pilotes de Formule 1 – L’épreuve des hommes (Calmann-Lévy, 1993). 