Éric BROGNIET, Yves Peyré. L’espace d’un instant, Tandem, coll. « Alentours », 2023, 232 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87349–153‑6
Peu connu du grand public, le Français Yves Peyré est l’auteur fécond et polygraphe de plusieurs recueils de poèmes, de neuf récits, de vingt-cinq essais consacrés principalement à la peinture, de nombreux livres coproduits avec des artistes, sans compter la direction de quatre revues et d’ouvrages collectifs. Grand connaisseur de l’œuvre d’H. Michaux, il participe en 1995 au colloque Les ailleurs d’Henri Michaux, organisé par Éric Brogniet à la Maison de la Poésie de Namur. Ainsi débute une longue complicité assise sur une quête commune, dont l’objet n’est rien de moins que l’essence profonde du poétique contemporain et sa réinvention multiforme. É. Brogniet publie dans sa revue Sources un premier article, puis le développe en quarante-trois pages sous le titre Yves Peyré, l’espace de l’instant, intégrées dans l’épais volume La lecture silencieuse (ARLLFB, 2022). Cependant, beaucoup de choses lui restent à dire. Projetant un essai à part entière qui atteigne un public élargi, il retravaille les quatre textes existants (En appel de visages, L’œuvre en prose, L’œuvre poétique, Pour en revenir à Michaux) et y joint deux nouveaux : Voyage et paysage, Histoire du livre, esthétique, critique d’art et de littérature. Tel vient de paraitre aux éditions Tandem le volume Yves Peyré. L’espace d’un instant. Continuer la lecture
Octobre 1984 : le corps d’Henri Michaux est mis en bière en présence d’une vingtaine de personnes, désignées avec soin de son vivant. Parmi elles Yves Peyré, bibliothécaire, poète, essayiste, proche de l’écrivain-artiste depuis 1978, année où il vient de lancer à Lyon une nouvelle et ambitieuse revue littéraire, L’Ire des Vents. Timidement consulté, Michaux lui a aussitôt accordé son intérêt et promis sans doute l’une ou l’autre contribution. Les deux hommes se rencontrent, sympathisent rapidement malgré la dissymétrie : Michaux a 79 ans, Peyré 26, le premier est un créateur célèbre et fort sollicité, l’autre un provincial encore peu connu. Mais de nombreux engouements littéraires, picturaux et philosophiques leur sont communs, sans compter une profonde complémentarité de caractères. « J’avais rencontré ce mythe inaccessible » écrit Peyré, évoquant « l’émulation qu’il voulait bien m’offrir ». Leur rapport était-il du type père-fils, ou plutôt de maitre à disciple ? L’auteur préfère les formules « grand frère » et « cadet », chacun trouvant dans leur complicité son intérêt propre : le premier, se perpétuer en transmettant un précieux héritage moral, le second, s’enrichir d’une expérience humaine et créatrice hors du commun, tous deux relançant la curiosité et la réflexion de l’autre. Ainsi ces six années sont-elles marquées par une intensité relationnelle rare, dont le livre de Peyré donne le récit à la fois émouvant et minutieux.