Archives par étiquette : Henri Michaux

Henri Michaux et les drogues : une posture lyrique

Muriel PIC, Leçons de pos­ses­sion. Les archives de la drogue d’Henri Michaux, Mac­u­la, 2025, 235 p., 35 €, ISBN : 9782865891702

pic lecons de possessionL’activité édi­to­ri­ale con­sacrée par Hen­ri Michaux au domaine de la drogue cou­vre dix ans, de 1956 à 1966, au cours desquels parurent Mis­érable mir­a­cle, L’infini tur­bu­lent, Paix dans les brise­ments, Con­nais­sance par les gouf­fres et Les grandes épreuves de l’esprit. Mais il y a égale­ment quelques sou­venirs datant de 1983, Par sur­prise et Le jardin exalté. Autant de titres explicite­ment sig­nifi­ants que précè­dent au loin une allu­sion dans Ecuador en 1929 et quelques pages dis­crète­ment nom­mées Ether dans La nuit remue en 1931. Con­tin­uer la lec­ture

Jardin du Palais-Royal à Paris : flâner en poésie

palais-royal

Ce 18 juin, dans le cadre du Marché de la poésie, seront inau­gurées dans le jardin du Palais-Roy­al à Paris trois œuvres d’art pub­lic qui met­tent à l’honneur la poésie, et en par­ti­c­uli­er la poésie fran­coph­o­ne. Elles sont signées du Québé­cois Michel Goulet et du Français François Mas­sut. Con­tin­uer la lec­ture

125e anniversaire d’Henri Michaux

henri michaux portrait

Hen­ri Michaux

Le 12 mai, Le Car­net évo­quait le poète Mau­rice Carême à l’oc­ca­sion du 125e anniver­saire de sa nais­sance. Hasard du cal­en­dri­er : il est l’aîné de quelques jours d’Hen­ri Michaux, né quant à lui le 24 mai 1899. Un anniver­saire qui nous donne l’oc­ca­sion, avec quelques jours d’a­vance, de nous attarder sur ce mon­u­ment de la lit­téra­ture fran­coph­o­ne. 

Hen­ri Michaux est né à Namur le 24 mai 1899. Après avoir passé sa jeunesse dans la région brux­el­loise, il s’in­stalle à Paris dans les années 1920 et se dis­tan­cie claire­ment de toute appar­te­nance à la lit­téra­ture belge. Son œuvre est à la fois lit­téraire — sa poésie a été pub­liée prin­ci­pale­ment chez Gal­li­mard, par Jean Paul­han — et pic­turale. Il y évoque notam­ment ses expéri­ences des psy­chotropes et en par­ti­c­uli­er la mesca­line. Il est décédé à Paris le 19 octo­bre 1984. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2022 d’Alain Delaunois

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2022 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La sélec­tion d’Alain Delaunois. Con­tin­uer la lec­ture

Henri Michaux. Des lances et non des formes

Hen­ri MICHAUX, Saisir, Fata Mor­gana, 2020, 112 p., 21 €, ISBN : 978–2‑37792–063‑1

henri michaux saisir fata morgana couvertureCon­nues pour leur très belle ligne édi­to­ri­ale, pour l’élégante fac­ture de leurs livres, pour leurs pub­li­ca­tions de nom­breux ouvrages de Michaux, les édi­tions Fata Mor­gana, dirigées par Bruno Roy et David Mass­abuau, vien­nent de pub­li­er Saisir, un des recueils les plus sai­sis­sants d’Henri Michaux, ryth­mé par ses textes et ses dessins à l’encre. « Livre d’artiste » ou plutôt livre michal­dien, Saisir (1979) ren­voie au poème éponyme de Jules Super­vielle, un ami de Michaux. L’ambition du livre est d’emblée posée : ten­ter de « saisir mieux, de saisir autrement, et les êtres et les choses, pas avec des mots, ni avec des phonèmes, ni des ono­matopées, mais avec des signes graphiques ». Une nou­velle fois, le poète s’engage à fray­er un abécé­daire, un bes­ti­aire éman­cipé du ver­bal, où l’encre de l’écrit et du dessin vise à retrou­ver la vitesse, le mou­ve­ment des choses. Dès l’enfance, il est en lutte avec un lan­gage ver­bal imposé. Écrire et pein­dre seront perçus comme des exor­cismes, comme des inven­tions de « signes pour retir­er son être du piège de la langue des autres » (Un bar­bare en Asie). Très tôt, le pro­jet de créer une langue qui lui soit pro­pre le mobilise. Dans Mou­ve­ments, paru en 1952, il explor­era un nou­v­el alpha­bet com­posé d’idéogrammes, de rythmes visuels. Con­tin­uer la lec­ture

Une amitié littéraire d’exception

Yves PEYRÉ, Hen­ri Michaux. Dans la fer­veur d’une com­plic­ité, Tan­dem, 2019, coll. « Alen­tours », 166 p., 14€, ISBN : 978–2‑87349–136‑9

couverture yves peyré henri michaux dans la ferveur d'une complicité Octo­bre 1984 : le corps d’Hen­ri Michaux est mis en bière en présence d’une ving­taine de per­son­nes, désignées avec soin de son vivant. Par­mi elles Yves Peyré, bib­lio­thé­caire, poète, essay­iste, proche de l’écrivain-artiste depuis 1978, année où il vient de lancer à Lyon une nou­velle et ambitieuse revue lit­téraire, L’Ire des Vents. Timide­ment con­sulté, Michaux lui a aus­sitôt accordé son intérêt et promis sans doute l’une ou l’autre con­tri­bu­tion. Les deux hommes se ren­con­trent, sym­pa­thisent rapi­de­ment mal­gré la dis­symétrie : Michaux a 79 ans, Peyré 26, le pre­mier est un créa­teur célèbre et fort sol­lic­ité, l’autre un provin­cial encore peu con­nu. Mais de nom­breux engoue­ments lit­téraires, pic­turaux et philosophiques leur sont com­muns, sans compter une pro­fonde com­plé­men­tar­ité de car­ac­tères. « J’avais ren­con­tré ce mythe inac­ces­si­ble » écrit Peyré, évo­quant « l’é­mu­la­tion qu’il voulait bien m’of­frir ». Leur rap­port était-il du type père-fils, ou plutôt de maitre à dis­ci­ple ? L’au­teur préfère les for­mules « grand frère » et « cadet », cha­cun trou­vant dans leur com­plic­ité son intérêt pro­pre : le pre­mier, se per­pétuer en trans­met­tant un pré­cieux héritage moral, le sec­ond, s’en­richir d’une expéri­ence humaine et créa­trice hors du com­mun, tous deux relançant la curiosité et la réflex­ion de l’autre. Ain­si ces six années sont-elles mar­quées par une inten­sité rela­tion­nelle rare, dont le livre de Peyré donne le réc­it à la fois émou­vant et minu­tieux. Con­tin­uer la lec­ture

Dans nos archives : littérature et folie

Le 27 octo­bre 2019 mar­que le 550e anniver­saire de la nais­sance de l’hu­man­iste Erasme de Rot­ter­dam (1469–1536). Com­mé­mora­tion du séjour ander­lech­tois de l’homme de Let­tres, la mai­son Erasme est l’une des maisons d’écrivain à vis­iter en Bel­gique.


Lire aus­si : Maisons d’écrivain : où en est la Bel­gique? (C.I. 203)


L’hu­man­iste laisse une oeu­vre d’am­pleur, qui a durable­ment influ­encé l’Oc­ci­dent. On en retient aujour­d’hui le plus sou­vent un ouvrage majeur : L’éloge de la folie. L’an­niver­saire d’Erasme est pour nous l’oc­ca­sion de repub­li­er un arti­cle de Daniel Laroche paru dans Le Car­net et les Instants n° 158 (octo­bre-novem­bre 2009), évo­quant les liens qui peu­vent se nouer entre lit­téra­ture et folie, et d’évo­quer quelques exem­ples de “fous lit­téraires” belges.  Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Charline Lambert


La rétro­spec­tive de l’an­née lit­téraire belge avec le Top 3 des chroniqueurs. Aujour­d’hui : le choix de Char­line Lam­bert.


Lire aus­si : la fiche de Char­line Lam­bert


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Michaux, les portes de l’être

Un coup de cœur du Carnet

Hen­ri MICHAUX, Coups d’arrêt suivi d’Inef­fa­ble vide, Édi­tions Unes, 2018, 33 p., 10 €, ISBN : 9782877041904

Ten­sion de la pen­sée avec la réal­ité, expéri­ence d’une perte d’être, d’une défail­lance ontologique qu’Henri Michaux partage avec Artaud, inlass­able explo­ration de l’« espace du dedans » com­posent la basse obstinée de l’univers poé­tique de l’auteur de Plume, Ecuador, Mes pro­priétés. Les édi­tions Unes pub­lient un mag­nifique vol­ume com­posé d’un texte de 1975, Coups d’arrêt (une ver­sion remaniée paraî­tra dans Chemins cher­chés, chemins per­dus, trans­gres­sions) et d’Inef­fa­ble vide qui, retra­vail­lé, fig­ur­era dans les adden­da de Mis­érable mir­a­cle. Au nom­bre des voies per­me­t­tant l’arpentage des ter­ri­toires intérieurs, Michaux a élu l’évasion, les voy­ages en Asie, en Amérique du Sud, les voy­ages fic­tifs, les feux de l’imaginaire, la drogue par la suite. Con­tin­uer la lec­ture

Morts et vifs

Coup de coeur du Carnet

Jean-Luc OUTERS, Le dernier jour, avant-pro­pos de JMG Le Clézio, Gal­li­mard, 2017, 152 p., 14,50 €/ePub : 10,99 €, ISBN : 9782072732775

outersL’écriture et l’art en général ont au moins en com­mun avec la mort de com­porter une part impor­tante de mys­tère. Se fon­dant sur la con­nais­sance intime qu’il en avait, com­plétée par les sou­venirs des proches, Jean-Luc Out­ers a com­posé six tableaux rela­tant les derniers jours de six per­son­nal­ités belges d’exception. Un défi sin­guli­er qu’il relève avec brio et finesse, s’inscrivant ain­si dans les traces de Mal­lar­mé et de ses Tombeaux, comme le souligne JMG Le Clézio dans son avant-pro­pos chaleureux. Con­tin­uer la lec­ture

Henri Michaux « en appel de visages »

Il flotte à la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana une atmo­sphère envoû­tante de sérénité. À la fois en retrait du monde et en son cœur même, ce musée unique, con­sacré à la reli­ure d’art, nous rap­pelle le respect dû à la sec­onde inven­tion cap­i­tale de l’humanité, après la maîtrise du feu : le Livre. Con­tin­uer la lec­ture

Michaux, l’à distance

Un coup de cœur du Carnet

Hen­ri MICHAUX, Donc c’est non, let­tres réu­nies, présen­tées et annotées par Jean-Luc Out­ers, NRF, Gal­li­mard, 200 p., 19,50 €/ePub : 13,99 €

michauxAlors que d’aucuns devraient se faire inoculer quelque vac­cin pour guérir de la rage d’apparaître qui sem­ble les tenir, Hen­ri Michaux incar­ne un con­tre-exem­ple absolu dans le refus de livr­er son image, de laiss­er une trace autre qu’écrite, de brad­er sa présence au monde. Le bar­bare alti­er qu’il était partageait ain­si avec cer­taines peu­plades fal­lac­i­euse­ment taxées de « prim­i­tives » la con­vic­tion qu’être pho­tographié reve­nait à se faire vol­er son âme ; et le seul film où on peut l’entrevoir, lors d’une con­férence pronon­cée par Borges au Col­lège de France en 1983, mon­tre un homme en passe de vers­er dans l’invisibilité, au regard dis­simulé par d’épais ver­res fumés. Jamais d’interview, pas d’enregistrement. Pire : il était pho­bique du con­tact humain, en tout cas de celui que dictent les con­ve­nances sociales ou les ambi­tions lit­téraires. Alain Bosquet, dans La Mémoire et l’oubli, cern­era très bien l’attitude de Michaux lorsqu’il se trou­vait à prox­im­ité d’un con­génère : « Je l’admire, de se mon­tr­er si héris­sé, si hos­tile, si grinçant. Les vingt-cinq ou trente fois que je l’ai ren­con­tré, j’ai surtout aimé le malaise superbe­ment intel­li­gent qui émanait de lui : aucune con­ces­sion et aucune politesse extérieure. » Con­tin­uer la lec­ture

Exposition Henri Michaux

wittockiana

Vingt ans après la dernière grande expo­si­tion qui lui fut dédiée en Bel­gique, Hen­ri Michaux est de retour, avec l’ex­po­si­tion que lui con­sacre la Bib­lio­the­ca Wit­tock­iana, en parte­nar­i­at avec le Cen­tre Wal­lonie-Brux­elles à Paris.

L’ex­po­si­tion, inti­t­ulée “Face à Face”, con­fronte l’œuvre lit­téraire et graphique de celui qui con­sid­ère son œuvre écrite et peinte comme un immense auto­por­trait à celles de cer­tains de ses illus­tres con­tem­po­rains. Con­tin­uer la lec­ture

Mystique et athée

Un coup de coeur du Carnet

Jean Claude BOLOGNE, Une mys­tique sans Dieu, Paris, Albin Michel, 2015, 327 p., 20,90 €/ ePub : 14.99 €   ISBN : 978–2226258519

bologne_cottonIl y a quar­ante ans, Jean Claude Bologne a vécu durant quelques instants « une expéri­ence ful­gu­rante de l’absolu ». Quelques instants qui ont mar­qué et trans­for­mé toute sa vie. En 1995, il a con­sacré à cette expéri­ence mys­tique, exempte de toute référence à Dieu, un pre­mier essai qu’il con­sid­érait comme une délivrance, pen­sant n’avoir plus à revenir publique­ment sur le sujet. N’empêche, alors que le temps a passé « sans rien chang­er à la bru­tal­ité de la mémoire », il s’est résolu, poussé par « les con­fi­dences que le livre a sus­citées » et par « les réflex­ions qui l’ont pro­longé » à témoign­er « avec moins de lyrisme et de can­deur » de « l’instant où le monde a bas­culé » et de la fac­ulté de sur­vivre « à l’immense désar­roi de ne plus le con­naître ». En pré­cisant aus­si que cet instant, « on ne peut que le vivre » sans qu’on puisse le provo­quer ou le renou­vel­er volon­taire­ment, sa mar­que étant du reste indélé­bile. Quant au car­ac­tère « inef­fa­ble » de l’événement, il implique, par déf­i­ni­tion, que son abord oblige à des détours par les approx­i­ma­tions de ce qui peut être exprimé. Con­tin­uer la lec­ture