Par saint Georges!


Un coup de coeur du Carnet
Audrey CHÈVREFEUILLE

hecqEn 1927, Max s’installe pour quelques temps dans une auberge située au centre de la ville de Mons. Journaliste hollandais maitrisant parfaitement la langue de Verhaeren, il prétend faire un reportage sur la reconstruction de l’après-guerre pour en fait enquêter discrètement sur un certain Georges, un cousin éloigné. Aidé dans ses recherches par un Borain de souche, Max progressera lentement : difficile en effet de trouver un Montois inconnu disparu en 1914 et portant ce prénom si répandu.

Par ici, des Georges, il y en a toujours eu beaucoup. À cause de saint Georges, vous voyez ? Beaucoup de familles avaient « leur » Georges, ça porte bonheur à ce qu’on dit.

La préface, signée par l’auteur lui-même et partie intégrante de la fiction, met d’emblée le lecteur en garde : « cette histoire est étrange ». Il nous explique alors comment, il y a deux décennies déjà, il a découvert des documents qu’il se propose de livrer tels qu’il les a trouvés. La magie opère déjà et nous voilà emportés dans cette incroyable machine à remonter le temps qu’est Georges et les dragons.

Jean-Pol Hecq présente un roman bien ficelé qui s’inscrit dans la mouvance du centenaire de la Première Guerre mondiale. Il s’empare des plus grandes légendes montoises et réécrit l’histoire.

après que la procession a parcouru tout le centre-ville, on amène sur la Grand Place un grand dragon en carton-pâte porté par dix hommes habillés de blanc. […] Un cavalier en tunique jaune coiffé d’un casque de cuirassier de Napoléon figure saint Georges. Il finit par terrasser la bête au terme d’un simulacre ritualisé de combat. »

Mêlant faits réels et mythes, il emmène le lecteur dans une intrigue captivante et formidablement bien écrite.

Bien sûr que saint Georges gagne toujours. Vous n’imaginez pas le dragon remporter le combat tout de même ! Ce sont toujours les bons qui finissent par triompher des méchants. Comme cette saloperie de guerre, d’ailleurs.

Le parallèle est fait. Plutôt qu’une narration linéaire, Hecq a choisi d’utiliser plusieurs styles : rapports de police entrecoupent ainsi le journal de bord de Max et permettent à l’intrigue de progresser en douceur.

À travers l’histoire de Max, Jean-Pol Hecq reconstitue de façon particulièrement vivante le quotidien montois de l’Entre-deux-guerres. À l’occasion de discussions riches en anecdotes inspirées du patrimoine local avec Stefan Zweig et quelques habitants de la ville, Max découvre une partie de l’histoire de la Grande Guerre : la résistance, la peur, les massacres, les deuils, le désespoir, le malheur. C’est donc sur fond de Première Guerre mondiale que Hecq revisite avec talent les mythes du Doudou ou des Anges de Mons tout à la fois.

le 23 août au soir, quelques unités se sont retrouvées isolées en avant du gros du corps expéditionnaire britannique. […] Ils n’avaient pas une chance sur mille de réussir, mais ils se sont bel et bien échappés au nez et à la barbe de leurs adversaires. Le lendemain matin, ils avaient reformé leur ligne de bataille quelques kilomètres plus loin et tout était à refaire pour les Allemands. […] au moment le plus critique, saint Georges en personne serait intervenu pour contenir les troupes allemandes et permettre ce véritable miracle.

Petit-à-petit, l’intrigue prend forme, les indices s’additionnent et le jeu de piste tient particulièrement bien la route. Le lecteur se laisse emporter : réalité et fiction se mêlent au point d’en dissiper la frontière. On arrive à s’étonner d’une telle qualité en apprenant qu’il s’agit d’un premier roman. L’auteur risque bien d’avoir pris goût à l’exercice : son imagination très fertile aura-t-elle les ressources nécessaires pour nous proposer d’autres œuvres de cette facture ? Georges et les dragons est en tout cas à découvrir sans plus tarder.

Jean-Pol HECQ, Georges et les dragons, Avin, Luce Wilquin, 2015, 173 p., 17€

♦ Écouter Jean-Pol Hecq parlant de Georges et les dragons sur espace-livres.be :

2 réflexions au sujet de « Par saint Georges! »

  1. Ping : Bibliographie. Juin 2015/1ère partie | Le Carnet et les Instants

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