Dessine-moi une forêt

Un coup de cœur du Car­net

Marie COLOT et Noémie MARSILY, Mori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawa­ki, Cot­Cot­Cot, coll. « Les ran­don­nées graphiques », 2024, 204 p., 24 €, ISBN : 9782930941639

colot marsily moriMori, graines de géants dans les forêts urbaines d’Akira Miyawa­ki est à la fois une fic­tion doc­u­men­taire et un roman d’apprentissage. Le réc­it débute quand Mikiko est âgée de 4 ans et se pour­suit jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. On y suit d’abord la ren­con­tre entre l’héroïne et son voisin Aki­ra, un vieux mon­sieur pas­sion­né par les plantes. Un peu plus tard dans le réc­it appa­rait un troisième per­son­nage, Kaku­zo, qui est le neveu d’Akira. Les trois pro­tag­o­nistes se ren­con­trent et se rassem­blent autour d’une micro-forêt qu’Akira a plan­tée en plein cœur de Tokyo, en bas de l’immeuble où vit Mikiko.

Avec cet ouvrage, les autri­ces ren­dent hom­mage au tra­vail du botaniste japon­ais Aki­ra Miyawa­ki. Celui-ci a mis au point une méth­ode inno­vante pour créer des micro-forêts à crois­sance rapi­de dans des envi­ron­nements peu favor­ables, tels des sites pol­lués ou sim­ple­ment, comme c’est le cas dans le réc­it, au cœur de la ville. Tis­sant fic­tion et doc­u­men­taire, le livre laisse avant tout une grande place à la con­tem­pla­tion et à la rêver­ie. Les références aux végé­taux et les infor­ma­tions sur la méth­ode sci­en­tifique de Aki­ra Miyawa­ki vien­nent ren­forcer l’histoire et l’ancrer dans le réel, sans jamais alour­dir le réc­it. Pour les lecteurices qui souhait­eraient en décou­vrir davan­tage sur le tra­vail du botaniste, des infor­ma­tions com­plé­men­taires fig­urent à la fin du vol­ume.

Les mer­veilleux dessins de Noémie Marsi­ly qui accom­pa­g­nent le texte pro­lon­gent visuelle­ment l’ambiance déli­cate instal­lée par le réc­it de Marie Colot. Dans cette expéri­ence de lec­ture très sen­sorielle, une langue sim­ple et maitrisée, parsemée de mots et d’expressions en japon­ais, nous enveloppe. À hau­teur de l’héroïne, nous sommes immergés dans ses sen­ti­ments et ses sen­sa­tions. Elles gran­dis­sent, fleuris­sent, foi­son­nent et se col­orent au fil des âges que tra­verse Mikiko. Et cela tan­dis que les per­son­nages du réc­it, dans un intéres­sant con­traste, se com­por­tent avec retenue et s’expriment avec beau­coup de politesse. Une sec­tion con­sacrée à l’art de la con­ver­sa­tion à la japon­aise, de même qu’un lex­ique qui présente notam­ment dif­férentes for­mules de politesse, se trou­vent d’ailleurs dans les annex­es.

En fonc­tion de nos sen­si­bil­ités, cette his­toire nous don­nera envie de plonger les mains dans la terre,  de saisir un cray­on et un car­net pour dessin­er les végé­taux aux alen­tours ou bien sim­ple­ment de con­tem­pler la nature en lais­sant notre imag­i­na­tion vagabon­der. Ce roman illus­tré nous invite à de jolies décou­vertes botaniques tout en explo­rant le vécu d’une enfant puis d’une ado au pays du soleil lev­ant. Une très belle réus­site, à con­seiller à tous les publics à par­tir de 12 ans.

Marie Bau­rins

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Un extrait de Mori pro­posé par les édi­tions Cot­cot­cot